Un trait d'union entre l'Afrique et nous
Publié le jeudi 26 janvier 2012 à 06h00
«Bakoroman» (Burkina-Faso), de Simplice Ganou. L'histoire de jeunes qui quittent leur famille à sept, douze, seize ans. Ph. L'Atelier documentaire
Les 2e rencontres « Afrique en docs » démarrent ce soir. L'occasion, trop belle pour la manquer, de découvrir le meilleur du documentaire africain et de rencontrer ceux qui le font.
Le point avec son président, Dominique Olier.
PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE RAEPSAET > isabelle.raepsaet@nordeclair.fr
Comment va le documentaire en Afrique ?
>> Il va bien, merci ! Le documentaire de création africain se développe et résiste activement. En effet, de plus en plus de films d'auteurs africains voient le jour. Des oeuvres singulières qui donnent enfin à voir des images de l'intérieur. La révolution numérique a permis à davantage de cinéastes et de producteurs de pouvoir acquérir du matériel, de plus en plus perfectionné. Les différentes formations, et accompagnements à l'écriture ont permis en moins de 10 ans de voir la production annuelle faire un bond considérable. Et par-delà même de créer un véritable « réseau » de documentaristes africains. Même si l'enjeu aujourd'hui est de renforcer les compétences des principaux techniciens, le véritable problème qui se pose actuellement est de l'ordre de la diffusion. En effet, il est encore très rare de voir des documentaires africains sur les télévisions africaines. Il reste donc les festivals qui se créent petit à petit dans différents pays. Il y a aussi le réseau des cinémas ambulants, et quelques salles qui diffusent ce type de programme. Bref, la production augmente, mais le documentaire africain peine à trouver des fenêtres de diffusion !
Comment se sont nouées les relations avec les « Rencontres internationales du Documentaire africain » de Saint-Louis ?
>> Ces rencontres sont organisées tous les ans par Ardèche Images (les États généraux du film documentaire de Lussas) et Dakar Images. Elles ont pour but de fournir une plateforme de découverte de projets de films documentaires. Durant trois jours, 27 auteurs d'une douzaine de pays d'Afrique viennent à Saint-Louis présenter leurs projets de films à des producteurs et diffuseurs africains et européens. À l'issue de ces rencontres, entre 15 et 20 projets seront accompagnés en production tous les ans. Il s'avère que je travaille régulièrement pour ce programme, d'où le premier lien avec les rencontres de Saint-Louis... J'ai ensuite proposé à Jean-Marie Barbe, le cofondateur d'Ardèche Images, de monter un programme de diffusion entre Saint-Louis et Lille, les deux villes étant jumelées depuis la fin des années 70. Ainsi, cette action a permis à l'événement de disposer d'un volet public, en parallèle à la partie professionnelle.
La première édition a eu lieu l'année dernière. Quel bilan en tirez-vous?
>>La partie au Sénégal avait été un très grand succès. Plus de 5.000 spectateurs, mais sur plus de séances que cette année. Nous étions en effet présents sur trois quartiers simultanément. Malheureusement, cette année, nos moyens ne nous ont permis d'être présents que sur un quartier par soir. La partie lilloise a été également un vrai succès. Et pourtant, il faisait un temps glacial et on pensait vraiment qu'il n'y aurait personne aux séances. Mais le public était bien là, les débats étaient très riches et je crois que le public a fait de belles rencontres cinématographiques et humaines. D'ailleurs, l'un des cinéastes sera de nouveau là cette année. El Hadj Sani Magori qui avait présenté l'année dernière Pour le meilleur et pour l'oignon nous revient avec Koukan Kourcia, le Cri de la tourterelle.
Les films sont diffusés d'abord à Saint-Louis, au Sénégal, puis à Lille. Le public des deux pays réagit-il de la même manière aux mêmes choses?
>> On observe un même engouement, un même désir de découvrir, mais qui ne s'exprime pas de la même manière en plein air que dans une salle de cinéma. Les débats sont forcément moins poussés en extérieur. C'est vrai que le public à Saint-Louis réagit parfois avec beaucoup plus de spontanéité et d'enthousiasme que ne pourra le faire le public à Lille qui est souvent plus dans la retenue. Mais là n'est pas l'enjeu. Il est de permettre à ces deux publics de partager à 4 230 km et quelques mois d'intervalle, une même expérience cinématographique, et rencontrer les mêmes cinéastes. Le réel africain comme trait d'union entre les peuples !
Quels seront les temps forts de la programmation 2012 ?
>> Ces rencontres ne durent que trois soirées.
Je dirai donc que l'ensemble de la programmation est un temps fort ! C'est si rare de pouvoir découvrir des documentaires africains, et de pouvoir rencontrer des cinéastes venus du Niger, du Cameroun, du Burkina Faso, du Sénégal, et du Congo... Les films de cette sélection rendent tous compte de réels forts, loin des clichés misérabilistes qui sont trop souvent véhiculés. Ce sont des oeuvres originales, plébiscitées par les plus grands festivals en France et à l'étranger.
Les réalisateurs sont présents sur place : en quoi est-ce important?
>> C'est extrêmement enrichissant de pouvoir échanger avec les personnes qui ont écrit et réalisé les films que l'on propose de découvrir, d'autant plus lorsque ces films sont des documentaires.
Les films qui seront projetés à Lille ont déjà été projetés à Saint-Louis. Quel accueil y ont-ils reçu ?
>> Magnifique ! On a comptabilisé près de 1.500 spectateurs. On a travaillé à chaque fois avec les présidents de quartiers pour organiser ces projections en plein air. À Saint-Louis, il n'y a plus de salle de cinéma depuis près de 10 ans. Il est donc certain que beaucoup d'enfants, qui ont assisté très nombreux aux projections, ont vu pour la première fois un film sur un grand écran.w


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