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SECLIN

Malaise chez les infirmières qui ont appelé jeudi à la grève

Les infirmières vont lancer une information auprès de leurs collègues sur la réforme, avant un autre mouvement le 23mars. Les infirmières vont lancer une information auprès de leurs collègues sur la réforme, avant un autre mouvement le 23mars.

Initié chez les infirmiers-anesthésistes, le mouvement de grève s'est étendu à l'ensemble de leur profession. Rencontre avec des infirmières du Centre hospitalier de Seclin qui expliquent pourquoi elles se révoltent.



« On voit aujourd'hui de jeunes infirmières qui sont déjà fatiguées. Alors qu'elles devraient être pleines d'énergie, elles sont épuisées par le métier. Elles en ont marre le "burn-out", ce n'est pas un vain mot. » Sophie, la petite trentaine, est infirmière au Centre hospitalier de Seclin, service diabétologie. Elle aussi se sent fatiguée, le poids « des conditions de travail qui, depuis plusieurs années, se sont dégradées, des horaires irréguliers, des rappels les jours de repos, et auxquels on ne peut pas dire non sinon on sait qu'une autre collègue sera appelée, des heures supplémentaires, des glissements de tâches qui font qu'on récupère ce qu'on n'est pas sensée faire, des patients de plus en plus exigeants... » Sans parler de la fatigue générée par le travail en postes et de nuit, le travail un week-sur deux, avec les conséquences qu'on imagine sur leur vie sociale. « C'est ça la vie à l'hôpital, c'est dur. » Si dur qu'elles sont rares, les infirmières qui travaillent effectivement jusque l'âge de la retraite. « Une sur cinq part avant 55 ans pour invalidité. » La retraite... à 60 ans C'est là que le bât blesse. Le protocole d'accord du projet de réforme Bachelot prévoit que les infirmières fassent un choix d'ici à fin 2010 : soit rester dans leur catégorie B actuelle, soit monter en catégorie A, plus valorisante, y compris sur le plan salarial - « peu en réalité » -, mais avec en contrepartie la perte de la bonification de cinq années pour l'âge légal de départ à la retraite, en compensation de la pénibilité du travail. Au lieu de 55 ans, elles partiraient à 60 ans. « Dans les services de soins, des gens qui travaillent en 3/8, sont cassés à 55 ans. » Brigitte sait de quoi elle parle. À presque 60 ans, elle est toujours en poste au service obstétrique. Par amour du métier, mais aussi « par nécessité » économique : elle a travaillé des années à l'étranger qui ne comptent pas pour sa retraite. « Aujourd'hui, on retrouve beaucoup de familles monoparentales, des femmes qui ne pourront pas faire autrement que de travailler jusqu'au bout.
 » Et puis « à 60 ans, les infirmières seront encore plus fatiguées, dit Marie-Martine, infirmière retraitée.
Comment prendre bien soin d'un patient dans ces conditions ? » « Ce n'est déjà pas drôle d'être alité, si en plus, l'infirmière qui vous soigne n'a pas envie de travailler parce qu'elle a 30 heures de travail dans les pattes et qu'elle est fatiguée... », s'énerve Sophie. Et puis « quel rapport entre la pénibilité et la reconnaissance de la licence pour le diplôme que promet le protocole d'accord ? Aucun... » Pour Michèle, cadre de santé : « L'histoire du métier des infirmières leur colle à la peau : très féminin, fait par des religieuses à l'origine. » Et Sophie de reprendre : « On a un sacerdoce qui nous colle à la peau, mais on n'est pas Mère Thérésa. » « Notre métier est méconnu, déclare encore Anthony, infirmier-anesthésiste qui achève sa deuxième année de spécialisation en anesthésie au SAMU de Lille pour devenir infirmier-anesthésiste diplômé d'État. Les gens croient être endormis par un médecin en réalité, ils le sont par un infirmier-anesthésiste. On fait cinq ans d'études, la formation la plus longue chez les infirmiers spécialisés, pour finalement pas un gros écart de salaire avec un infirmier non spécialisé. Avec cette réforme le fossé se creuse encore : le projet de réforme aboutit à la reconnaissance d'un niveau licence pour les infirmiers non spécialisés, ce dont on ne peut que se réjouir, mais ne reconnaît pas le grade supérieur de Master à notre spécialité, malgré les deux années d'études supplémentaires. » w



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