« On ne rentre pas dans la salle 214 avant d'être rangé et silencieux. Et on ne prend pas la parole sans l'avoir demandée. » Pascal Grouselle, l'actuel principal du collège Anne-Frank, sait que bien des élèves ont dû maudire Corinne Martin. Sur le moment. À voir le nombre d'anciens venus participer à sa remise de décoration, beaucoup ont dû réaliser par la suite que ses rappels à la discipline avaient du sens.
Ce côté militaire, hérité de son grand-père colonel et cultivé par un conjoint militaire, Corinne Martin l'assume. Elle n'ignore pas avoir été affublée du doux sobriquet de « Pinochet ». « Sévère mais juste », c'est sa devise. Mais ça ne la résume pas.
« Addicte à la Zep »
Ce sont d'abord et avant tout ses qualités de pédagogues qui lui ont valu de recevoir les Palmes académiques mardi soir dans la salle polyvalente de son collège - pour ne pas dire sa deuxième maison - Anne-Frank. Pascal Grouselle mais aussi les deux principaux qui l'ont précédé et ont travaillé avec elle, Paul Delienne et Christiane Danquin, ont souligné sa franchise, son sourire, son caractère entier, sa présence auprès de ses collègues dans les bons ou les mauvais moments - elle est engagée au sein de l'amicale du collège.
Corinne Martin, prof d'histoire-géo depuis 1990, pensait que les décorations étaient réservées aux artistes, à ceux qui font parler d'eux dans les médias.
Mais « quand on voit un collègue se démener, on a envie de lui montrer sa reconnaissance », explique Paul Delienne dans un message lu lors de la cérémonie.
Surtout quand ce collègue choisit d'enseigner durant vingt-et-un ans en zone d'éducation prioritaire. « Anne-Frank, ça use, c'est difficile, c'est parfois ingrat, dit encore Paul Delienne. L'Alma, c'est difficile. Être prof à Anne-Frank et y rester, c'est un acte profondément républicain. » Ce sont aussi de belles rencontres avec des gens que Corinne Martin a tenu à remercier au cours de sa soirée. « Il est arrivé que des parents me quittent en m'embrassant », raconte-t-elle.
« Addicte à la Zep, Rep et Rar », à bientôt 50 ans, elle a pourtant décidé de se sevrer - en douceur - en demandant sa mutation au collège Gambetta à Lys-lez-Lannoy. « Cet établissement a beaucoup de chance de la voir arriver », estime Christiane Danquin. Et il faudra de nouveaux engagés volontaires sur le front de la Zep de Roubaix.w