À quand l'accueil ?
Publié le mercredi 28 octobre 2009 à 06h00
Au Pont Rompu et sur la zone industrielle de Neuville, les gens du voyage occupent à nouveau des terrains sans autorisation. Dans le même temps, les deux Villes ne respectent toujours pas la loi les obligeant à un véritable accueil. Même si un projet est dans les cartons.
JEAN-FRANÇOIS REBISCHUNG > jf.rebischung@nordeclair.fr
Au Pont Rompu, entre les jardins familiaux et le MacDo, les gens du voyage ont installé leurs caravanes sur un terrain privé, sans autorisation. « Et tous les matins, la police vient nous voir pour nous demander de partir », explique Jojo. L'ancien du camp a l'habitude : cela fait plus de cinquante ans qu'il est sur la route mais cela fait aussi bientôt dix ans (le 5 juillet 2000) qu'une loi impose aux communes de plus de 5 000 habitants de prévoir des aires d'accueil. Résultat, ni la Ville ni les gens du voyage ne respectent la loi.
« Je ne vais pas
laisser tomber mon frère ! »
À l'entrée du camp, Serge, un riverain, brandit une lettre du maire datée du 16 octobre. Michel-François Delannoy y explique que « cette installation s'est évidemment faite de manière illicite... » ; que la police municipale « a effectué le recensement nécessaire afin de lancer une procédure d'expulsion... » et enfin qu'il a prévu « un dispositif de neutralisation favorisant une fermeture efficace du site ». Serge est furieux. Il soutient les gens du voyage et son « frère » Jojo. Il les connaît « depuis trente ans » : « Ici, ils sont tous propres », croit-il bon de préciser. C'est même lui qui les a aidés à trouver de l'électricité... Car, pas d'aire aménagée, pas de courant pour les caravanes. Idem pour l'eau et les déchets. Les gens du voyage se débrouillent avec les bouches à incendie et les bennes à ordures du quartier. « Et pour l'école, des camions viennent de Lille quand on est là depuis plus d'une semaine », explique Jojo.
Avec sa famille, il est arrivé au moment de la Braderie de Lille. « On reste jusqu'à la fin du mois. Après, il commencera à pleuvoir et avec la boue, on préfère trouver un parking. » Pas question de rester à Tourcoing. Même s'ils reviendront... Dans le camp, les caravanes sont pour la plupart immatriculées 59 et « on fait ça depuis des dizaines d'années », précise Jojo. Toutefois, si lui garde son calme, son gendre s'emporte : « Y en a marre de voir débarquer les flics le matin. On est traité comme de la m... ! »
Une solution neuvilloise ?
Une aire d'accueil pour les gens du voyage : le projet est bien dans les cartons. Mais il ne semble pas près d'en sortir. Il sera intercommunal. Au départ, il était même prévu sur la zone du Petit Menin, entre Tourcoing, Neuville et Roncq. Mais un projet de grandes surfaces dédiées à l'équipement de la maison (la Promenade de Flandre) semble avoir changé la donne. Pour des raisons d'incompatibilité ? Adjointe au maire siégeant à la communauté urbaine de Lille, Sylvie Boudry explique qu'il existe « une autre proposition qui n'est pas encore validée techniquement sur Neuville ». L'élue refuse d'être plus précise. « On en est encore qu'au travail de démarrage du dossier mais dans le contrat de territoire, on a acté le fait qu'on pousse le dossier. » Neuville devrait donc libérer du terrain. Mais où ? La Ville en manque pour rattraper son retard en matière de logement. À moins que les élus n'envisagent une aire d'accueil sur la zone industrielle où l'on vient de recenser près de 10 hectares de terrains de libres. À suivre...
« Je sais que ce n'est pas une réponse correcte », admet Sylvie Boudry. Mais un autre sujet inquiète les gens du voyage.
Face à leur arrivée de plus en plus importante ces dernières années, beaucoup de communes (comme Halluin ou Roubaix) prennent des dispositions pour l'accueil des Roms. Leur situation très précaire mérite l'attention du politique. Seulement, pour Jojo, « il ne faut pas confondre... On nous met tous dans le même sac mais ce n'est pas le même mode de vie... » Ce que ne dit pas clairement Jojo, mais que l'on comprend bien en discutant avec d'autres membres du camp, c'est que cette prise en compte des Roms agace, la priorité étant grillée. « On ne s'occupe pas de nous, on mélange tout », finit par s'emporter Jojo, qui réclame un minimum de considération. « Allez voir la mairie ? Pour quoi faire, c'est toujours la même réponse ! »w





