Roubaix

« Il n'a pas cherché, il a visé la tête »

Publié le 25/04/2012 à 00h00

Comme souvent le dimanche soir, Michel était attablé au Vieux Temps à Néchin quand deux individus encagoulés et armés ont fait irruption dans l'établissement. Il raconte une scène extrêmement violente, digne d'un western.

« Il n'a pas cherché, il a visé la tête »
Comme souvent le dimanche soir, Michel était attablé au Vieux Temps à Néchin quand deux individus encagoulés et armés ont fait irruption dans l'établissement. Il raconte une scène extrêmement violente, digne d'un western.


VINCENT DEPECKER > vincent.depecker@nordeclair.fr
Sa soirée à Néchin, Michel* risque de s'en souvenir longtemps. « Le Vieux Temps est un café sympa où j'ai mes habitudes, explique ce retraité roubaisien. Joseph est un chic type. C'est un ancien artisan. Il avait racheté l'affaire pour son fils. » Dimanche soir, vers 22 h 15, l'esprit est à la détente. « Il n'y avait pas beaucoup de monde à cause des élections, raconte le septuagénaire.
De façon soudaine, j'ai vu arriver deux gars costauds, très grands. Révolvers au poing et cagoules sur la tête. » Sur le moment, il croit à une blague. « Ils ont crié de nous allonger au sol. C'était pas des rigolos. Ils nous ont ordonné de mettre nos bijoux, nos clés de voiture, notre argent et les portefeuilles sur la table. » Comme les clients - 25 environ selon la police - ne sont pas assez rapides, l'un des braqueurs tire en l'air. « La balle a ricoché et touché un client assis dans un coin. Elle lui a perforé le poumon et brisé les côtes. Son complice a alors couru vers la caisse, bousculé le comptoir et menacé la serveuse. » C'est à ce moment-là que Joseph Puraye, Toufflersois de 63 ans occupé dans la friterie mitoyenne au café, surgit avec un gourdin. « Le type n'a pas cherché, il a directement visé la tête. Il a placé son arme automatique au niveau de la bouche et il a tiré. C'était presque à bout portant.


La balle lui a explosé la mâchoire et elle est ressortie par la nuque, le blessant aux cervicales et à la moelle épinière. » Il garde encore l'image de la victime perdant énormément de sang. « Il ne bougeait plus, je l'ai cru mort. » Deux autres coups de feu génèrent un mouvement de panique dans l'établissement. « Un habitué du bistrot s'est saisi d'une bouteille de bière et a donné un violent coup à la tête d'un des braqueurs, à travers sa cagoule. Son complice a pris une chaise et l'a frappé avec. J'ai cru qu'ils allaient le descendre mais ils ont pris la fuite. » Depuis, les souvenirs se bousculent dans la tête de Michel. Sur les conditions de l'attaque d'abord. « D'ordinaire, Joseph ferme l'établissement vers 22 h. Sauf que dimanche soir, deux clients sont sortis pour fumer. J'imagine qu'ils sont rentrés en oubliant de refermer la porte. » Sur les braqueurs ensuite. « Ils étaient violents et déterminés. Quand on voit des personnes capables de faire ça pour quelques centaines d'euros, ça fait peur. » Sur les événements enfin. « J'ai vécu un film de western. Ils avaient de gros calibres qui faisaient énormément de bruit. Quand ils sont repartis, on a retrouvé plusieurs douilles au sol et une autre dans le mur. Comme j'ai une raideur à la jambe, je n'ai pas pu m'allonger. Je me dis que moi aussi, j'aurais pu y passer. » Le Roubaisien doit être entendu en milieu de semaine par la police tournaisienne. Selon nos informations, le client ayant donné un coup de bouteille au visage d'un des malfaiteurs, a été conduit à Tournai par des policiers roubaisiens, hier matin, pour être auditionné. Les investigations continuent des deux côtés de la frontière tandis que les deux blessés sont toujours hospitalisés dans un état sérieux. Joseph Puraye, au service de réanimation neurochirurgicale du CHR de Lille, lutte toujours contre la mort. Sous le choc, son épouse reste incertaine quant à l'avenir de l'établissement. « C'est sans commentaire. Nous attendons le rapport de police pour le moment. »w *Le prénom du temoin a été changé.

Nord Éclair