Réagir s'attaque à la cyberdépendance
Publié le dimanche 22 novembre 2009 à 06h00
Alors qu'elle fête ses 20 ans, Réagir, qui lutte contre les dépendances, devrait prochainement se spécialiser dans le traitement de la cyberdépendance. Arnaud Muyssen, médecin addictologue, nous parle de cette forme d'addiction.
DOMINIQUE SALOMEZ > tourcoing@nordeclair.fr
En 1989, un groupe d'habitants à la Bourgogne créait l'association Réagir pour lutter contre les dépendances. Dix-sept ans plus tard, l'association obtenait enfin l'autorisation pour prescrire la méthadone en traitement de substitution. Réagir devrait encore élargir ses compétences en 2010 avec l'obtention de l'agrément CSAPA (centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie). L'association traiterait ainsi de toutes les accoutumances, dont la cyberdépendance.
Trouver une gratification
dans le monde virtuel
La notion, apparue dans le courant des années 90 aux États-Unis, sera-t-elle classée comme maladie à la sortie prochaine du manuel de psychiatrie mondial ? La question est encore en suspens. Mais au-delà de l'image de l'adolescent no life (sans vie sociale) greffé à son ordinateur, de quoi parle-t-on quand on aborde la cyberdépendance ? « Il faut bien distinguer la cyberdépendance avec une addiction pré-existante et la cyberdépendance née avec le net », précise Arnaud Muyssen, médecin addictologue (il vient de quitter Réagir pour exercer à la clinique Le Sablier à Lomme, ndlr). Ainsi des addictions aux jeux, à la pornographie ne sont que boostées par le net. « Les acheteurs compulsifs, les personnes qui étaient attirées par les publications pornographiques, ne doivent plus faire la démarche d'aller chercher. L'accès est facilité par le net, désormais ça se passe à domicile », poursuit le médecin.
En revanche, les jeux en réseaux (type jeux de rôle comme Second Life, World of War Craft) ont pu créer des dépendances. « La personne s'accroche car elle trouve une gratification dans le jeu qu'elle n'a pas dans la vie », explique Arnaud Muyssen. Ici, on parle de cyberdépendance quand le joueur en vient à préférer le monde virtuel - dans lequel il est brillant et valorisé - au monde réel. « Le profil type, c'est la personne réservée, timide. Mais ce basculement dans la dépendance se joue aussi lors de changements fondamentaux de la vie » , souligne l'addictologue. Et de citer : l'adolescence ou pour un adulte une perte d'emploi, une séparation conjugale...
« Le virtuel se situe entre l'imaginaire et le monde réel, la personne est en équilibre entre les deux. Selon son état psychique elle basculera d'un côté ou de l'autre », explique-t-il.
À la clinique du Sablier, le docteur Muyssen entreprend avec ses patients une thérapie « cognitivo-comportementale ». Une thérapie qui pourrait être utilisée dans les locaux de Réagir. Son objectif : expliquer aux patients les mécanismes de leur pratique compulsive, trouver les raisons du manque ou de la souffrance que le cyberdépendant essaie de compenser. Et fidèle à son objectif fixé il y a 20 ans, Réagir aidera de nouvelles personnes à décrocher.w





