Roms de Villeneuve d'Ascq : les associations font face après les drames
Publié le mardi 14 février 2012 à 06h00 - ISABELLE DUPONT > isabelle.dupont@nordeclair.fr
Ci-dessus, la caravane de Florine, enceinte, ne tient debout que grâce à un pieu. Elle a fait un feu dans un mini-four. La Pierre Blanche et l'Atelier Solidaire distribuent poêles à pétrole et vivres.
La mort d'un bébé de deux mois il y a dix jours, puis celle de Iulietta : une petite fille de deux ans, dont la caravane a explosé aux Quatre Cantons il y a un mois, qui a succombé vendredi dernier à ses blessures. Des drames terribles, sous nos yeux, qui posent forcément question.
L'explosion d'une caravane il y a un mois aux Quatre Cantons avait grièvement blessé les deux petits de la famille, âgés de deux et cinq ans. Iulietta, la benjamine, n'a pas survécu à ses blessures. Vendredi, elle est décédée à l'hôpital Jeanne de Flandre où son grand frère est toujours hospitalisé. « Il devait la semaine dernière subir, comme sa petite soeur la semaine précédente, une trachéotomie. Il a toujours beaucoup de fièvre et est, comme sa petite soeur l'était, sous morphine en permanence », explique Martine Puzin, présidente de La Pierre Blanche, l'association co-créée avec le père Arthur.
Depuis ce drame, La Pierre Blanche a commencé sur ce terrain un travail de prospection pour examiner l'état des appareils et cuisinières à gaz.
« La situation est catastrophique. Pas de joint, des tuyaux de gaz datant parfois de plus de 30 ans... Que faire ? », s'interroge la présidente, démunie comme tant de bénévoles et citoyens, révoltée qu'aujourd'hui en France on puisse vivre et mourir ainsi.
La Pierre Blanche, avec l'Atelier Solidaire, présidé par Yann Lafolie, distribue aussi des poêles à pétrole. « On a eu des dons. Ce sont des poêles sécurisés, qui s'arrêtent s'il se dégage du monoxyde de carbone ou s'ils tombent », confie Yann Lafolie, qui a lancé un appel aux dons sur son blog (lille-roms.blog.fr) et recherche, avec le Père Arthur, des extincteurs.
L'Atelier Solidaire a aussi en projet un atelier mobile. « On est en pleines recherches de financements pour un camion qui parcourrait les camps.
On y réparerait le matériel de chauffage, changerait les tuyaux défectueux, distribuerait du nouveau matériel... » Tous les dons sont donc les bienvenus. Y compris pour la famille de Iulietta, qui souhaite rapatrier le corps de la petite fille en Roumanie et repartir vivre là-bas. Il manque encore 1 500 E. « Et puis il y a tous les autres enfants, il faut veiller sur eux. Il y a un bébé de trois semaines sur la friche. Il faut organiser ça au lieu de laisser les choses se faire, apporter des pansements pour éviter les drames, plaide Yann Lafolie. « Ça fait deux ans qu'on le dit. Quand on ne voit pas toute cette misère, on dort tranquille ».
La communauté des roms à Villeneuve d'Ascq a été particulièrement frappée par les drames ces derniers jours. Samedi 4 février, décédait Petronella, bébé âgé de deux mois, à l'hôpital Jeanne de Flandres. Elle était atteinte d'une malformation cardiaque, « mais sa situation sur le camp n'a sans doute pas arrangé les choses », observe Malik Ifri, élu municipal Europe Écologie-Les Verts et président du syndicat mixte des gens du voyage, qui attend beaucoup des deux prochains projets de villages d'insertion : « deux pistes sûres, à condition que l'État débloque les moyens, avec les fonds du FEDER » (Fonds Européen de Développement Régional) ; même si « ça ne règle pas les problèmes immédiats. »
À Lille, ce sont trois baraquements qui sont partis en fumée la semaine dernière ; heureusement sans faire de blessés, mais les conditions laissent craindre que le pire se produise une nouvelle fois. Et le problème est insoluble : les gymnases ouverts pour quelques jours lorsque les températures chutent sont éloignés des camps (Haubourdin, Croix, Wattrelos), et les familles refusent de quitter leurs baraquements par crainte de ne plus les retrouver à leur retour ou que leurs affaires soient volées. C'est ce qui s'est produit l'an dernier. Les Roms craignent aussi les démantèlements par la police. Sans oublier que peu de structures d'hébergement d'urgence sont adaptées aux familles. Lille n'en compte que deux par exemple. Ne reste plus alors que la bonne volonté des associations pour tenter d'adoucir un peu ce quotidien et veiller à la sécurité.


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