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VILLENEUVE D ASCQ / 40 ANS

Retour vers le futur de la ville nouvelle

Le Musée d'art moderne rouvre en septembre. Le premier pas du renouveau. Photo M. Lerouge/LMCU Le Musée d'art moderne rouvre en septembre. Le premier pas du renouveau. Photo M. Lerouge/LMCU

Une matinée pour imaginer la future Villeneuve d'Ascq, c'est ce que propose le colloque organisé en guise de gâteau d'anniversaire, ce matin, à la Rose des Vents.




JULIEN GILMAN > julien.gilman@nordeclair.fr
C'est le visage futur de Villeneuve d'Ascq, à l'horizon 2020-2025, qui doit se dessiner ce matin. Rien que ça !


Un cadeau d'anniversaire, pour les 40 ans de la ville nouvelle, en forme d'ordre de mission. Et pour l'écrire, il n'a pas été fait appel qu'à une cohorte d'experts, mais aux décideurs politiques de l'urbanisme métropolitain, comme le remarque Pascal Percq, spécialiste de la ville et animateur du colloque.
« Ils viennent avec leurs étiquettes de vice-présidents à la Communauté urbaine, et non de maire ou d'adjoint. Il y a 10 ou 20 ans, cette approche intercommunale aurait été inimaginable », estime l'ancien journaliste à Nord éclair.
Une petite révolution des pensées au détriment des réflexes de clochers qui doit se traduire dans trois axes de travail. Le maire de Roubaix René Vandierendonck, vice-président à l'urbanisme, à l'aménagement et à la ville renouvelée, doit ouvrir les débats sur le thème « Une ancienne ville nouvelle à réparer ».
Éric Quiquet, adjoint de Martine Aubry et vice-président aux transports à LMCU, évoquera quant à lui, « une nouvelle ville à mettre aux formes et aux modes du 21e siècle ». « Il s'agit de traiter les adaptations de la ville nouvelle aux enjeux d'aujourd'hui, d'anticiper le changement climatique appliqué au milieu urbain, la fin du pétrole à bon marché, le maintien d'une agriculture urbaine... » , développe l'élu lillois. S'il dresse « un diagnostique plutôt positif » et reconnaît que la ville fut pionnière en matières environnementales, Éric Quiquet sait que des aspects de la ville nouvelle peuvent être améliorés : « On ne construit plus comme dans les années 1970. en terme d'isolation thermique par exemple, il y a mieux... » La troisième table ronde sur « La place de Villeneuve d'Ascq dans la métropole de demain » sera animée par le maire, Gérard Caudron, vice-président au logement. « Il s'agit de valider l'engagement communautaire de remettre la ville à son niveau patrimonial maximal à la fin du mandat », explique celui-ci. L'idée est ainsi de lancer le programme de rénovation du quartier Hôtel de Ville, illustré par les explications et plans des techniciens du master plan, l'étude lancée depuis plus d'un an au niveau de la Communauté urbaine. « Nous allons acter les options politiques, budgétaires et techniques de la ville nouvelle renouvelée, en nous projetant vers l'avenir, lance Gérard Caudron. Ce n'est pas quelque chose de facile : en une matinée, nous allons lancer l'opération sur des objectifs concrets. » Vaste programme.w

« Il faut réimpulser l'emballement des premières années »

L'architecte Jean-Pierre Watel, qui intervient ce matin, a participé à la naissance de la ville nouvelle en construisant notamment une partie du quartier du Château. Installé à Villeneuve d'Ascq, il estime que la ville doit reprendre sa croissance. Comment vous êtes-vous retrouvé à construire dans la ville nouvelle ? >> Je travaillais sur une recherche très particulière : l'habitat groupé dense, une sorte de maison individuelle en collectif. Avec des maisons à patio, on arrivait à faire des quartiers d'une densité équivalente à celle des barres d'immeuble en vogue à l'époque. J'avais réalisé une grosse opération en région parisienne et j'ai été appelé pour faire la même chose au Château. Cette opération, en bordure du lac des Espagnols, est devenue une référence. Comment cela a-t-il vécu ? >> Ça a très bien fonctionné. J'y ai moi-même habité quelques années. Il n'y a aucun vis-à-vis avec les autres maisons, ça donne l'impression d'être cloîtré. Lorsque vous subissez le voisinage, quand vous sortez, vous n'avez qu'une envie, c'est de casser la figure à vos voisins. Là, c'est tout le contraire. Pas de regret, donc... >> Aucun, si ce n'est que personne ne se soucie de protéger cette opération. Les habitants sont fiers de leur maison, ils font au mieux, mais il leur arrive de commettre des erreurs quand ils réhabilitent. Comment voyez-vous l'avenir ? >> La situation n'est pas simple : tout a été neuf en même temps, donc tout vieillit en même temps. Pour ma part, je ne crois pas au lifting. C'est comme certaines femmes qui se font tirer les joues : le résultat est parfois ignoble. Il ne faut pas réhabiliter à tout prix. Il faut aussi continuer la ville. Elle est comme un ado de 14-15 ans dont on aurait stoppé net la croissance. Il faudrait réimpulser l'emballement des premières années. Il reste aussi à faire un centre qui ne soit pas un centre commercial et transformer l'autoroute, véritable coup de sabre, en un boulevard urbain, en commençant par y interdire réellement les camions.wPROPOS RECUEILLIS PAR YOUENN MARTIN

