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OPÉRA DE LILLE

« Medea » par Sasha Waltz ou le mélange subtil des genres

Le rôle-titre est interprété avec force et conviction par Caroline Stein, remplacée vocalement par Piia Komsi. Photo Sebastian Bolesch Le rôle-titre est interprété avec force et conviction par Caroline Stein, remplacée vocalement par Piia Komsi. Photo Sebastian Bolesch

Hier après-midi, à l'Opéra de Lille, la semaine consacrée à la chorégraphe allemande Sasha Waltz s'est achevée par la seconde représentation de « Medea ». Un mélange des genres subtil et sublime parfaitement maîtrisé.



L'entrée est déjà des plus remarquables. Du fond de la scène, se meut une marée humaine, corps enchaînés en ligne roulant, rampant, jusqu'à se transformer en cercle. C'est d'abord la chorégraphie qui parle, qui marque. La semaine, à l'Opéra de Lille, était consacrée à Sasha Waltz. Après le très réussi Travelogue I, mardi et mercredi, l'artiste a offert hier après-midi, une seconde représentation de Medea, au succès incontestable, où la maîtrise de la danse et sa subtilité sont à leur apogée.
Mais c'est bien à un opéra que l'on assiste : celui du compositeur français Pascal Dusapin, sur un texte d'Heiner Müller, revisité, donc, par la chorégraphe allemande. Le mélange des genres est mené de main de maître, harmonieusement. Il faut dire que la partition de Dusapin sonne juste et que les interprètes jouent leur rôle avec brio. La soprano Caroline Stein - qui a partagé l'affiche avec Piia Komsi venue la remplacer vocalement, la première étant souffrante et n'assurant son rôle que théâtralement - révèle une présence scénique intense.


Souffrance,
confusion et vengeance

L'opéra raconte bien sûr le mythe de Médée, fille d'Aétès mariée à Jason, puis trompée par lui. La pièce s'attache à exprimer la souffrance de la femme trahie. « Me voici disloquée », dira-t-elle, en pleine confusion, avant de se venger de celui qu'elle aimait. La nouvelle femme (poignante scène où sa robe blanche est maculée de sang), puis les enfants, subiront le châtiment ultime, conséquence de l'inconséquence de Jason.
La force du mythe, ce mélange des genres et les trésors de mise en scène, comme l'utilisation de deux gros ventilateurs transformant l'espace scénique en terrain apocalyptique, font de ce Medea un spectacle de haute tenue, prouvant une fois encore s'il est besoin le talent de Sasha Waltz, qu'on espère revoir lors des prochaines saisons de l'Opéra. w
MARIE TRANCHANT


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