Une formation au poil pour les facteurs
Publié le mercredi 22 février 2012 à 06h00
Après la théorie, place à la pratique. Les facteurs ont, tour à tour, livré un colis chez un propriétaire de chien.
La tournée des facteurs peut se transformer en parcours du combattant lorsque Médor est dehors. Mollets et fessiers deviennent alors de véritables proies. Pour éviter aux agents de se faire pincer, La Poste organise des formations, comme lundi, à la plateforme de Roubaix.
ELODIE BARTOLIC > roubaix@nordeclair.fr
Julien, 26 ans, est facteur à Croix. En l'espace de cinq ans, il s'est fait mordre deux fois par un chien. La dernière blessure en date remonte à huit mois. « J'ai sonné pour remettre un recommandé à une cliente. Pendant que je lui faisais signer la feuille, son chien est venu se placer derrière moi et m'a chopé la cuisse. » Un pincement qui lui a valu « un gros bleu » - « Heureusement que je portais un jean ! Ses crocs n'ont pas trop percé » - mais qui n'a pas nécessité d'arrêt maladie.
Pour remédier à cette « vraie problématique », La Poste propose actuellement à ses agents de bénéficier pendant une journée des conseils d'un éducateur. Lundi, à la plateforme courrier de Roubaix, les neuf postiers inscrits à la formation « Comportements canins » avaient chacun leur histoire à raconter. Pour Sylvie, agent à Tourcoing, c'est un petit gabarit, un Jack Russelll précisément, qui lui a « attrapé » le genou. « Il ne faut pas se fier ni à la race, ni à la taille de l'animal. Ce qui doit retenir votre attention c'est sa façon de se déplacer », explique Alain Lambert, éducateur canin depuis trente ans. Pourquoi le chien a-t-il « blacklisté » le facteur ? L'uniforme est-il en cause ? Pas vraiment. Selon le spécialiste, ce sont les émotions qui trahissent le postier. « Le chien est une éponge à émotion ». Le dégoût, la tristesse, la colère... Médor ressent tout. « Par exemple, lorsque vous avez peur, vos pupilles se dilatent, vos mains se crispent.
» Des attitudes que le quadrupède flaire immédiatement.
Plusieurs méthodes existent comme celle appelée « Marie-Thérèse », inventée par Marie-Thérèse, factrice du Pas-de-Calais depuis 25 ans. Elle, qui adore les chiens, a opté pour la récompense. À chaque passage un petit mot gentil pour toutou accompagné d'une friandise. Mais cette tactique ne convient pas à tout le monde. Selon Alain Lambert, « il n'y a pas de recette miracle pour éviter les accidents mais plusieurs petites règles de conduite à assimiler pour réduire au maximum les risques ». Pêle-mêle, éviter de caresser l'animal, de l'enjamber, de le fixer du regard. « Imaginez que vous êtes dans un bus et qu'une personne ne vous lâche pas des yeux. Gênant non ? » Il est cependant important de garder le chien dans son champ de vision et de rester neutre. « Plus facile à dire qu'à faire, lâche Sylvie, visiblement encore échaudée par sa dernière agression.
« Neuf fois sur dix, le client nous dit "entrez, le chien n'est pas méchant". Mais en cas d'attaque que faut-il faire ?
», demande Yann. La règle numéro un est de ne pas partir en courant. « C'est généralement dans ces cas-là que les accidents les plus graves se produisent », explique l'éducateur.
La prudence est finalement de mise. « Vous n'êtes pas obligé d'entrer dans la maison. Mais si vous le souhaitez, demandez alors au propriétaire d'enfermer le chien. »


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