« Une ville agréable à vivre »

Pour Colette, première directrice du centre social d'Annapes, « Villeneuve d'Ascq a été la période de la vie la plus calme ». Elle garde aujourd'hui souvenir des champs de fraises, et admire « l'harmonie entre campagne et urbanisme ». Née à Tourcoing « par hasard », baroudeuse, Colette a fait le choix de passer ses vieux jours à Villeneuve d'Ascq. 88 ans, résidente du foyer Jean-Baptiste-Clément, elle a été la première directrice du centre social d'Annapes, ouvert en 1967 et devenu aujourd'hui maison des Genêts. Elle se souvient d'Annapes, d'un « village encore en construction mais au caractère déjà fort », des champs de fraises à traverser pour rejoindre Ascq ou Flers. « Une fois, raconte-t-elle, des Parisiens venus voir la cité scientifique se sont faits pincés parce qu'ils cueillaient des fruits. Ils pensaient qu'ils étaient sauvages. » Colette a pris sa retraite du centre social en 1981, à 60 ans et a « enfin pu profiter ». « Villeneuve d'Ascq a été la période la plus stable et la plus calme de ma vie », avoue-t-elle. Elle qui a connu l'horreur et les morgues de la seconde Guerre mondiale ne se rappelle dans la nouvelle ville que de bons souvenirs. « C'est une ville agréable à vivre, même si à une époque, les travaux n'en finissaient pas. Elle a en plus su trouver une harmonie dans le paysage, entre urbanisme et campagne. » Pas d'immeubles hauts, des fils électriques enterrés pour plus d'esthétique, et une « nature qui a été mise en avant ». « Vous voyez, dit-elle blottie dans son fauteuil de la résidence J.-B.-Clément, je suis bien ici ; on voit les arbres. »wJUSTINE FAIDERBE

Jean-Pierre, guide touristique : « Villeneuve d'Ascq aura toujours trois âmes »

Il a posé ses bagages à Annapes en 1974 et n'en a plus bougé depuis. Jean-Pierre, guide à l'office de tourisme de Villeneuve d'Ascq, baisse le masque pour raconter sa vie dans l'ancien village. Et livrer sa vision de la nouvelle ville. Jean-Pierre a les yeux rieurs, le ventre rebondi, des moustaches blanches en défense de phacochère. Et sous le bras, quand on lui parle des 40 ans de Villeneuve d'Ascq, tout une collection de photos du siècle dernier, avant la construction de la ville nouvelle : la place de la Liberté à Flers, le café restaurant de la Gare à Ascq, la Grand'rue d'Annapes. Annapes. Ce guide de l'office de tourisme se souvient de l'odeur des boulangeries, de celle des champs remués, du beurre frais de la ferme Lebrun, des écureuils rencontrés lors des balades avec les enfants, des bavardages sur le pas-de-porte. De la « vie de village ». Jean-Pierre est arrivé en 1974 dans la rue du Bois, du côté de Saint-Sauveur. Il vit encore là aujourd'hui, même « si pour aller faire ses courses, il faut prendre la voiture ». À St-Sauveur, il ne reste que le café tabac : la dernière boulangerie a fermé il y a un an, la faute selon le guide à Auchan, bâti en 76 et « qui a fait péricliter tous les commerces locaux ». Drôle et bizarroïde Quand il a amené sa famille à Villeneuve d'Ascq, Jean-Pierre sortait des « clapiers à lapins » lillois. Le quartier Hôtel de ville était en construction, « la Rose des Vents sortait de terre ». Il se souvient des essais du Val à l'actuelle borne de l'Espoir - « on se demandait ce qu'était cette drôle de machine qui avançait et reculait » - de la construction du campus et des « bâtiments bizarroïdes » au Pont de Bois, de la naissance de la Cousinerie, et de l'arrivée des « gens de la ville nouvelle ». « Vous savez, dit-il, les habitants d'Annapes, Ascq et Flers devenus Villeneuvois n'ont pas l'esprit ville, ils ont gardé leur esprit de quartier. Villeneuve d'Acsq aura toujours trois âmes. » S'il regrette aujourd'hui la désolidarisation entre voisins, le manque de renouvellement des logements ou encore la disparition des exploitations agricoles, Jean-Pierre salue toutefois la volonté de la ville nouvelle de créer « du mouvement », avec plus de 1  000 associations culturelles ou sportives, et de sauvegarder un « paysage vert ». Le parc du Héron est pour lui « quelque chose d'extraordinaire ». Plus encore, la défense de la langue picarde toujours active : « Un vrai pied-de-nez aux Parisiens qui ont imposé le nom chic de Villeneuve, au lieu du patois Neuville. » J.F.


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