Lucien Mathieu rend sa blouse blanche
Publié le lundi 15 mars 2010 à 06h00
Lucien Mathieu a créé des liens forts avec beaucoup de familles templeuvoises, sur plusieurs générations.
Une page de l'histoire du village de Templeuve va se tourner le 31 mars. À bientôt 59 ans et à quelques mois de la retraite, Lucien Mathieu quitte sa pharmacie, où il a passé plus de trois décennies au service des Templeuvois. Il se confie sur les raisons de son départ et sur l'évolution du métier et de la commune.
Pourquoi partez-vous ?
>>Parce que j'aimerais réaliser certains projets personnels et que mon officine ne m'en laissait pas beaucoup le temps. J'ai eu l'occasion de la céder à quelqu'un qui avait très envie de s'implanter à Templeuve et qui correspondait au profil que je cherchais.
Vous partez après 33 ans de présence dans le village. Comment y êtes-vous arrivé ?
>>Complètement par hasard ! Mon prédécesseur cherchait un assistant. J'ai travaillé deux ans avec lui, puis je lui ai succédé.
À cette époque, la commune n'avait pas le même visage qu'aujourd'hui...
>>Pas du tout ! Et d'ailleurs, la pharmacie tenait sur 6 m², c'était minuscule. Elle était attenante à la maison. Elle a changé, petit à petit, comme le village. Il est devenu plus résidentiel avec les nouvelles maisons, mais il reste toujours un grand nombre de familles de souche bien implantées. Tous ces gens recherchent un style de vie plus compatible ici qu'à la ville.
Comment votre métier a-t-il évolué au cours de ces décennies ?
>> Nous avons vu arriver de nouveaux médicaments extrêmement pointus au niveau technologique. Ce qui a logiquement fait baisser le nombre de préparations. Il s'agissait de préparer un médicament selon une formule établie par un médecin. Nous en faisions beaucoup au début, encore un petit peu aujourd'hui. Mais cette évolution était inéluctable, notamment en matière de traçabilité des médicaments.
Avez-vous senti une évolution de l'angoisse des gens face aux maladies, comme la grippe aviaire ou la grippe A ?
>> Les deux plus grosses angoisses que nous pouvons ressentir concernent le début de vie, d'abord, avec les jeunes parents qui se posent beaucoup de questions au moment de l'arrivée de leur bébé. Nous sommes conscients du rôle que l'on peut avoir en tant que conseillers quand ils sont dépourvus face aux pleurs, aux nuits blanches.
L'autre angoisse touche à la fin de vie. Là aussi, nous jouons un grand rôle d'écoute, d'aide et de réconfort. À notre époque, l'hospitalisation à domicile est de plus en plus courante. Ce sont les jours et les heures les plus pénibles à vivre pour tout le monde. Il faut donc être capable d'être très réactif face aux demandes en urgence de matériel, de médicaments.
Est-ce parfois pesant ?
>>Oui, c'est de plus en plus difficile à vivre, surtout quand on connaît les personnes depuis trente ans et qu'on les voit partir alors qu'on les a longtemps côtoyées en pleine forme.
Cela a-t-il motivé votre décision de prendre votre retraite ?
>> Je ne voulais pas prendre de bonnes décisions trop tardivement, que mes derniers choix de vie à faire avant le troisième âge soient les mauvais. Je veux profiter de ma vie de famille et réveiller mon âme de globe-trotter. J'ai envie de reprendre de grands et beaux voyages, de prendre le temps de m'imprégner d'autres cultures. Et de travailler dans l'humanitaire, peut-être. Si l'occasion se présente, pourquoi pas ?w


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