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VILLENEUVE D ASCQ / RÉGIONALES

Une ville rose, teintée de vert et de bleu

Seulement le quart des électeurs de l'hôtel de ville a voté. Deux tables ont suffi pour un dépouillement réalisé en un temps record. Seulement le quart des électeurs de l'hôtel de ville a voté. Deux tables ont suffi pour un dépouillement réalisé en un temps record.

En tête dans 25 bureaux sur 34, le PS est le vainqueur de dimanche. Mais les Verts démontrent qu'ils sont une force avec qui il faut compter. À droite, l'UMP confirme dans ses fiefs.



JULIEN GILMAN > julien.gilman@nordeclair.fr
Mis à part le MoDem et le Nouveau parti anticapitaliste, chacun peut trouver son compte dans les résultats villeneuvois de dimanche. En effet, le mouvement de François Bayrou emmené à Villeneuve d'Ascq par le pharmacien ascquois Christian Carnois, même s'il manque de peu les passer les 5 % (4,86 %) - il pointe à plus de 9 % au Moulin d'Ascq -, marque ici aussi le pas par rapport aux européennes (9,99 %). Le NPA, s'il suit les « bons » scores réalisés par le Front de gauche à l'Hôtel de Ville (respectivement 6,46 % et 7,81 %), il se désunit en revanche au Triolo, à Flers-Bourg ou au Château, où la liste d'Alain Bocquet flirte avec les 10 %.
Si additionnés, les résultats globaux du Front de gauche et du NPA dépassent 10 % (chiffre auquel on peut ajouter le 1,27 % de Lutte ouvrière), la ville demeure un bastion du socialisme (ou le redevient après la déconvenue des européennes, lire notre édition d'hier), la liste de Daniel Percheron caracolant à 30,26 %. Le parti de la rose perd peut-être six points par rapport aux régionales de 2004, mais il demeure en tête dans 25 des 34 bureaux de vote villeneuvois et passe la barre des 30 % dans 21 bureaux. Comme d'habitude, c'est au Pont de Bois (48,5 %) et à l'Hôtel de Ville (41,2 %) qu'il réalise ses meilleurs scores.


La liste Europe écologie parvient à se maintenir au niveau des européennes, avec 21,06 % des suffrages. L'alliance avec le Rassemblement citoyen de Gérard Caudron y est sûrement pour quelque chose, mais pas seulement. La réputation de « poumon vert de la métropole » est aussi en train de se concrétiser dans les urnes. Si les écologistes ne confirment pas leur prédominance de juin dernier aux bureaux Calmette et Cézanne de la Cousinerie, ils demeurent en tête à René-Clair et au bureau Anatole-France 2 à Flers-Bourg. En fait, mis à part des ratés à Annappe, Babylone ou au Moulin d'Ascq, les Verts tiennent partout dans une fourchette oscillant entre 15 et 25 %, semblant ainsi confirmer la « dynamique » évoquée par Florence Lecocq dès dimanche soir. Ils se permettent même, avec 27,57 % au foyer Rigole, de surclasser le Parti socialiste de plus de 6 points.

La droite fait le plein
Mais il est vrai que ce dernier bureau est l'un des fiefs de la droite de Villeneuvoise, où Valérie Létard est arrivée en tête avec 32,02 %. L'UMP conserve d'ailleurs ses bastions annappois (59,50 % des voix de la salle Mariannes 1 et 36,70 de Louise-de-Bettignies), ascquois (30,30 % à Curie 1) et du Sart-Breucq (37,29 % à Pasteur). En tout, la droite s'octroie sept bureaux. Seul problème, hormis un vote frontiste qui ne lui est pas forcément acquis (lire ci-contre) et avec un MoDem au ras du sol, la droite fait le quasi plein à Villeneuve d'Ascq.
Alors que de l'autre côté de l'échiquier, les réservoirs de voix sont importants. Socialistes et Europe écologie totalisent 51,32 %. Si on y ajoute les suffrages accordés au Front de gauche, au NPA et à Lutte ouvrière, la gauche villeneuvoise pointe à 62,87 %. C'est 7,5 points de mieux qu'en juin dernier, de quoi aborder sereinement le second tour.w

