JEAN-FRANÇOIS REBISCHUNG > jf.rebischung@nordeclair.fr
Il y a un mois, la Mission locale présentait à la presse la deuxième vague de services civiques : 200 jeunes de 18 à 25 ans engagés pour des missions de 6 mois dans des associations. Tous les quartiers de la ville sont concernés. La Bourgogne a été particulièrement bien « servie ». Mais à qui profite ce service civique ?
Rue Monseigneur Leclerc, l'association Objectif emploi en compte actuellement 14, affectés à des tâches administratives ou à des actions de médiation dans le quartier. Comme Mohamed, Samir et Rédouane, que nous avons suivis toute la matinée sur le terrain. À l'instar de leurs collègues de l'asso, ils travaillent sur deux thématiques : le vivre ensemble et la propreté. Ce matin, c'est propreté. Les trois jeunes sont chargés de faire le tour du quartier et de remonter vers Morad, l'un des salariés de l'asso, tous les problèmes constatés.
« Que les jeunes
soient écoutés ! »
« On a un beau quartier, mais il y a du laisser-aller ! » D'entrée de jeu, les trois jeunes plantent le décor. Ce quartier - où ils vivent pour la plupart - ils l'apprécient. Mais pas question de se voiler la face, tout n'y est pas rose. « Ce matin, ça va. Les pelouses ont l'air propres. Mais on va vous emmener dans un coin où ce n'est pas toujours le cas. » Direction l'une des allées piétonnes, vers la rue Hardouin-Mansart. Pas de bol, les pelouses ont toujours l'air aussi propres. Mais on tombe sur une aire de jeux. Ou du moins ce qu'il en reste : seulement deux pauvres jeux à bascule pour tous les gamins de la rue. Ça fait léger ! « Des habitants sont venus nous en parler. Nous, on a fait un rapport à l'association. C'est ça aussi notre boulot. On souhaite qu'ils remettent les jeux. » Ils ? Les trois jeunes ne savent pas vraiment qui est responsable (ou coupable). Pour l'instant, leurs rapports quotidiens restent à l'association. Mais ils ont un projet : présenter aux élus « et aux responsables » un bilan de toutes leurs maraudes à l'issue de leur service civique, fin novembre. Avec l'ambition de faire bouger les choses. C'est le risque avec les jeunes : ils peuvent avoir envie de la mener à bien leurs missions. Élus et autres responsables auront donc intérêt à écouter Mohamed, Samir, Rédouane et les autres...
Poursuite de la tournée. Près de la place du quartier, les trois collègues croisent deux agents. L'un travaille pour Vilogia, le bailleur social du quartier, l'autre pour la mairie, au service des espaces verts. La discussion s'engage sur... la propreté. Normal. Les pelouses sont toujours propres. Mais c'est parce que les deux agents viennent presque de finir de les nettoyer. Alors, on jette un oeil sur les tas de déchets et on se met à parler de ces habitants qui jettent leur détritus par la fenêtre. « Une minorité ! », assure un des trois jeunes. Mais une réalité. Elle fera partie du bilan de fin novembre. « En espérant qu'il y ait du répondant derrière, que les jeunes soient écoutés, souligne l'un des deux agents. « Le maire devra être là ! » « Parce qu'on ne change pas les mentalités des gens comme ça ! » Entre les agents et les jeunes, la discussion est conviviale... et presque professionnelle.
« J'ai déjà appris pas mal de choses sur la médiation », reconnaît Rédouane. Quand ils ne s'occupent pas de la propreté, les services civiques font aussi du porte-à -porte ou le tour des commerçants, « pour voir ce qui ne va pas ». En tête des plaintes des habitants : les squats des entrées. Là aussi, on ne change pas les mentalités... « Mais c'est un bon quartier la ZUP », répète Mohamed. La ZUP ? Un terme que n'emploient plus les politiques. Parce que trop péjoratif. Mais ici, on ne s'embarrasse pas de ce genre de précautions sémantiques qui ne veulent souvent rien dire. Sûrement parce qu'on est dans le concret.
Retour à l'association pour le rapport. Morad prend la parole pour une piqûre de rappel : « Profitez de cette opportunité ! » Dans le cadre de leur service civique, les jeunes peuvent aussi suivre des formations professionnelles. Mohamed, Samir et Rédouane ont déjà des idées plus ou moins précises : chauffeur de bus, animateur ou éducateur et agent de sécurité dans le métro. La Mission locale les guidera. Ils sont motivés. À la clé, il y a peut-être un vrai boulot. Voire même l'occasion de quitter le quartier. « Toutes ces briques rouges, ça me déprime » , dit l'un d'eux. On lui souhaite de passer le mur du chômage, qui a la Bourgogne est malheureusement bien plus haut qu'ailleurs. w