THOMAS SCHONHEERE > roubaix@nordeclair.fr
Ramona est arrivée en France en 2008. Partie de Roumanie, elle est passée de la tente au squat en n'évitant pas la phase caravane. À Roubaix, au gré des expulsions, elle a fait la navette entre le camp de l'Union, celui du Mercure pour finir à Galon d'eau. Depuis deux mois, elle squatte avec sa famille une maison dans le quartier du Pile, un bâtiment inhabité et appartenant à la Mairie. La famille Zlatz a quasiment le même parcours, sauf que leur maison est rongée par les fuites, n'a ni eau courante ni électricité. Des conditions qui restent toujours meilleures à celles des familles qui sont restées au camp du Galon d'eau, où il n'est pas rare de voir neuf personnes dormir dans la même caravane, au milieu de la tôle, des gouttes qui tombent du toit et des fils électriques rafistolés.
Récemment, la police a débarqué au domicile de Ramona et lui a sommé de quitter les lieux. Après l'intervention de l'association Droit au logement (DAL), le dossier a été transmis à la mairie de Roubaix : Ramona attend son assignation en référé et pourrait être convoquée au tribunal dès la fin des vacances judiciaires, soit le 22 août. Deux autres familles vivant dans des conditions similaires l'ont déjà reçu. « La réquisition des logements vides est encadrée par une loi de 1945, ratifiée par le Conseil national de la résistance et De Gaulle » indique Philippe Deltombe, Président du DAL Nord/Pas-de-Calais qui a personnellement aidé Ramona à installer chez elle l'électricité.
Si ces situations échauffent les esprits, et notamment ceux des bénévoles du Collectif de solidarité envers les roms, c'est que, selon eux, aucune perspective ne s'ouvre pour les familles roms résidant à Roubaix. « Alors que le camp du Galon d'eau doit être évacué depuis le mois de mai, personne à la mairie n'a indiqué à ces gens où aller » peste un bénévole du collectif avant d'ajouter : « si demain le tribunal tranche pour l'exclusion des familles de leurs maisons et que la municipalité exécute, que vont-elles faire ? ». Selon Philippe Deltombe, 97 personnes dont 55 enfants sont dans des logements réquisitionnés de manière « légitime ».
Le but des associations pour le moment : gagner du temps et continuer la sensibilisation. « Ces gens sont comme toutes les vagues d'immigrants avant eux : ils veulent s'intégrer » milite encore Philippe Deltombe. Du côté de l'association la Solidarité, on indique que les réunions organisées entre la Ville et les bénévoles ont acté l'arrêt des nuisances sonores et que les voisins n'ont jamais été aussi nombreux à donner des vêtements. Ramona peut en témoigner, ses voisins lui demandant régulièrement de quoi elle a besoin. Les bénévoles, eux, se battent toujours pour qu'on aménage les camps de Roubaix. w