Des tonnes d'amiante sous le futur Grand Stade ?
Publié le mardi 28 avril 2009 à 06h00 - MARIE GOUDESEUNE > villeneuvedascq@nordeclair.fr
Alors que les enquêtes publiques sur le Grand Stade suscitent bien des débats, d'anciens salariés de l'IUT voisin attestent avoir déposé sur le site, dans les années 70, des centaines de mètres de tuyaux amiantés. L'information peut-elle remettre en cause le chantier ?
Il paraît que c'est un terrain idéal pour les chasseurs. D'ailleurs, on y trouve, tous les dix mètres, des cartouches sur le sol. Mais il y a d'autres surprises sur ce terrain de la Borne de l'Espoir, à cheval sur Villeneuve d'Ascq et Lezennes : ici, des trous semblables à de gros cratères donnent accès à des catiches ; là, des déchets ménagers, des carcasses de voiture, des pneus, de l'huile de vidange à même le sol. Le site aurait servi de dépôt de toutes sortes dans les années 70. Depuis, la nature a repris ses droits et cohabite avec de nombreux déchets, apparents ou enfouis.
Fibrociment, éternit, amiante
Pour Jeff Colcenet, préventeur hygiène et sécurité et salarié à l'IUT de Villeneuve d'Ascq depuis 1968, la Borne de l'Espoir serait « bourrée d'amiante ». Les faits se déroulent dans les années 70 alors que l'IUT tout proche vient d'être construit : « Les tuyaux d'évacuation en fibrociment souffraient de corrosions chroniques et de fuites. Le responsable technique de l'époque et l'ÉPALE (1) ont décidé de les remplacer par des tuyaux en PVC », raconte-t-il.
L'opération dure plusieurs semaines. Julien Noyen, qui travaillait à l'époque au service technique de l'IUT, affirme avoir fait office de chauffeur pour déposer ces centaines de mètres de tuyaux sur le site. « Ça représentait quelques tonnes : on allait vider tout ça et le diluer à l'aide d'un petit bulldozer. Le site, c'était une sorte de décharge où on se débarrassait de tout le terrassement. On allait vider notre truc sans s'occuper du reste. » Les deux hommes parlent de « tuyaux en fibrociment, en éternit, fortement amiantés » et rappellent qu'à l'époque, la loi n'avait pas reconnu l'amiante comme substance dangereuse.
Ce qu'ils ne comprennent pas, c'est que le dossier technique mis à disposition de l'enquête publique n'ait pas fait état de la présence d'amiante alors que 36 carottages y ont été faits. « Ces sondages ont permis de détecter des hydrocarbures, du fluor dans le sol, de la craie », selon Gilles Malavalon, directeur du projet pour Eiffage. Mais pas trace d'amiante. « Pourtant, on voit des tuyaux à même le sol ! Un carottage tous les 30 m, c'est insuffisant », estime Jeff Colcenet qui veut une étude plus approfondie.
Nouveaux sondages
De son côté, Michelle Demessine, vice-présidente de LMCU jointe par téléphone il y a une quinzaine de jours, se voulait rassurante : « On n'est pas sûr que ce soit de l'amiante. Ça va être vérifié au fur et à mesure. Chaque fois qu'on démolit un bâtiment, on en trouve : Eiffage a l'habitude d'être soumise à ce genre de situation. » Le risque pour les salariés serait même, selon la présidente de la commission Grand Stade, tout à fait gérable : « Toutes les mesures seront prises pour protéger les salariés. Ce sont quand même des professionnels. En tout cas, ils ont toujours des structures de représentants du personnel, des syndicats et un comité hygiène et sécurité sur lesquels ils peuvent compter. » L'affaire, mise au jour lors des dernières réunions publiques par les différents riverains, a tout de même poussé Eiffage à faire de plus amples études de terrain : « On nous en a parlé, alors on va prendre les dispositions préventives pour le traiter. » Des sondages complémentaires sont prévus prochainement. (1) Établissement public d'aménagement de Lille-Est.
Gilles Malavalon, directeur du projet Grand Stade chez Eiffage, annonce de nouveaux sondages pour chercher de l'amiante d'ici à cet été. Mais assure que le chantier aura lieu, quels que soient les résultats. C'est par le biais de la presse et des échanges en commission extra-municipale qu'Eiffage aurait été alertée de l'éventuelle présence d'amiante sur le site : « Au vu de ces remarques, nous avons décidé de faire des sondages complémentaires. Ils auront lieu d'ici à cet été, assure Gilles Malavalon, joint par téléphone. Nous allons inclure un "plan de retrait" pour traiter les déchets amiantés dans notre plan de traitement des déchets et pollutions identifiés sur le site. Tout ça va être soumis à validation auprès de la DRÉAL (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement). » Le directeur du projet Grand Stade chez Eiffage précise que c'est une société indépendante qui est chargée d'effectuer ces études de terrain depuis le début du projet. Et que, quelles que soient les nouvelles donnes, le chantier aura bien lieu : « Ça ne va rien changer : c'est notre risque à nous. S'il y a un coût, il y a un coût : on gérera ce coût-là. » Et Gilles Malavalon de se montrer rassurant quant aux méthodes qui seront adoptées sur le site : « Le personnel aura des tenues adaptées pour évacuer l'amiante dans des sacs étanches, hermétiques. Dans le cadre du plan de gestion, c'est un déchet supplémentaire qu'on gérera, tout comme on gérera les délais, la protection des travailleurs et des riverains, les procédures. Toutes les dispositions seront prises. Car non seulement on va protéger les riverains, mais aussi les travailleurs. C'est un chantier qui doit être exemplaire. » De tels propos suffiront-ils à rassurer des riverains parfois très remontés ? M.G.


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