La circoncision tourne mal
Publié le jeudi 28 mai 2009 à 06h00
Peut-on opérer une circoncision à domicile et provoquer indirectement une hémorragie qui, quelques jours plus tard, a failli conduire à la mort un bébé de 7 jours ? « Oui », selon le procureur Créon.
DIDIER SPECQ > didier.specq@nordeclair.fr
Mazen M., d'origine syrienne et âgé de 54 ans, explique benoîtement que les « infections, ça s'attrape surtout dans les hôpitaux ». Le prévenu, qui possède des diplômes médicaux algériens mais qui n'est pas inscrit à l'ordre des médecins en France, préfère opérer des circoncisions à domicile. « Pour les amis, quand les gens posent des questions, je ne suis pas trop d'accord » dit-il. Combien ? À quel tarif ? Les réponses sont vagues. Une dizaine par an à 150 euros chacune selon lui.
Le 19 janvier 2006, un couple de Tourcoing demande à M. une circoncision pour leur bébé de 7 jours. M., honorablement connu dans certains milieux musulmans, accepte. « On pensait que c'était un docteur » raconte le père. M. travaille effectivement en milieu hospitalier mais il n'est pas médecin.
On chauffe le scalpel dans une eau bouillante et vinaigrée. On prépare les compresses. L'excision de la peau du prépuce se passe bien. Mais une semaine plus tard, alors que M. persiste à ne préconiser que du Doliprane®, le bébé n'a toujours pas cicatrisé. Il est tout blanc : « Il faut le tenir au chaud » aurait affirmé le prévenu. Le bébé se vide de son sang, il ne bouge presque plus : les parents foncent à Jeanne de Flandres à Lille. Le CHR sauve de justesse le bébé. Les parents, assistés par Me Abderrahmane Hammouch, déposent plainte. L'ordre des médecins, représenté par M e Maurice-Alain Caffier, se porte aussi partie civile.
« Un rituel religieux »
Trois ans plus tard, l'étrange dossier atterrit devant le président Gérard Flamant. « C'est une mutilation, c'est un rituel religieux qui n'a pas d'existence légale. Il y a une volonté du parquet de ne pas poursuivre, je ne peux que le constater » note le président. Et ajoute : « Ces rituels religieux juifs ou musulmans n'ont pas plus d'existence légale que les scarifications corporelles de certaines tribus africaines ».
Le décor est donc planté et l'examen du dossier à l'audience n'amène pas de surprises. Le prévenu prétend ne pas s'être présenté comme un médecin. Mais parle de scalpel, de « bébé en phase 2 », de diagnostic et s'étend sur son expérience dans les hôpitaux. « En Algérie, les circoncisions sont faites par les infirmiers, en Syrie, par les coiffeurs » conclut le présumé faux médecin. « On croyait que c'était un médecin, sans quoi, nous n'aurions jamais fait ça » dit le père.
Me Caffier explique que, de toute façon, il y a exercice illégal de la médecine à partir du moment où l'on intervient chirurgicalement tandis que Me Hammouch s'insurge : « Ce bébé a failli mourir ! ».
En revanche, le procureur Créon crée la surprise. Certes, le réquisitoire écrit soutient l'accusation à la fois sur l'exercice illégal de la médecine et les blessures involontaires reprochés à M. Mais, surprise, le procureur à l'audience estime qu'il s'agit « d'un rituel et non pas d'un acte médical ». Conséquences : pas d'exercice illégal de la médecine et pas de blessures involontaires non plus ! La relaxe est donc demandée sur les deux incriminations à la vive satisfaction de la défense représentée par Me Florence Meilhac.
L'affaire risque de faire grand bruit puisque, si l'on suit le procureur, des circoncisions à domicile sur des bébés ne sont pas répréhensibles. Jugement prononcé le 1er juillet.




