MATHIEU THUILLIER > mathieu.thuillier@nordeclair.fr
Des bouts de contreplaqué pour remplacer les carreaux cassés, des plafonds noircis, une odeur de fumée prégnante et le bureau du directeur transféré au milieu... de la cantine. À la veille de la rentrée des classes, l'école Sainte-Clotilde, à la Bourgogne, garde les stigmates des deux départs d'incendie de cet été. Le premier, fin juin, s'était limité à la direction. Le second, en août, a détruit la quasi totalité des archives de l'école.
Le téléphone de l'établissement, une imprimante et tout le petit matériel a aussi été volé. Alors, hier, lors de la pré-rentrée (sa 37e à Sainte-Clotilde !), Michel Rosicki, le directeur, jonglait entre l'accueil des deux nouvelles enseignantes et de l'expert de l'assurance.
Jamais eu l'envie
de jeter l'éponge
La désolation passée, l'équipe enseignante s'est remobilisée et ce matin, les 120 élèves de l'établissement seront accueillis normalement. « Le ras-le-bol pointe, la saturation aussi, mais on ne baisse pas les bras. On se remonte le moral », résume Michel Rosicki, qui peut s'appuyer - des dames de service aux enseignantes - sur une équipe soudée et très impliquée. « L'ambiance à l'école est excellente, solidaire et studieuse. Et puis on a le retour des enfants. C'est notre récompense. Quand un suppléant vient remplacer quelqu'un de malade, il vient un peu avec les pieds de plomb, en se disant "ouh là là, la ZUP de la Bourgogne." Et il repart étonné de la gentillesse et de la politesse des enfants. Mais tout le projet d'école est basé sur le respect. » Passionné par sa mission, et malgré les nombreux coups du sort (en 2009, une voiture avait embrasé l'école), Michel Rosicki, 59 ans, qui a fait sa première rentrée comme enseignant à la Bourgogne en septembre 1975, à Sainte-Clotilde déjà (il en est le directeur depuis 1982), n'a jamais eu envie de jeter l'éponge et de mettre le cap sur un quartier plus tranquille. « Ici, on n'est pas qu'enseignant. On dispense plus que du savoir. On a le sentiment de vraiment servir. Je me sens bien ici et j'ai envie de faire quelque chose de ces enfants. » D'où une déception à la hauteur de son investissement, pour lui qui fonctionne aussi à l'affectif, quand l'établissement est meurtri dans sa chair.
« Je ne comprends pas qu'on puisse s'en prendre à une école. C'est un endroit sacré, comme une église ou une mosquée. C'est un repère pour les enfants. » L'incompréhension est d'autant plus grande que Sainte-Clotilde « est ouverte à tout le monde. On n'est pas une école catholique "sectaire". La majorité des parents paient seulement 5,50 E par mois de frais de scolarité... Et on ne fait pas de religion dans l'école. On apprend juste aux enfants le vivre ensemble. »w