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TOURCOING

ÉLECTIONS RÉGIONALES Le tiercé PS-UMP-FN n'est jamais gagné d'avance

Divisée en 3 circonscriptions, la Ville n'offre pas le même tiercé selon qu'on vote au Nord, au Nord-Est ou au Sud. Et pas le même qu'en 2004. Il n'est donc jamais gagné d'avance.



JEAN-FRANÇOIS REBISCHUNG > jf.rebischung@nordeclair.fr
Comme en 2004, le PS arrive en tête dans les trois circonscriptions. C'est lui qui sort vainqueur de ce scrutin et l'on peut même penser qu'il y a eu un effet « Delannoy », puisque depuis, le candidat aux régionales a été élu maire au premier tour en 2008. Mais les lignes ont aussi bougé entre la droite et l'extrême droite. En 2004, le FN était en deuxième position partout. Là, il ne l'est qu'à Tourcoing Nord-Est.
Dimanche, la droite a donc su limiter les dégâts et faire mieux qu'ailleurs, comme Roubaix ou Lille. Le tiercé tourquennois n'est jamais gagné d'avance. Et surtout, pas simple.


Tourcoing Nord : Dans les bureaux des Orions, de Belencontre, du Brun Pain, du Clinquet ou des Francs, le PS est en tête (33,76 %), devant l'UMP (20,92 %) au coude à coude avec le FN (20,26 %). Mais par rapport à 2004, il perd 3 points.
La Majorité en gagne plus de 6 et le FN plus de 3. C'est d'ailleurs là que droite et extrême-droite font leurs meilleurs scores.
Tourcoing Nord-Est : Dans les bureaux de la Blanche Porte, des Phalempins, de la Malcense, de l'Égalité, du Pont de Neuville, de la Bourgogne, de la Marlière et de la Croix Rouge, le PS arrive aussi en tête avec 36,84 % des voix. Mais il est suivi par le FN (18,57 %) qui distance de 2 points l'UMP (16,22 %). C'est le même tiercé qu'en 2004 sauf que les écarts sont différents : il y a six ans, l'extrême-droite faisait deux fois plus de voix dans ce secteur.
Tourcoing Sud : Dans les bureaux du centre, du Virolois, de l'Épidème, de Gambetta et du Flocon, le PS arrive aussi en tête, suivi de l'UMP et du FN. Mais c'est là qu'il fait son moins bon pourcentage (31,17 %) et l'écart entre la liste de Valérie Létard et celle de Marine Le Pen est de plus de 7 points, soit le plus important des trois secteurs.
Conclusion, même si par rapport à 2004 le PS progresse dans les trois circonscriptions, ce qui donne le sentiment d'un ancrage à gauche (lire l'encadré), la droite (grande perdante des municipales mais vainqueur aux législatives) limite la casse dans un contexte national qui lui est défavorable. Et le FN pose la question de son grand retour. w

