L'« ART » de lutter contre la dépendance
Publié le dimanche 22 février 2009 à 06h00
Un rapprochement entre les deux hôpitaux a permis la naissance du pôle ART : Addictologie Roubaix-Tourcoing. La suite : un réseau d'associations d'aide aux personnes dépendantes (alcool, drogues, tabac.
..) devrait se constituer.
VINCENT DÉCAUDIN
> vincent.decaudin@nordeclair.fr
Ne les appelez plus jamais alcoologues, ils sont addictologues. Derrière le changement de titre, aux CH Tourcoing et Roubaix, une véritable révolution dans le traitement des dépendances à l'alcool, au tabac, aux drogues ou aux médicaments. Celle d'abord d'un partenariat sans perdant entre deux établissements « rivaux » qui s'entendent au profit du patient.
Depuis le 1er janvier, les services d'alcoologie de Tourcoing et Roubaix se sont unis pour obtenir un agrément dans le cadre du plan gouvernemental contre les addictions. Signé fin 2006, il se décline actuellement dans le département. Le rapprochement Tourcoing-Roubaix a permis d'obtenir, jusqu'en mars 2012, l'agrément de niveau 2 : le recours au sevrage complexe. Une méthode qui s'adresse aux polyconsommateurs (par exemple alcool + tabac), soit l'immense majorité des cas : à Tourcoing, 85 % des patients traités pour alcoolisme fument, 20 % ont une autre dépendance (cannabis, médicaments...).
« C'est par souci de cohérence, assure le Dr Bernard Pélisset, chef de service au CH Dron. On ne se concentre pas sur le produit mais on effectue un travail de fond sur le comportement du patient. » Et ce par une hospitalisation de 11 jours minimum et une « prise une charge globale » pour prévenir la rechute (lire ci-dessous).
Éviter la disparition
Des agréments comme celui-ci seront rares : seuls 5 ou 6 hôpitaux de la région devraient l'obtenir (par bassin de 500 000 habitants). À Roubaix-Tourcoing, il permettra de régler les soucis de chacun des deux services : débloquer des budgets pour les locaux à Roubaix, rassurer le personnel à Tourcoing. Car, longtemps considéré comme « le parent pauvre » de l'hôpital, le service d'alcoologie était même « à la limite de disparaître » , assure le Dr Pélisset. Coûteuse et peu valorisée, la spécialité était gravement déficitaire alors qu'« il faut des bras ».
C'était pourtant « un point fort du CH Dron », avec 2 100 consultations et 320 hospitalisations en 2008.
Plutôt que de « se battre chacun de son côté, à 10 km de distance », Tourcoing et Roubaix se rapprochent sans toutefois fusionner.
« Nous gardons notre autonomie, assure le Dr Laurent Urso, chef du service addictologie au CH Roubaix. Le but n'est pas de créer une grosse structure, avec plus de lits, mais d'aider plus de patients. » On reste donc sur 15 lits à Tourcoing (dont 10 réservés aux sevrages complexes) et 16 à Roubaix (dont 6 en secteur « fermé », en particulier pour les toxicomanes). Chaque service conservera sa consultation et son équipe mobile (dans les différents services de l'hôpital), avant de se lancer chacun dans le développement de l'ambulatoire.
« On est parti pour 25 ans ! », se réjouit le Dr Pélisset. Dans le débat actuel sur l'hôpital, il se félicite qu'on « sorte de la logique comptable pour revenir sur la qualité et l'intérêt du malade ».
Après l'hôpital, les associations. Les structures non-médicales qui viennent en aide aux personnes dépendantes dans le secteur devraient à leur tour se mettre en réseau. Les soins pourraient s'orienter vers le « sans substance ».Expression corporelle, affirmation de soi, créativité, éveil musculaire, acuponcture... L'hospitalisation en alcoologie ne ressemble à aucune autre. Elle est programmée, acceptée et construite autour d'un « contrat de soins » et d'une dynamique de groupe. Bref, « ce n'est pas un service de médecine, résume le Dr Pélisset. Ce n'est pas que mettre une perfusion à un gars dans un lit ! » À l'heure où la consommation d'alcool est globalement à la baisse dans la région (où on reste largement au-dessus de la moyenne nationale), les médecins remarquent par contre une forte augmentation des difficultés sociales liées à la dépendance. D'où le besoin d'une prise en charge globale mais aussi de bras. Après 23 ans au CH Dron, le Dr Pélisset est aujourd'hui le seul addictologue à temps plein pour Tourcoing et la vallée de la Lys. Avec une consoeur (à mi-temps), il consulte au CH Dron, 4 demi-journées par semaines au centre d'alcoologie de la rue de Lille et une demi-journée à Comines (au Cèdre Vert).Pour les accros au jeu, au Net L'agrément des services de Tourcoing et Roubaix n'est en tout cas que le socle d'une amélioration des soins. Roubaix ouvrira son hôpital de jour en septembre prochain et, promis, Tourcoing « le fera ». L'étape suivante permettra de réunir et de mettre en réseau les structures non-médicales (associations, foyers), dans un groupement de coopération médico-sociale (GCMS), avec par exemple Réagir ou le foyer Regain.À plus longue échéance, l'ART devrait s'orienter vers des addictions sans substances, comme le jeu, l'informatique, les achats, le travail... « Pour le moment nous ne sommes pas équipés », reconnaissent les chefs de services, qui listent leurs priorités : l'alcool « avant tout » , puis le tabac et les toxicomanies. Chaque jour, dans chacun des deux hôpitaux, un patient se présente aux urgences pour un sevrage. 15 % des patients traités aux urgences le sont pour des pathologies liées aux substances addictives. V.D.


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