L'imbroglio Total persiste
Publié le dimanche 01 février 2009 à 06h00
Au rez-de-chaussée d'un immeuble, rue de Tourcoing, la station essence Total est fermée depuis 2001. Entre dépollution et impasse administrative, le problème est loin d'être résolu.
AMANDINE SELLIER > amandine.sellier@nordeclair.fr
Au rez-de-chaussée de l'immeuble les Francs, rue de Tourcoing, une station service Total est restée en activité du milieu des années 60 à 2001. Cette année-là, la préfecture a ordonné sa fermeture à la suite d'une fuite des cuves dans la nappe phréatique. Depuis, le site a été l'objet de toutes les convoitises. En 2003, il se disait même que la station avait été vendue à un carreleur, alors que la Ville souhaitait y installer une supérette.
Mais il n'en était rien... Car le site a toujours été invendable. La faute à une dépollution, dont on ne connaît toujours pas les résultats.
Les 14 copropriétaires de l'immeuble se souviennent pourtant bien « de la cabine installée à l'arrière de l'immeuble et des machines qui ont filtré l'eau pendant 4 ans » et des « ingénieurs qui viennent régulièrement faire des prélèvements ». Pour eux, la dépollution ne fait pas de doute. Leur souhait, « c'est que Total puisse vendre au plus vite ». Mais tous ont conscience qu'ils ne sont « qu'une goutte d'eau dans l'océan de pétrole de Total ».
La faute à l'administration ?
Michèle Cache, une des copropriétaires, est en contact régulier avec Total. « Je leur téléphone tous les mois, ils sont coopératifs, mais il n'y a toujours rien. Ils m'ont expliqué que la DRIRE (direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement) a donné un avis négatif en avril 2008 et qu'en mai ils ont eu l'obligation de faire de nouveaux travaux. Ils attendent la réunion d'une commission qui donnera un avis positif sur la dépollution du site à la préfecture, qui ensuite autorisera la vente. » De son côté, Total estime que tout est en règle et qu'il ne s'agit là que de lenteurs administratives dans un dossier qualifié de « simple ». « Il y a eu une dépollution entre 2001 et août 2005. (...) Pour nous, c'est terminé », explique Christine De Champeaux à la communication du groupe Total. La multinationale n'aurait pas eu de chance : délais pour raisons internes, puis « la DRIRE traîne et ne fait pas le nécessaire.
» L'exploitant avait pourtant un acquéreur (que Total ne souhaite pas dévoiler). Mais sans autorisation, impossibilité de vendre.
Dépollution inachevée ?
Du côté de la DRIRE, tout n'est pas aussi simple. L'explication donnée par le groupe pétrolier est selon eux, « un grand classique » . Michel Christophe, chef de la division environnement de la DRIRE Nord - Pas-de-Calais, explique qu'en réalité, le dossier n'avance pas parce que Total « ne justifie pas que les mesures de dépollution qu'il a prises sont à même de limiter les impacts sur l'environnement et notamment les eaux souterraines ». Ainsi quand Total a voulu céder son site en 2008, l'administration compétente en matière d'environnement lui a demandé « l'évaluation simplifiée des risques », document qu'il n'avait pas fourni en 2001, désormais exigé par la loi. « Total y propose un seuil de pollution acceptable d'un milligramme d'hydrocarbures par litre d'eau sans justifier l'acceptabilité de ce seuil. On a donc demandé qu'ils fournissent ces éléments. Tant que le plan de gestion est imparfait, Total ne pourra pas vendre. » La dépollution du site est-elle achevée ? C'est la question qu'on peut se poser à la lumière de ces explications. Total a-t-il intérêt à ne pas livrer ces documents ? La DRIRE n'a pas souhaité répondre... Ni donner d'estimations sur le temps que mettra ce dossier à se débloquer.
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Le quartier des Francs lui tient à coeur. Le maire Éric Durand a bien pris conscience du problème de cette station essence désaffectée. Mais pour lui, ce n'est pas le problème de pollution le plus important du quartier. Interrogé sur le sujet de la station Total de la rue de Tourcoing, Éric Durand est catégorique : « Total s'en fout. Je leur ai envoyé un courrier il y a deux mois sans jamais obtenir de réponse. J'ai donc décidé de saisir le député de la circonscription (Bernard Gérard, UMP) pour qu'il interpelle la multinationale. S'il n'a pas non plus de réponse, il y aura alors question écrite au ministre de l'Environnement ». Mais le maire de Mouvaux ne se leurre pas : « Total est une multinationale qui enregistre un chiffre d'affaires d'un milliard et demi d'euros par mois, pourquoi se soucierait-elle d'une vieille station essence dont la vente leur rapportera 100 000 E ? » Et d'évoquer ses collègues maires des villes alentours qui ont le même problème avec « du foncier qui pollue » dans bien d'autres proportions. Le Carbonisage aussi À Mouvaux, le maire se préoccupe davantage de la dépollution du site du Carbonisage tout proche (rue Lorthiois). « On a un projet d'aménagement pour ce site qui passe obligatoirement par la dépollution aux frais du propriétaire (Ndlr : le groupe Chargeurs), le budget est de 800 000 E. Sans dépollution, la vente du terrain ne pourra avoir lieu, on en a pourtant grandement besoin... » Mais le maire estime que ces deux pollutions du quartier restent « minimes » comparées à d'autres sites de la métropole. « La pollution du Carbonisage n'est pas profonde, c'est la terre qui est polluée, il faut la stocker, c'est ça qui coûte cher ! » L'enjeu est pourtant de faire reconnaître leurs responsabilités aux propriétaires pour assurer le développement du quartier. Un objectif qui reste quant à lui capital pour le maire de Mouvaux. A.S.


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