S'estimant « méprisé », le Front de gauche annonce son maintien

Sauf rebondissement nocturne, Alain Bocquet et ses colistiers devraient présenter ce matin une liste autonome du Front de gauche. Le grand rassemblement avec le PS et Europe Écologie a en effet fait long feu dans la journée d'hier. Alain Bocquet, tête de liste du Front de gauche, dépositaire de 10,78 % des voix exprimées dimanche, souhaitait-il vraiment l'alliance au second tour ? La question était sur toutes les lèvres des négociateurs socialistes et écologistes, au terme d'un marathon de négociations au siège nordiste du PS. Quoi qu'il en soit, le Front de gauche a annoncé vers 22 h 30 son intention de présenter une liste autonome, à côté d'une alliance PS-Europe Écologie, qui doit aboutir ce matin. Présent durant 1 heure 20 en début d'après-midi, le temps de dire qu'il n'était pas venu chercher un accord programmatique, le député-maire de Saint-Amand a ensuite laissé ses mandataires oeuvrer et poser deux conditions : 20 places éligibles (contre 16 proposées) et la liberté de voter, ou pas, le budget régional. Un accord a minima qui a eu le don d'agacer Jean-François Caron, tête de liste Europe Écologie. « Ils veulent 20 élus sous prétexte qu'ils ont augmenté leur score de 0,1 % ! Et sans le moindre début d'engagement. Ce n'est pas sérieux... ». La proposition passe d'autant plus mal qu'Europe Écologie a de son côté accepté la règle proportionnelle en fonction du score du premier tour pour les éligibles, ce qui les amène à 15 élus. En accepter 20 pour le Front de gauche, avec qui ils font jeu égal dans la région, rendait l'alliance intenable. En début de soirée, le député-maire de Saint-Amand faisait monter un peu plus la pression sur le « partenaire » socialiste. « On se sent méprisé. La politique, ce n'est pas que de l'arithmétique. On avait 19 élus dans l'assemblée précédente, hors de question qu'on en ait moins. C'est une question de dignité, on n'est pas des moins que rien, on pèse 133 000 personnes. Le PS devrait faire preuve d'un peu d'humilité ». Après une ultime réunion à 21 h, la sentence est tombée, par la voix d'Éric Corbeaux, patron de la fédération du Nord du PCF. « Le PS a rompu les négociations. Ça a duré 5 minutes, sans aucune volonté de créer les conditions d'un rassemblement, nécessaire pour le monde ouvrier du Nord - Pas-de-Calais » . Au PS, on affirmait hier - sans trop y croire - toujours tendre la main à tous les partenaires, tout en insistant sur le fait que la règle d'attribution des places éligibles admise quasiment partout en France ne peut souffrir d'exception. La pomme de discorde semble donc définitive. Elle précipite en tout cas la région dans une quadrangulaire inédite qui pimente l'entre-deux tours à défaut d'hypothéquer la victoire du PS allié à Europe Écologie...w

Abstention à Roubaix : l'autre fracture sociale

L'abstention à Roubaix est devenue depuis de nombreuses années un mal endémique. À l'occasion des régionales, l'ancienne capitale du textile a de nouveau reflété le décalage existant entre les électeurs et les élus. Irrémédiable ? C'est certes un peu mieux qu'aux européennes où en termes de participation électorale Roubaix était descendue aux abysses l'an dernier avec moins de 25 % de votants. Dimanche avec 28,3 % au premier tour des régionales, il n'y avait pas encore de quoi pavoiser. Roubaix est à 16 points de la moyenne régionale. Et pourtant, l'abstention est un mal auquel à Roubaix on s'efforce de remédier depuis plusieurs années. Ce délicat combat a même été confié aux comités de quartier invités à ramener les brebis égarées de la démocratie sur les verts pâturages des urnes. Les subventions des comités de quartier ont même été fixées en fonction du zèle qu'ils déploient dans leur rôle de berger du troupeau électoral. Mais depuis quelque temps, lesdits comités rechignent : « Après tout, si les gens ne veulent plus voter, les élus qui briguent leurs suffrages n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. » On a aussi utilisé des moyens techniques pour faire régresser l'abstention. Ainsi ces derniers mois, dans le cadre d'une réactualisation des listes, on s'est aperçu que sur les 48 000 inscrits recensés lors des européennes, il y en avait près de 1 200 considérés comme abstentionnistes alors qu'ils ne devaient plus figurer sur les listes. Le maire compte poursuivre cet épluchage méthodique. Avec la rénovation urbaine engagée sur plusieurs quartiers, nombre de personnes qui déménagent omettent bien souvent de mentionner leur changement d'adresse, ce qui donne fréquemment lieu à des quiproquos dans les bureaux de vote. Mais ces aspects techniques peuvent difficilement cacher le fossé qui se creuse inexorablement, élection après élection, entre les décideurs et les administrés. Comme si les seconds, peu à peu, ne nourrissaient plus guère d'illusions quant au redressement de leur cité et ne faisaient plus confiance aux élus, quels qu'ils soient, quant à leurs capacités à le conduire à bien.


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