LIZA FABBIAN
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Il y a quatre ans, Karl Cardon a troqué ses cours pour quelques coups de marteau.
Un parcours peu banal pour ce forgeron qui était encore professeur de français il y a peu. Désormais, il passe ses journées à modeler le fer, dans la forge mise à disposition par le Musée de plein air. La révélation remonte à une dizaine d'années, lorsque Karl Cardon assiste à la démonstration d'un forgeron, lors d'un voyage en Suède. Devant le travail de cet artisan, il ressent un sentiment « indescriptible ». Pendant plusieurs heures, il tombe en arrêt devant cet homme qui bat le fer, entouré par la forêt. « C'était magique, complètement décalé », se souvient-il. La découverte du Musée en plein air va lui donner l'occasion de concrétiser son projet : Karl Cardon démissionne de son ancien emploi, et se met au travail, aux côtés du forgeron résident. « Au début, je venais quelques jours par semaine. Il me montrait certains gestes, et quand il était occupé, j'essayais de travailler des pièces de mon côté. Puis j'ai fini par venir tous les jours. »
Un métier au présent
L'alliance de l'esprit et de la main, c'est l'essence du métier, sans doute ce qui plaît le plus à ce « touche à tout » sans spécialité bien définie. « Tout est fait dans un atelier, par une seule et même personne, de la conception à la réalisation. L'imagination se combine à l'aspect technique, on ne peut pas séparer ces deux aspects du métier. » Le forgeron raconte que les visiteurs du musée parlent souvent de son métier « à l'imparfait ». Karl Cardon fronce les sourcils : « le métier de forgeron est toujours bien vivant. Certes les outils n'ont pas changé, mais les formes évoluent. » Il arrive aussi que les visiteurs s'étonnent qu'il puisse « en vivre ». La remarque tant de fois entendue lui arrache un petit sourire : le forgeron reçoit de nombreuses commandes, qu'elles émanent des structures publiques ou de particuliers. De la girouette au portail, en passant par le panier en fer, Karl Cardon peut (presque) tout faire. Être confronté aux demandes les plus originales, c'est cela aussi qui lui plaît. « J'ai quitté l'enseignement parce qu'à force de répéter les mêmes cours devant les mêmes élèves, on finit par avoir ses recettes et ne plus en changer. Être forgeron me force à faire des choses nouvelles, je me retrouve toujours tout nu face à une nouvelle commande. » La forge demande un peu de tâtonnements et beaucoup de réflexion. Mais dans ce métier, les conseils s'échangent facilement et l'ont peut compter sur les autres. Des rencontres de forgerons sont régulièrement organisées dans ce sens. « C'est un système d'apprentissage collectif. » D'ailleurs, « on n'apprend pas à travailler le fer dans un manuel. C'est un savoir très empirique : on regarde comment la matière réagit, comment elle bouge... le geste du forgeron ne peut être théorique », constate Karl Cardon.
Avec les forgerons de l'association Zèle Fer, dont il est membre actif, Karl Cardon s'attache aussi à faire découvrir son artisanat. L'association accueille enfants et adultes pour des sessions d'initiation toute l'année, à la forge du Musée de plein air. Un groupe d'une vingtaine de forgerons, professionnels ou amateurs membres de l'association, se réunissent également chaque week-end. Pour forger ensemble, participer à des rencontres, et prouver, une fois de plus que l'esprit de la forge est toujours vif. w Pour contacter Karl Cardon, ferronnier d'art : karl.cardon@gmail.com ou tel. : 0645.63.93.08
Le site de l'association du musée de plein air de Villeneuve d'Ascq : http://museedepleinair-asso.org/ ou tel. : 03.61.26.97.44