S'estimant « méprisé », le Front de gauche annonce son maintien

Sauf rebondissement nocturne, Alain Bocquet et ses colistiers devraient présenter ce matin une liste autonome du Front de gauche. Le grand rassemblement avec le PS et Europe Écologie a en effet fait long feu dans la journée d'hier. Alain Bocquet, tête de liste du Front de gauche, dépositaire de 10,78 % des voix exprimées dimanche, souhaitait-il vraiment l'alliance au second tour ? La question était sur toutes les lèvres des négociateurs socialistes et écologistes, au terme d'un marathon de négociations au siège nordiste du PS. Quoi qu'il en soit, le Front de gauche a annoncé vers 22 h 30 son intention de présenter une liste autonome, à côté d'une alliance PS-Europe Écologie, qui doit aboutir ce matin. Présent durant 1 heure 20 en début d'après-midi, le temps de dire qu'il n'était pas venu chercher un accord programmatique, le député-maire de Saint-Amand a ensuite laissé ses mandataires oeuvrer et poser deux conditions : 20 places éligibles (contre 16 proposées) et la liberté de voter, ou pas, le budget régional. Un accord a minima qui a eu le don d'agacer Jean-François Caron, tête de liste Europe Écologie. « Ils veulent 20 élus sous prétexte qu'ils ont augmenté leur score de 0,1 % ! Et sans le moindre début d'engagement. Ce n'est pas sérieux... ». La proposition passe d'autant plus mal qu'Europe Écologie a de son côté accepté la règle proportionnelle en fonction du score du premier tour pour les éligibles, ce qui les amène à 15 élus. En accepter 20 pour le Front de gauche, avec qui ils font jeu égal dans la région, rendait l'alliance intenable. En début de soirée, le député-maire de Saint-Amand faisait monter un peu plus la pression sur le « partenaire » socialiste. « On se sent méprisé. La politique, ce n'est pas que de l'arithmétique. On avait 19 élus dans l'assemblée précédente, hors de question qu'on en ait moins. C'est une question de dignité, on n'est pas des moins que rien, on pèse 133 000 personnes. Le PS devrait faire preuve d'un peu d'humilité ». Après une ultime réunion à 21 h, la sentence est tombée, par la voix d'Éric Corbeaux, patron de la fédération du Nord du PCF. « Le PS a rompu les négociations. Ça a duré 5 minutes, sans aucune volonté de créer les conditions d'un rassemblement, nécessaire pour le monde ouvrier du Nord - Pas-de-Calais » . Au PS, on affirmait hier - sans trop y croire - toujours tendre la main à tous les partenaires, tout en insistant sur le fait que la règle d'attribution des places éligibles admise quasiment partout en France ne peut souffrir d'exception. La pomme de discorde semble donc définitive. Elle précipite en tout cas la région dans une quadrangulaire inédite qui pimente l'entre-deux tours à défaut d'hypothéquer la victoire du PS allié à Europe Écologie...w

Abstention à Roubaix : l'autre fracture sociale

L'abstention à Roubaix est devenue depuis de nombreuses années un mal endémique. À l'occasion des régionales, l'ancienne capitale du textile a de nouveau reflété le décalage existant entre les électeurs et les élus. Irrémédiable ? C'est certes un peu mieux qu'aux européennes où en termes de participation électorale Roubaix était descendue aux abysses l'an dernier avec moins de 25 % de votants. Dimanche avec 28,3 % au premier tour des régionales, il n'y avait pas encore de quoi pavoiser. Roubaix est à 16 points de la moyenne régionale. Et pourtant, l'abstention est un mal auquel à Roubaix on s'efforce de remédier depuis plusieurs années. Ce délicat combat a même été confié aux comités de quartier invités à ramener les brebis égarées de la démocratie sur les verts pâturages des urnes. Les subventions des comités de quartier ont même été fixées en fonction du zèle qu'ils déploient dans leur rôle de berger du troupeau électoral. Mais depuis quelque temps, lesdits comités rechignent : « Après tout, si les gens ne veulent plus voter, les élus qui briguent leurs suffrages n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. » On a aussi utilisé des moyens techniques pour faire régresser l'abstention. Ainsi ces derniers mois, dans le cadre d'une réactualisation des listes, on s'est aperçu que sur les 48 000 inscrits recensés lors des européennes, il y en avait près de 1 200 considérés comme abstentionnistes alors qu'ils ne devaient plus figurer sur les listes. Le maire compte poursuivre cet épluchage méthodique. Avec la rénovation urbaine engagée sur plusieurs quartiers, nombre de personnes qui déménagent omettent bien souvent de mentionner leur changement d'adresse, ce qui donne fréquemment lieu à des quiproquos dans les bureaux de vote. Mais ces aspects techniques peuvent difficilement cacher le fossé qui se creuse inexorablement, élection après élection, entre les décideurs et les administrés. Comme si les seconds, peu à peu, ne nourrissaient plus guère d'illusions quant au redressement de leur cité et ne faisaient plus confiance aux élus, quels qu'ils soient, quant à leurs capacités à le conduire à bien.


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