Les propriétaires du Clos Vauban déchantent
Publié le mercredi 21 avril 2010 à 06h00
Le programme de 26 appartements et 22maisons a souvent été cité en exemple. Les propriétaires, eux, pointent de nombreuses malfaçons.
Vaste programme immobilier rue des Bonnets, le Clos Vauban a souvent été cité en exemple de réussite. Mais voilà, les logements haut de gamme ne correspondent pas aux attentes de leurs propriétaires qui pointent de nombreux dysfonctionnements.
VINCENT DÉCAUDIN > vincent.decaudin@nordeclair.fr
On leur a vendu « la campagne en ville », dans un quartier tranquille, ils l'ont eue. « C'est très calme », reconnaît Damien Desmarchelier, propriétaire d'une maison individuelle au Clos Vauban. Mais voilà, c'est sans doute le seul avantage qu'il trouve depuis qu'il s'y est installé, en février 2009, avec plus de 6 mois de retard. Le jour de la livraison, c'était pour lui comme pour ses voisins « le rêve qui a tourné au cauchemar. Pour beaucoup, c'était le projet de notre vie ».
En arrivant dans cette nouvelle rue fermée, l'allée des Façonniers (donnant sur la rue des Bonnets), Damien Desmarchelier et ses voisins sont allés de mauvaise surprise en mauvaise surprise. Les 18 places de stationnement « visiteurs » des maisons individuelles, avaient été vendues. Les murs d'enceinte de l'ancienne papeterie - dont ils sont propriétaires - tombent en ruine et la peinture par plaques. Chez Damien, la porte d'entrée est ceintrée : madame ne peut pas rentrer chez elle ! « Il n'y a pas d'énorme malfaçon, mais c'est une suite de détails qui pourrissent la vie », assure-t-il.
Une affaire portée en justice
Son voisin, Arnaud Lempire, se retrouve avec des murs bancals et une salle de bains livrée 8 mois après la maison, le temps de « tout faire sur mesure ». « J'ai refusé à deux reprises la livraison. La première fois que je suis entré, la société de nettoyage n'avait pas fini de travailler. C'était une vraie piscine ! » Pour son voisin d'en face, on n'est plus vraiment dans le domaine du détail. L'escalier qui se désolidarise du mur, les portes entaillées pour pouvoir s'ouvrir, un rideau pour accéder au garage, pas de WC au rez-de-chaussée... Morad Menouer est pour le moment le seul à avoir porté l'affaire en justice. Et il le paie déjà très cher. Il a bloqué son dernier versement (45 000 E) pour la maison et se retrouve aujourd'hui interdit bancaire. « On savait ce qu'on risquait » mais, miné par son histoire immobilière, le père de famille a renoncé à une promotion, s'est vu prescrire un arrêt pour dépression. Il a déjà engagé 12 000 E dans cette procédure contre le promoteur et continue d'assister à expertise sur expertise sans voir avancer ses travaux.
« 300 000 E pour du rêve »
Ce qui fait largement hésiter ses voisins. La justice est lente et coûteuse, surtout quand on a allongé 300 à 350 000 E pour « du rêve ». Au coup par coup, ils espèrent que les travaux se termineront un jour, si possible à l'amiable et avec l'aide de la mairie ( lire ci-dessous). « Si j'arrive à gagner, j'espère faire boule de neige », assure Morad Menouer, qui a recueilli une douzaine d'attestations auprès de ses voisins.
Ils envisagent de s'associer pour montrer que, comme ils disent, « l'immobilier à Tourcoing n'est vraiment pas un long fleuve tranquille » . Pas besoin de convaincre leurs voisins des appartements compris dans le programme, qui eux aussi mettent en doute les finitions du bâtiment.
Le Clos Vauban est la 3e phase d'une vaste opération immobilière dans ce secteur. Une 4e est en projet, dans une ancienne ferme rue des Bonnets.w
Après plusieurs visites d'élus sur place, une réunion a été organisée vendredi dernier avec des propriétaires, l'architecte et le promoteur du Clos Vauban. Dans ce dossier privé, la Ville joue les médiateurs pour conserver ce genre de logements. Fin février déjà, Vincent Lannoo, premier adjoint, avait rencontré les propriétaires du Clos Vauban. Seconde visite, un mois plus tard avec le maire en personne. Et vendredi dernier, les élus ont invité (par plusieurs courriers successifs) le promoteur et l'architecte à s'expliquer sur place. Car lors de ses précédentes visites, « certaines choses m'ont étonné », souligne Michel-François Delannoy. S'il y a un point qui fait l'unanimité, c'est bien que ce programme est « très joli ». Passé l'aspect, chaque point de détail ( lire ci-dessus) a fait l'objet de discussions houleuses. Cette réunion spécifiquement sur les espaces extérieurs de la résidence, Daniel D'Hondt, du promoteur Polygone, n'en saisit pas l'intérêt. « On a fait notre travail ! Ce lotissement est plaisant, c'est du haut de gamme. (...) Il n'y a que des réserves minimes. Toutes ont été levées », sauf une, pour la restauration d'un mur d'enceinte. Les travaux seraient prévus en mai ou juin. L'architecte Bernard Wibaux, quant à lui, découvre certains dysfonctionnements mais, dit-il, « le métier du bâtiment, malheureusement, ce n'est pas un métier sûr ». Certes mais, ces désagréments « sont partout » dans la résidence, selon le maire qui « ne devrait pas avoir à s'occuper de ce dossier entièrement privé », note son premier adjoint. Vincent Lannoo assure que la mairie « veut que les choses se règlent au mieux » . D'autant que « c'est un type d'habitations qu'on souhaite avoir dans notre commune ». Sous-entendu avec leurs occupants, tous solvables. Mais la Ville souhaite aussi régler les soucis du Clos Vauban, 3e programme mené par Polygone dans ce secteur très recherché, avant le lancement prévu du 4e. Histoire que ça ne fasse pas de mauvaise publicité...wV.D.


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