Roubaix

Cinq ans après, les policiers ont le bleu à l'âme

Publié le 18/04/2012 à 00h00

Pointée du doigt par le président de la République comme une des causes de l'endettement, la fonction publique est au centre du débat politique. La police nationale n'y a pas échappé.

Cinq ans après, les policiers ont le bleu à l'âme
Pointée du doigt par le président de la République comme une des causes de l'endettement, la fonction publique est au centre du débat politique. La police nationale n'y a pas échappé.

Sarkozyste la police nationale ? Si une récente étude du Cevipof (le Centre de recherches politiques de Sciences Po) confirme le sentiment d'une fonction publique désormais « antisarkozyste », le vote policier se démarquerait des autres agents du public : 37 % d'entre eux seraient prêts à choisir Marine Le Pen au premier tour et 27 % Nicolas Sarkozy. Toujours selon cette étude, dans les commissariats de police et les casernes, l'ensemble des candidats de gauche ne totalisent que 11 %. « La police française est à l'image de la population qu'elle défend, explique Benoît Lecomte, du syndicat Alliance. Beaucoup votent à droite mais la déception est là. Ils risquent de voter pour le Front national. Ceci dit, dans le Nord, je rencontre énormément de collègues qui défendent des valeurs de gauche. »


Un décalage entre
le discours et les actes


Évoquer le vote policier à la présidentielle, c'est d'abord se confronter à une réaction épidermique : « Il n'y a pas de vote policier.
Nous sommes des citoyens comme les autres », s'insurge l'un d'entre eux. Ensuite, c'est l'affaire DSK qui remonte immédiatement à la surface.
« L'affaire du Carlton nous a discrédités aux yeux du grand public, reconnaît un policier qui désire garder l'anonymat, devoir de réserve oblige. Imaginez vos grands patrons, mouillés avec DSK parce qu'ils voulaient se placer après la présidentielle. C'est navrant. Plusieurs fois, lors de contrôles, des personnes nous ont charriés. J'ai failli relever l'outrage mais à quoi bon ? ». L'affaire a laissé des traces dans la police mais plus sûrement dans la population française. « Quand je pense que des collègues se prennent des Scuds parce qu'ils apparaissent sans casquette sur des photos dans les journaux, ça laisse songeur », renchérit un policier lillois.


En cinq ans, le fossé entre les policiers de terrain et la politique s'est creusé petit à petit. « Franchement, en 2007, j'y ai cru. Quand le candidat a parlé de nettoyer certains quartiers au kärcher, ça m'a parlé. Je n'ai pas compris la polémique, il faut voir ce qu'on voit dans certains quartiers. Faut subir ce qu'on subit ». « Beaucoup de jeunes flics n'ont pas retrouvé dans le Président le ministre de l'Intérieur qu'ils espéraient », analyse un vieux briscard. Même son de cloche du côté d'Alliance. « Il y a eu un décalage entre le discours et les faits. Certes, nous avons été dotés d'une nouvelle tenue, de nouvelles armes voire de gilets pare-balles. Ce qui a évolué, c'est cette culture du résultat imposée par notre hiérarchie qui s'est doucement transformée en culture du chiffre. Il existe une telle volonté des policiers de venir en aide aux citoyens mais on nous cantonne à des statistiques. Il faut absolument que nous revenions à nos fondamentaux et arrêter de croire que le chiffre reste la panacée. À quoi bon multiplier les gardes à vue pour des délits mineurs ? Il n'y aura qu'une faible réponse pénale et on se prive d'un travail d'enquête pour des délits plus graves ». La conclusion est sans appel : « Bon nombre de nos collègues ont moins le sentiment de lutter contre la délinquance que de servir des intérêts politiques ».


Du côté de l'UNSA-Police, la « grande déception » se situe du côté des effectifs. La RGPP, révision générale des politiques publiques, est passée par là. « Elle a conduit à une baisse significative de moyens comme des effectifs et nous sommes aujourd'hui arrivés à un seuil minimum », explique Philippe Caron, secrétaire général. Comment justifier, alors que la population augmente et que certaines infractions sont en hausse, une diminution d'effectifs ? Pour augmenter les salaires ? Même pas. « Nous nous attendions à mieux , reconnaît-on à l'UNSA. La police nationale pourrait être mieux rémunérée au regard des missions qu'elle exécute et des horaires de ses agents ».

Sans parler des risques pris quotidiennement en intervention.
Autre signe d'un malaise naissant ? Le 12 avril, près de 250 officiers de police du Nord de la France rattachés au SNOP-CSI (classé plutôt à gauche) ont symboliquement manifesté dans les rues de Lille. « Des crispations importantes se sont accentuées dans de nombreux services de police » , écrit le syndicat. « Positionnement hiérarchique à géométrie variable » et « demandes statistiques quotidiennes » sont devenus « les maîtres-mots d'une administration déshumanisée ». Moins humaine mais plus efficace, à écouter Christian Vanneste. « Le grand objectif de Nicolas Sarkozy était de revenir à une police plus professionnelle et d'avoir une police d'investigation et scientifique de plus en plus efficace. Et ça marche ! Le nombre de faits a baissé et le nombre de cas élucidés a considérablement augmenté », explique le député (RPF) qui l'avoue toutefois : « La baisse des effectifs n'est pas sans poser de problèmes » .

Nord Éclair