Vincent Leys, aérostier en route pour le 5e ciel
Publié le mardi 01 septembre 2009 à 06h00
Le Villeneuvois, quadruple vainqueur de la Coupe aéronautique Gordon Bennett avec son frère Jean-François, tentera dès dimanche d'inscrire une nouvelle fois son nom au palmarès de l'épreuve.
Il s'envole en compagnie de son équipier, le Tourquennois Sébastien Rolland.
JULIEN GILMAN > julien.gilman@nordeclair.fr
On entre dans le hangar de Vincent Leys, à l'aérodrome de Bondues, comme dans un roman de Jules Verne. Ici, pas d'armada d'ingénieurs les yeux rivés sur écran ordinateur, ni de soufflerie testant l'aérodynamisme de la dernière finition apportée au ballon. Rien de tout ça. Seul se trouve notre Philéas Fogg, entouré de ses nacelles en osier, en train d'arrimer à une carriole les sacs de lest de son prochain voyage dans les airs.
Samedi, avec son épouse Laurence, il recollait lui-même un panneau de la toile de son ballon. Là, il met la dernière main aux préparatifs avant de rejoindre son équipier, Sébastien Rolland, à Metz, et de partir ensemble pour Genève où a lieu, dans la nuit de samedi à dimanche, le départ de la 53e Coupe aéronautique Gorden-Bennett, traditionnellement comparée à l'America's Cup des navigateurs.
« Le ballon est entièrement fait par nous-même et a déjà gagné quatre Gordon-Bennett, en 1997, 2001, 2002 et 2003 », lâche, sans une once de vantardise dans la voix, l'aérostier. C'était à bord du Petit-Prince, ballon de 1 000 m³ gonflé au gaz que les frères Leys, Vincent et son cadet Jean-François, ont fabriqué en 1995. La fratrie a alors révolutionné la course d'aérostation. Elle impose le routeur dans la compétition. « Du sol, c'est lui qui va chercher les trajectoires, les petits vents, qui va établir les stratégies de vol, explique Vincent Leys. Et on a pris le meilleur », se souvient-il, évoquant le météorologue Luc Trullemans qui collabora également avec Steeve Fossett ou Bertrand Picard.
« De 2001 à 2003, il y avait une telle symbiose entre nous qu'on a cartonné ! » lance Vincent.
En Fous volants qui se respectent, les frères chamboulent les mentalités d'alors en se lançant dans le vol maritime, jugé suicidaire par leurs concurrents.
En 2002, ils atterrissent au sud du Portugal et mettent plus de 600 km dans la vue du poursuivant direct ! Mais l'exploit leur cause également une frayeur mémorable. « Nous étions à 15 km/h - quasiment en vol stationnaire - à plus de 400 km des côtes, hors de portée des hélicos ! rapporte Vincent Leys. On s'en est sorti en montant à plus de 4 000 m où on a pu choper un vent qui nous a ramenés sur le continent. »
Émotions
Le ballon non dirigeable entraîne des poussées d'adrénaline, mais aussi des larmes de joie. Comme ce jour de septembre 1997, en Roumanie - toujours lors de la Gordon-Bennett -, lorsqu'en bout de course, Vincent distingue dans sa lunette le ballon du concurrent américain posé sur la plage de Mangalia. Les Villeneuvois reprennent de l'altitude et piquent « comme un stuka » pour coiffer leurs opposants de 150 m et emporter leur premier trophée. « Ce fut l'un des moments les plus forts, se rappelle Vincent Leys. Quand on s'est posés et que le camion de récupération est arrivé... Là, c'est des émotions. Les Américains étaient verts, mais ils nous ont payé à bouffer le soir ! » Jean-François a abandonné la compétition en 2003, mais Vincent poursuit l'aventure avec un nouvel équipier, le Tourquennois Sébastien Rolland. À 49 ans, le Villeneuvois va tenter d'accrocher une cinquième étoile à son palmarès. « Entre nous, lâche-t-il sur le ton de la confidence, on a sérieusement envie de gagner. » Et l'équipage (secondé au sol par le routeur Christophe Houver et le météorologue Sébastien Favre) semble fin prêt : ne vient-il pas de battre le record de France de la plus longue distance, en vol d'entraînement il y a 15 jours, à bord du Petit-Prince, rebaptisé au nom de l'actuel partenaire Golden Eyes ? Un record détenu depuis 1936 par Jean-Marie Crombez. De bon augure pour ce week-end.
Le vent les emportera Le principe est simple : réaliser la plus longue distance, en ligne droite, à partir du lieu de départ. Là où les choses se compliquent, c'est que seul le vent décide du parcours. Et, depuis 1906, sous l'instigation du fondateur de l'Herald Tribune, l'Américain James Gordon Bennett, les meilleurs aérostiers du monde s'affrontent au gré des courants d'air, dans des ballons gonflés au gaz (hydrogène). Les vols peuvent ainsi durer jusqu'à quatre jours, et les aérostats parcourir plusieurs centaines de kilomètres. « Cette année, ça pourrait être une course d'attente, prévoit néanmoins Vincent Leys. Un anticyclone est prévu et, pour le moment, il n'y a pas de vent. La course pourra donc prendre la direction de l'Espagne, de la Roumanie ou des Pays baltes. Ça peut aller dans tous les sens ! On va attendre que les vents se remettent : c'est celui qui sera le plus endurant, qui aura le plus de potentiel niveau lest, qui l'emportera. » Pour être léger, le couple ch'ti n'a pas lésiné : « J'ai perdu 5 kilos ! » lance le Villeneuvois qui précise peser 68 kg et Sébastien Rolland 63. Le poids de la victoire ! J.G.Suivez la course au jour le jour sur http://goldeneyes-gordonbennett2009.blogspot.com/





