Potisek : itinéraire tragique d'un champion en or
Publié le mercredi 11 novembre 2009 à 06h00
Victime d'une terrible chute vendredi à l'entraînement, Timoteï Potisek a succombé hier à ses blessures. Le monde des deux-roues est presque sans voix, sonné par la perte prématurée d'un de ses plus beaux joyaux, âgé seulement de 25 ans. Tragique et injuste.
FRANCK SEGUIN > franck.seguin@nordeclair.fr
Il n'y a pas de mot pour qualifier ce destin tragique. Dans quelques mois, l'atmosphère sera lourde sur la ligne de départ. L'absence du dossard numéro 1. L'ombre d'un géant, fauché en pleine quête de grandeur, planera sur le sable du Touquet. Hier, Timoteï Potisek a rejoint le paradis, perdant la dernière course de sa vie au CHR de Lille, à la suite d'une terrible chute survenue vendredi à l'entraînement, sur le terrain de Loon-Plage.
Depuis cet accident, le temps s'était arrêté, suspendu à une bonne nouvelle qui ne viendra pas. Le monde de la moto est sous le choc. Sans voix. Abasourdi par la perte prématurée d'un de ses plus beaux joyaux. Timoteï Potisek, c'était avant tout un petit prince des sables, appelé naturellement à régner sans partage sur le royaume du motocross. Son destin est tout tracé. Un père, Rudy, dont le nom avait déjà brillé sur le sable ; mais surtout une famille, dévouée corps et âme aux deux-roues et à l'Enduropale. Timoteï s'était légitimement imposé comme le boss de la fratrie, laissant à Sergeï et Mateï les places d'honneur. Timoteï Potisek était un pilote d'exception, capable d'enchaîner les sourires dans la vie avec la même sincérité et détermination qu'une chevauchée fantastique à moto. « Il ne doute jamais. C'est un gagneur, sûr de lui. C'est un drame. Je n'y crois pas ». Franck Seinnave est incapable de parler au passé. Responsable de la Team-H-Racing France, il s'est occupé de l'aspect événementiel autour des Potisek. « C'est terrible et injuste. Je ne l'avais jamais vu en difficulté sur une moto. Il avait tout pour lui. Quel drame ! ». À 25 ans, Potisek avait un avenir en or depuis la retraite de son éternel rival, Arnaud Demeester. Yamaha avait même su l'attirer dans ses filets pour en faire son chef de file. Après deux succès en 2006 et 2009, l'Enduropale lui promettait un statut de légende. Potisek était en route pour battre le record de victoires de Demeester.
Personne n'en doutait. Voilà quelques mois, il s'était marié à Aurélie, « et avait retapé sa maison », confie son ancien rival et ami.
« C'est terrible pour sa femme et toute sa famille. La région, le monde des motards et l'Enduropale sont en deuil. C'est dramatique ».
Révolté, le septuple vainqueur de l'épreuve, Demeester, ne peut toutefois pas cacher sa colère. « On a du mal à comprendre comment un garçon de 25 ans a pu en arriver là, tente-t-il d'expliquer. Ce drame pose beaucoup de questions ». Avec la mort de Potisek, la série noire continue pour le monde des deux roues, KO debout depuis 18 mois.
En février 2008, Benjamin Schots inaugure cette triste spirale en chutant lourdement. Dans le coma durant plusieurs semaines, il poursuit aujourd'hui sa longue rééducation. Quelque temps plus tard, Jason Denys, un autre espoir nordiste, décédait des suites d'une lourde chute. « Il faut remettre en question la sécurité des pilotes. On doit faire évoluer les choses, peste Demeester qui a su s'arrêter avant la chute de trop. On vient de connaître une terrible série en l'espace de 18 mois. Dans d'autres sports dangereux comme la Formule 1, on réagit tout de suite quand il y a un tel drame. C'est dommage d'en arriver là aujourd'hui pour se poser de telles questions ». Partagé entre colère, détresse, amertume et tristesse, le monde de la moto aura bien dû mal à se relever de la disparition de Timoteï Potisek. La course de sable aussi. Jamais plus l'Enduropale ne sera comme avant.
w Timoteï Potisek est né le 26 décembre 1983. À 14 ans, il dispute son premier Enduropale, épreuve qu'il a remportée à deux reprises, en 2006 et 2009.





