Roubaix

Roubaix : une salle de réception condamnée à cause du bruit

Publié le 25/07/2012 à 00h00

L'espace Jules-Brame est un ancien bâtiment logistique transformé en salle de réception. Ouvert depuis 2008 avec l'autorisation de la municipalité, l'endroit n'accueille plus de fêtards depuis fin juin. Ses gérants viennent d'être condamnés pour nuisances sonores répétées.

Roubaix : une salle de réception condamnée à cause du bruit
L'espace Jules-Brame est un ancien bâtiment logistique transformé en salle de réception. Ouvert depuis 2008 avec l'autorisation de la municipalité, l'endroit n'accueille plus de fêtards depuis fin juin. Ses gérants viennent d'être condamnés pour nuisances sonores répétées.

C'est l'histoire du pot de terre qui dérouille le pot de fer... Après quatre années de procédure.
« Nous sommes soulagés, souffle Mustapha. Ça durait depuis trop longtemps. » Tellement longtemps que le dossier Mahi était le plus ancien du tribunal d'instance de Roubaix.
Juin 2008, la ville de Roubaix autorise l'ouverture d'une salle de réception, rue Jules-Brame, dans le quartier du Pile. Une salle qui touche la petite maison des époux Mahi, rue d'Anzin. C'est le début du cauchemar et de nombreuses nuits blanches. « C'est simple, depuis quatre ans nous ne dormons plus entre le jeudi et le lundi », explique Régine, les larmes aux yeux. Elle ouvre son ordinateur. Clique sur une vidéo artisanale. On y voit un ciel étoilé. Et une musique qui déchire la nuit. « Et après, on va me dire que leur salle est insonorisée, grince-t-elle. Nous avons changé de chambre à plusieurs reprises mais il nous était impossible de dormir ». Elle ne travaille plus, « détruite psychologiquement » par ces nuits sans sommeil, cette procédure à rallonge et cette tension permanente. « On a eu beau frapper à toutes les portes, on a vraiment eu la sensation de n'être écoutés par personne ».

Lors de mesures effectuées en catimini et à l'improviste, un expert acousticien a noté d'importants dépassements de décibels : « de 9 à 12 dB, ce qui est très important pour la demi-heure la plus sensible ». En cause, « un bâtiment particulièrement réverbérant » et un toit qui « induit une amplification des bruits lors de la diffusion de la musique et lors des conversations de chacun ».

Des mesures acoustiques fenêtres ouvertes ou fermées ?

Se basant sur ces conclusions, le tribunal d'instance vient de lourdement condamner les gérants de la salle des fêtes. « Je suis agréablement satisfait, précise Me Nicolas Brazy, l'avocat des plaignants. Même si l'expertise judiciaire nous était favorable, il n'est jamais évident de se voir reconnaître un trouble de jouissance ». Décision rare dans ce genre de dossier, outre le versement de dommages et intérêt, le juge roubaisien demande aux gérants de rembourser les frais engagés par la CPAM pour soigner Régine Mahi, estimant que ses pépins de santé étaient liés aux nuisances sonores.

« Ils ont également trois mois pour faire cesser le trouble sonore, se satisfait Me Brazy. Un autre expert est passé. Il chiffre les travaux à plusieurs milliers d'euros. Il doute même de leur faisabilité la structure du bâtiment ne pourrait pas les supporter ». Du côté des gérants de la SARL Espace Jules-Brame, c'est la douche froide. « Nous sommes actuellement en train de faire appel de cette décision, nous verrons bien », explique l'un d'eux.

Depuis la plainte de la famille Mahi, ils affirment que leur salle est parfaitement en règle. D'ailleurs, lors de l'audience, leur avocat Me Honoré Cheyap a produit des justificatifs de nouveaux travaux d'isolation. Selon un diagnostic acoustique réalisé par la société Kiétudes, « ces travaux ont permis un gain de l'ordre de 5 à 10 dB ». À ceci près que l'avocat lillois se base sur une prise de mesure « fenêtres fermées ». Réponse ironique du magistrat : « Il n'appartient pas aux requérants de se prémunir d'un trouble du voisinage avéré en s'imposant de vivre fenêtres closes, quand bien même ils vivraient dans le Nord de la France ».

Depuis juin, la salle n'a plus accueilli la moindre fête. Et pour cause : en cas d'une nouvelle infraction, les gérants seront soumis à une amende de 3 000 euros par infraction constatée. Dissuasif !w Nous avons tenté de contacter la municipalité de Roubaix. En vain.

Nord Éclair