Accueilli par la Virgule, Ubu, ce drôle de roi
Publié le samedi 14 mars 2009 à 06h00
D'après « Ubu roi » d'Alfred Jarry, la Virgule accueille « Ubu... » depuis hier et jusqu'au 28 mars. À la fois drôle et piquante, la création du théâtre Diagonale offre une modernité à un texte cruellement d'actualité sur la soif de pouvoir.
VINCENT DÉCAUDIN > vincent.decaudin@nordeclair.fr
Shakespeare avait « déjà tout compris ». Rejeton éloigné de ses Macbeth et Richard III, le père Ubu est plus d'actualité que jamais. Ancien roi d'Aragon, il vit en exil en Pologne et décide de commanditer l'assassinat du roi Venceslas. La nouvelle de son avènement au trône fera la une des journaux télé...
Assoiffé de pouvoir, corrompu et manipulé par son épouse, sorte de Lady Macbeth vénale, c'est dans une grande farce signée Jarry que son apogée et sa chute sont tournés en dérision. Une pièce plus que centenaire mais cruellement actuelle que la metteur en scène Esther Mollo, Italienne installée à Lille, a trituré dans tous les sens lors de cette résidence à la Virgule, depuis début février.
Plus que de s'attacher au texte, la jeune artiste issue du monde du mime, le met en mouvement, dans une course effrénée. Elle transforme les codes de la farce fin XIXe en pamphlet moderne, télévisé, où le missile skud remplace le canif, où le champ de bataille contre les Russes est un baby-foot, où les nobles assassinés pour leur argent sont des canettes de soda écrasées à coups de marteau, les repas se résument à des barres chocolatées.
Télé, hip-hop, football...
Avec son langage inventé et ses formules abracadabrantes, ce texte de Jarry, daté de 1896, « on en fait ce qu'on veut », assure celle qui a choisi des acteurs de toutes nationalités (italien, français, brésilien) et s'est libérée de tous les codes, en confiant le rôle de la mère Ubu... à un homme aux tenues improbables.
Entre deux chorégraphies burlesques, avec un vidéaste et scénographe elle a ajouté l'image, projetée sur les objets ou les corps en mouvement, mais aussi de la musique hip-hop, des références au football ou à la télé toute puissante. L'histoire de ce monarque glaçant en devient inquiétante de références aux dirigeants très proches des nôtres, des deux côtés des Alpes. Dans sa conquête du pouvoir suprême, on retrouve dans sa bouche les mots d'un certain Berlusconi...
Plus on quitte la farce pour la réalité, plus ce personnage et ses tares semblent être « dans leur habitat naturel » : le nôtre. Ça déménage, sur scène comme dans les esprits, coincés entre rire et stupeur. En un siècle, la pièce reste à la fois scandaleuse et drôle. Jarry aussi avait « tout compris »...


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citospopulos : Pour ma part je pense qu'l y a toujours des personnes...
citospopulos : oui pour une nouvelle forme de police de proximité...
jeanjean59 : message pour Claire : Bravo pour votre "enfarinage"...