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TOURCOING / L'INVITÉ DE LA SEMAINE

« Le don du sang est un geste magnifique »

Depuis sa greffe de moelle osseuse, Amor Abed a pu recourir. «Chausser mes baskets, mettre un short, être debout, c'est déjà une telle victoire !» Depuis sa greffe de moelle osseuse, Amor Abed a pu recourir. «Chausser mes baskets, mettre un short, être debout, c'est déjà une telle victoire !»

Atteint d'une leucémie, Amor Abed, Neuvillois de 49 ans, a reçu une greffe de moelle osseuse en juin dernier. Les jeudis 16 et 23 février, il témoignera de son expérience face aux élèvesde terminales et de BTS du LICP. Avec la volonté de les sensibiliser au don du sang.


Jeudi, vous allez témoigner de votre expérience lors d'une journée de sensibilisation au don du sang au LICP. Comment avez-vous été contacté ?

>> C'est l'association Sang pour 100 vies* qui m'a demandé de témoigner. J'ai été touché que de jeunes étudiants se sentent concernés par quelque chose de gratuit, bénévole et anonyme dans un monde où l'on vit plutôt dans l'égoïsme et sur les échanges économiques. Ça donne confiance en l'humanité.

Comment avez-vous été confronté à la maladie ?

>> Il y a 13 ans j'ai appris que j'étais atteint d'une leucémie lymphoïde chronique (LLC). C'est une maladie du sang altérant plutôt des vieilles personnes, mon cas était un peu particulier. Avant il y a eu l'attente du diagnostic qui est terrible. C'est l'angoisse. On sait que c'est grave quand on voit la compassion avec laquelle les gens vous parlent. Quand le diagnostic a été bien posé, il a fallu subir le choc et accepter cette « colocataire ». Il y a d'abord un stade de résignation et de désespoir. Puis vous passez au stade du combat. Vous n'avez pas le choix.

« La vie est une loterie »

Après on fait des tests pour savoir s'il y a des donneurs compatibles dans la fratrie, la seule possibilité de guérison étant une greffe de moelle osseuse. La LLC est une maladie chronique. A l'époque j'avais 36 ans, j'étais sportif, mon corps n'était pas meurtri par les médicaments. On pouvait donc attendre avec un suivi sanguin au service hématologie du CHR de Lille. Quand la maladie reprenait de l'activité, on passait à un protocole de chimiothérapie. Il y avait des moments d'éclaircies, d'autres beaucoup plus délicats. Sauf qu'à un moment donné, vous ne pouvez pas faire subir à un corps une multitude de chimiothérapies. La chimio, c'est aussi un rouleau compresseur.

Au bout de 11 ans, la greffe était devenue indispensable.

>> Après les deux premières chimiothérapies, j'ai eu une rémission de quelques années. Mais avec le temps, après une nouvelle chimio, la maladie revenait au bout de six mois. Il y a deux ans, il a fallu se résigner à trouver un donneur. Si je voulais passer la décennie, la voie de la greffe était devenue une obligation. Là, on se positionne dans un fichier de recherche de donneurs. La démarche est d'abord nationale, puis le cercle s'agrandit. C'est à nouveau l'angoisse de l'attente. On vous dit que ça être difficile. Il n'y a que 15 millions de donneurs dans le monde et 40 % de gens malades en attente d'une greffe n'auront jamais la possibilité d'en trouver un. Et puis un jour on vous dit "Monsieur Abed, on a trouvé un donneur presque à 100% compatible", une jeune fille de 23 ans. C'est magnifique.
Après c'est une discussion entre vous, votre femme, vos enfants et votre médecin. La greffe, c'est l'inconnu, mais c'est aussi une possibilité de guérison.
Alors il fallait y aller, je ne me suis pas posé trop de questions. Avant la greffe, pendant une semaine, vous faites des chimiothérapies très dures. Là, dans le miroir, vous ressemblez vraiment à un malade. J'ai eu la chance d'être greffé en juin 2011. Après le chemin est encore long : vous en bavez pendant deux à trois mois, dont un mois en chambre stérile.

Où en êtes-vous aujourd'hui ?

>> Je suis en rémission, la greffe répond convenablement. C'est délicat d'en parler.
Aujourd'hui, ça va. Je recours. Pour le plaisir avant tout : chausser mes baskets, mettre un short, être debout, c'est déjà une telle victoire ! Tout en sachant qu'une guérison ne pourra être déclarée qu'au bout de 5 ans.

Quel message voulez-vous faire passer devant les élèves du LICP ?

>> Je ne veux pas que ce soit larmoyant. Ce qui est délicat c'est qu'il ne faut pas non plus tomber dans un discours moraliste. J'ai eu besoin à plusieurs reprises de transfusions. Avoir cette pochette de sang, c'était plus beau qu'un cadeau de Noël. Grâce à cela, je pouvais me retaper et reprendre un peu du service. Le don du sang est un geste magnifique.
C'est un acte citoyen. On donne sans contrepartie. La vie m'a appris que personne n'est à l'abri de quoi que ce soit, accident de la route, maladie... Il n'y a pas de fatalité dans la vie, mais chacun à son niveau a un combat à mener. La vie est une loterie.

*Association étudiante de l'IESEG à Lille. Contact : 06.76.63.63.61.


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