DELPHINE TONNERRE > delphine.tonnerre@nordeclair.fr
Une fois qu'on passe la porte cochère, c'est un autre monde. Plus vert, plus sauvage, incroyablement plus calme aussi. Le site de la Ferme aux loisirs est en friche : orties et liserons ont pris leurs aises. Mais c'est aussi un espace de 5 hectares avec un gros potentiel.
Son hêtre pourpre est sans doute l'arbre le plus vieux de Roubaix, d'ailleurs repéré l'an dernier lors d'un inventaire de la communauté urbaine sur les arbres remarquables. On lui donne au bas mot 300 ans. La ferme est restée fermée trois ans, de 2008 à 2011. Le hêtre pourpre n'a pas vu passer grand monde pendant cette période, mais en trois siècles, il en a vu d'autres...
L'arrêt de l'activité
a laissé un grand vide La ville a-t-elle envie de redonner une nouvelle vie au site ? Dans le quartier, on veut y croire, même si la fermeture reste un traumatisme. Fin 2008, l'association la Ferme aux loisirs, placée en redressement judiciaire, décidait, la mort dans l'âme de jeter l'éponge et d'arrêter son activité. Les chevaux de trait et de selle, l'âne, le poney, les oies, poules, canards, le cochon et la brebis quittaient les lieux. Pourtant, la dernière assemblée générale en juin 2008 donnait des chiffres témoins de son activité : plus de 5 000 enfants y avaient été accueillis dans le cadre du contrat temps libre et du contrat éducatif global, 6 500 personnes sur l'année pour des activités ponctuelles.
Il y avait un manège à chevaux, des ruches, des bacs de compost, une joyeuse effervescence... Mais les comptes étaient dans le rouge. Trop de dettes résultant de déficits antérieurs (300 000 euros). La présidente de l'époque, arrivée quelques mois plus tôt, Zohra Zarouri, avait étudié la situation avec le conseil d'administration, dans les moindres détails. Elle déclarait à l'époque : « On a beau faire, notre passif nous colle à la peau. On fera tout pour limiter au maximum les dégâts humains et assurer le reclassement des salariés. » La Ferme aux loisirs a compté jusqu'à 80 salariés car elle développait aussi des actions d'insertion. À l'époque, on se demandait qui pourrait prendre la relève d'une telle structure. Force est de constater qu'au Fresnoy-Mackellerie, la fermeture de la ferme a laissé un grand vide et une impression de gâchis.
Les habitants prêts à revenir De ce passé, à la fois riche et douloureux, il faut bien se remettre. Pendant trois ans, la ferme est restée abandonnée. Puis l'an dernier, des associations s'y sont installées. Il y a là le Jardin de traverse, la Maison du jardin, Astuce et le comité de quartier, qui proposent des activités ponctuelles. Lors de la fête des jardins organisée en juin dernier, 150 personnes étaient présentes. « Beaucoup avaient à coeur de ramener des photos, de se rappeler de ce qu'était la ferme. Il y a peu d'espaces de cette qualité dans la ville », raconte Yves, un administrateur du comité de quartier. Anecdote : il raconte que le nom « Ferme aux loisirs » avait été choisi dans les années 80 parce qu'il reprenait le sigle de la Fédération des associations laïques, qui avait déménagé dans les locaux de la rue de Lille.
L'avenir semble enfin se décanter un peu. La ville vient de débloquer une première enveloppe de 200 000 euros. Le projet de trame verte et bleue urbaine a remporté un appel à projet du ministère du Développement durable. Une somme qui servira à choisir un aménageur à la rentrée. La ferme est en effet à un point stratégique sur le futur corridor biologique. Alors qui sait, la prochaine page qui va s'écrire est peut-être prometteuse ? Les admirateurs du hêtre pourpre l'espèrent.w