Bergman, Fellini, Renoir et les autres...
Publié le samedi 02 avril 2011 à 06h00
Le Festival du cinéma européen s'est trouvé cette année un parrain de choix en la personne du journaliste Patrick Poivre d'Arvor. Cinéphile averti, il évoque pour nous les films de sa vie et ses envies de réalisation.
PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE RAEPSAET > isabelle.raepsaet@nordeclair.fr
Comment s'est faite la rencontre avec les organisateurs du Festival?
>> J'ai tout de suite senti que c'était une entreprise solidaire et passionnée. Ils ont beaucoup insisté. Je voyais que ça leur ferait plaisir que je vienne. Alors, j'ai eu envie de leur faire plaisir...
Peut-être cela vous a-t-il rappelé vos années de cinéphile étudiant?
>> Exactement. J'étais à Reims et j'avais envie de connaître le monde. Grâce au cinéma, je l'ai découvert d'une façon singulière. Et j'ai aussi découvert l'Europe. Je me souviens d'avoir vu le court-métrage d'un jeune réalisateur alors inconnu, Roman Polanski, qui s'appelait L'Armoire. Puis j'ai vu d'autres courts-métrages, avant de passer aux longs. Wajda, Antonioni, Bergman... Et je suis devenu fou de cinéma... Alors oui, je suis très heureux, 40 ans après, d'être le parrain d'un festival de cinéma organisé par des étudiants.
On vous savait boulimique de littérature. En est-il de même avec le cinéma ?
>> Oui, d'abord parce que je trouve qu'il y a des prolongements entre ces deux arts. Je viens d'écrire une biographie d'Hemingway. Tous ses romans sans exception ont été adaptés une ou deux fois au cinéma. Il y a énormément de rapports. Tous deux aident à comprendre le monde, à découvrir la vie autrement, apportent d'autres regards. Je me suis toujours beaucoup enrichi à la vision d'un film.
Quels sont les films qui vous ont le plus marqué ?
>> Ceux qui m'ont profondément marqué sont les films de l'adolescence. Le Septième sceau de Bergman, 8 1/2 et La Dolce vita de Fellini, Amarcord du même Fellini, plus tard. La Nuit d'Antonioni aussi. Et puis La Règle du jeu de Renoir. J'ai aussi adoré tout ce cinéma de l'entre deux guerres, Duvivier, Carné. Je ne me lasse pas de ces films en noir et blanc...
Peu de place pour le cinéma actuel dans cette liste...
>> La première empreinte est la plus importante. Bien sûr, j'ai aussi de l'intérêt et de l'affection pour des films récents. Je pense à La vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck ou encore les films de Jaco Van Dormael. Par exemple, j'ai adoré Toto le héros. Je l'ai trouvé très inventif.
De spectateur, il fallait bien que vous finissiez par devenir acteur...
>> Acteur est un bien grand mot : je n'ai jamais eu cette prétention et j'ai souvent joué mon propre rôle. À part dans Un homme et une femme : 20 ans déjà de Claude Lelouch. J'ai tourné pendant un mois et demi avec Anouk Aimé et ça a été pour moi un vrai bonheur.
Et la réalisation ?
>> C'est pour dans les mois à venir. Il s'agit d'une adaptation d'un livre de Pierre Loti. C'est quelque chose qui me tentait depuis très longtemps. J'avance aussi dans le scénario de J'ai tant rêvé de toi, d'après le roman que j'ai écrit avec mon frère Olivier. Mais vous savez comme moi que, dans le cinéma, les projets sont lourds et prennent du temps.
Le fait d'avoir fait, et avec succès, la mise en scène d'un opéra vous a-t-il donné confiance pour passer derrière la caméra ?
>> J'ai pris beaucoup de plaisir à mettre en scène Carmen avec Manon Savary. Il y en aura d'ailleurs de nouvelles représentations cet été à Perpignan et dans trois autres villes du sud. Bien sûr, cela m'a beaucoup apporté et tout est affaire d'expérience. Je suis très humble et j'ai beaucoup de respect pour ceux dont le cinéma est le métier. Un premier film commence par un premier brouillon. Mais parfois le premier film est un chef-d'oeuvre ! Regardez La Nuit du chasseur. Charles Laughton n'avait jamais fait de film avant.
Et malgré son éclatante réussite, il n'en fit plus après...w



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