Roubaix

La CGT voit de la chasse aux sorcières partout

Publié le 31/05/2012 à 00h00

Deux licenciements, deux histoires qui se ressemblent et qui, pour la CGT, illustreraient un phénomène nouveau : la répression préventive des futurs délégués du personnel. Mais les patrons réfutent.

La CGT voit de la chasse aux sorcières partout
Deux licenciements, deux histoires qui se ressemblent et qui, pour la CGT, illustreraient un phénomène nouveau : la répression préventive des futurs délégués du personnel. Mais les patrons réfutent.


YOUENN MARTIN > youenn.martin@nordeclair.fr
Ce sont deux cas particuliers qui présentent des similitudes. Abdelkrim Abdesselam en a déjà tiré un enseignement général : « On connaissait la répression syndicale contre les délégués du personnel. Maintenant, on découvre la répression préventive ! » Pour le secrétaire général de l'union locale CGT, c'est clair : si deux salariés se retrouvent menacés de licenciement, c'est parce qu'ils ont voulu que soient organisées des élections professionnelles dans leur entreprise.
« Ils sont venus me voir parce qu'il y avait des dysfonctionnements dans leurs entreprises et qu'il n'y avait pas de délégués du personnel, raconte-t-il. J'ai envoyé un courrier à leur patron respectif. Du coup, ils ont été virés. » Dans les deux cas, l'organisation des élections, régie par les articles L2314-2 et suivants du Code du travail, n'était pas au carré. C'est une obligation de l'employeur dès que l'effectif de l'entreprise dépasse onze salariés et, si ces élections sont réclamées, il a un mois pour les organiser. Mais les licenciements ont-ils un lien avec les demandes ?



« Facilités pour rebondir »
Jérôme Lestarquit est infographiste à l'imprimerie Deschamps depuis huit ans et demi. « Il n'y a jamais eu d'élection professionnelle depuis que j'y suis, assure-t-il. Ils ont cherché à savoir qui les avait demandées. Le jour où elles ont été mises en place, ils me licenciaient. » Motif invoqué : économique. Il affirme pourtant que les heures supplémentaires sont courantes en production.
Sauf que le dirigeant de l'imprimerie tombe des nues quand on lui rapporte les dires de son salarié : « Il n'y a aucun lien. S'il n'y a pas eu d'élection ces dernières années, c'est car on constatait une carence, il n'y avait pas de candidat. » Les difficultés de l'entreprise ne sont pas feintes : « On a perdu 9 % de chiffre d'affaires en un an et on vient de perdre un gros client, les 3 Suisses à cause du "cost-killer" qui le conseille. Il faut bien se réorganiser ! » La solution : un seul licenciement, celui de Jérôme Lestarquit, car ses tâches peuvent être reprises par un collègue de son service et il a l'ancienneté et l'âge qui lui donnent « plus de facilités pour rebondir ».
Pour Amouda Dahmani, qui travaillait pour l'entreprise d'électricité Le Comte, c'est différent. Il est licencié pour faute. « Une liste des personnes pas rentables circulait, je n'étais pas concerné, au contraire, on me disait que j'étais "l'élite de l'entreprise", mais j'ai voulu que mes collègues soient défendus », affirme l'intéressé. Selon lui, rien n'a été fait dans les règles : sa mise à pied et les élections professionnelles qui ont fini par voir lieu.
Là encore, son responsable conteste pied à pied. « On ne vire pas quelqu'un pour ça ! On a déjà du mal à trouver de la bonne main d'oeuvre... » Selon lui, Amouda Dahmani, embauché en 2008, était devenu « un électron libre » qui ne respectait plus les ordres de la hiérarchie et refusait de travailler dans les résidences d'un bailleur social en particulier. « Ça semait la zizanie », indique le responsable. Les deux salariés licenciés promettent de saisir les prud'hommes. On saura alors si la CGT est paranoïaque ou a raison de s'inquiéter.w

Nord Éclair