Le Vert Pré broie toujours du noir
Publié le mercredi 22 février 2012 à 06h00
Hier en début d'après-midi, le personnel du Vert Pré semblait très remonté contre la gestion des ressources humaines dans leur établissement.
Le centre de cure médicale n'échappe pas à la morosité croissante qui s'étend dans les services de gériatrie. La convocation par leur hiérarchie de trois agents hospitaliers ayant affiché leur perplexité à l'égard de la dernière réorganisation a mis le feu aux poudres. Jeudi, le personnel compte se faire entendre lors de la réunion du CHSCT.
Ils sont une quarantaine d'agents à avoir répondu au rendez-vous fixé dans le hall de la résidence du Vert Pré par la CGT, Sud, FO et l'association des familles de résidants. Une aide soignante éclate en larmes quand elle évoque les week-ends de travail à répétition qu'on lui impose depuis plusieurs mois. Ses collègues la réconfortent en retenant elles-mêmes leurs sanglots. Le Vert Pré est au bord de la crise de nerfs.
« Mais quand on prononce le mot burn-out devant la direction, celle-ci nous rétorque : "qu'en savez-vous, vous êtes psychologues" » raconte Frédéric De Rycker de la CGT.
Le Vert Pré n'est pas à l'abri des coupes sombres affectant les établissements de gériatrie du centre hospitalier. En 2010, on a supprimé le pool de remplacement. Conséquence parmi d'autres : la résidence faute d'agent de sécurité se trouve ouverte à tous les vents. Récemment, une bande de jeunes est parvenue à s'introduire dans les services. « L'hôpital, s'il veut sa maternité doit réduire de 2,5 millions ses dépenses : d'où 15 postes supprimés en 2010, 15 en 2011 et 15 autres prévus en 2012. Pourtant, ce déficit n'est pas occasionné par un excès de dépenses mais par une insuffisance de ressources », insiste M. De Rycker.
Il y a quinzaine de jours, trois agents du Vert Pré ont été convoqués en entretien par le directeur des soins parce qu'ils avaient affiché un peu trop de scepticisme à l'égard du bien-fondé de la réorganisation lors d'une réunion de service tenue en contradiction avec le règlement intérieur dans le lieu de vie des personnes âgées.
Une aide soignante
pour 48 lits
Frédéric De Rycker brandit un tableau des effectifs. Sur vingt jours, on n'en a compté que trois où il y avait suffisamment de monde pour garantir la qualité des soins. Il montre aussi un autre document enjoignant le personnel en cas de sous effectif à une « procédure d'exception » : faire les toilettes au lit pour gagner du temps, coucher la personne âgée par anticipation, ne changer les couches qu'en cas de saturation +++ et laisser le soin de leur élimination à l'équipe de nuit. « Et dire que l'on nous fait suivre des formations à la bientraitance », s'exclame une aide soignante.
Le Vert Pré est constitué de six secteurs de 24 lits avec la nuit en théorie une infirmière pour l'ensemble et une aide soignante par secteur. Depuis le mois d'octobre pourtant, le nombre d'aides soignantes a été réduit de six à quatre mais en fait la plupart du temps, il n'y en a que trois.
Le personnel s'inquiète également des effets de la réorganisation sur les personnes âgées. Le rééquilibrage entre soins de long séjour et Ehpad va se traduire par quelque 150 transferts, c'est-à-dire autant de déracinements souvent traumatisants. Aucune prise en compte de ce que les gériatres appellent le « syndrome de glissement ».
Jeudi matin à Barbieux se tiendra une réunion du comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Une délégation d'agents du Vert Pré compte y faire entendre sa voix et rappeler éventuellement que 2012 est aussi considérée comme l'année européenne du vieillissement actif.
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