Un « casseur » dans le box
Publié le mercredi 20 octobre 2010 à 06h00
Le 18 octobre, des manifestations lycéennes se déroulent à Tourcoing et parfois des actes de violence s'y produisent. Une pierre a frappé le commissaire central. Le « casseur » était jugé hier soir.
DIDIER SPECQ > didier.specq@nordeclair.fr
Évidemment, de nombreux interpellés sont relâchés et d'autres, mineurs, voient leur cas examiné à huis clos. Mais Damien P., 20 ans, est majeur. Et, hier, son apparition dans le box des comparutions immédiates était attendue avec curiosité. À dire vrai, loin d'être un « casseur » patenté, Damien P. ressemble plutôt à un jeune paumé pris comme un lapin dans le faisceau des phares. Le jeune homme travaille sporadiquement en intérim et, justement, ce jour-là, il se rend dans une société de travail temporaire de Tourcoing pour y pêcher un contrat éventuel. « Je suis sorti de la station de métro et je suis tombé dans un groupe de lycéens qui jetaient des pierres contre les policiers », assure-t-il. Et d'ajouter : « J'ai été pris dans un mouvement ». L'incident se déroule près du lycée Colbert, rue de la Bienfaisance, à 11 h et le jeune homme sera interpellé rue de Gand à 11 h 15.
Deux ou trois pierres lancées contre les policiers dont une, la plus grosse, retombe sur le thorax du commissaire central dont la poitrine était heureusement protégée par un gilet pare-balles qui a amorti le choc. Le président Hoc Feng Chhay brandit la photo des pierres ramassées par les enquêteurs.
Le prévenu n'en admet qu'une et désigne - on s'en serait un peu douté - la plus petite.
Malgré l'insistance des magistrats, Damien P. affirme qu'il n'a pas voulu blesser un policier et même qu'il n'a pas voulu lancer un caillou contre la police. « Il y avait un buisson devant, je n'ai pas bien vu », dit-il. Encore quelques questions et ça devient : « Il y avait des arbres devant, je ne voyais rien ». Sourires dubitatifs des magistrats.
Effet de groupe
La procureure Elsa Servant s'indigne des demi-aveux du prévenu : « Est-ce qu'en agissant ainsi, vous vous rendez compte que vous décrédibilisez le mouvement des lycéens ? » Le prévenu soupire : « Même moi, ça me choque ». Trois mois de sursis sont requis.
En défense, Me Servane Squedin note qu'une centaine de lycéens, dont certains jetaient des pierres, explique cet effet de groupe : « Le prévenu a commis une erreur de jeunesse et les proportions prises par cet incident le dépassent totalement ». 105 h de travail d'intérêt général tombent.
Par ailleurs, on apprenait hier que, lundi, 30 gardes à vue et, mardi, 20 autres gardes à vue de mineurs s'étaient déroulées. 50 lycéens mineurs donc, dont un seul était connu (faiblement d'ailleurs) des services de police. Cinq au total ont été déférés pour des faits graves : voitures vandalisées, transport de matières incendiaires.w



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