La Légion ça vous change un homme
Publié le lundi 30 janvier 2012 à 06h00
Maryan Borowiec s'attendait aux insignes d'officier des palmes académiques... Mais ce fut la Légion d'honneur.
Il y a trois ans, Maryan Borowiec professeur de maths du collège Anne-Frank était décoré de la Légion d'honneur. Depuis quelques mois il préside la société d'entraide qui rassemble 139 titulaires de cette distinction. Pour lui, celle-ci n'est ni un hochet ni une récompense mais un encouragement, un nouveau devoir.
La Légion d'honneur, vous l'avez eue comment ?
>> Un peu par surprise. J'étais chevalier des palmes académiques, je pensais passer officier avant mon départ en retraite. Et puis on me dit que je vais avoir la Légion d'honneur. C'est l'inspecteur d'académie Michel Soussan qui m'avait proposé. Peut-être appréciait-il ma façon de concevoir mon métier d'enseignant. Et puis il y a eu le passage au collège du ministre Xavier Darcos qui a eu l'air intéressé par mes explications sur la Segpa.
J'ai commencé à enseigner comme instituteur en 1969. J'ai rejoint le collège Anne-Frank en 1979 et j'y suis resté jusqu'en 2010. J'ai « usé » sept principaux. Quand je suis arrivé à Roubaix, on ne parlait pas encore de « décrochage scolaire » mais on était conscient de ce que certains élèves éprouvent une sorte de répulsion, de douleur physique à l'idée d'aller à l'école. Avec deux collègues, on a voulu aller à leur rencontre, hors d'Anne-Frank. On a lancé l'aide aux devoirs - on dit aujourd'hui aide à la scolarité - au début ça se passait dans des arrière-salles de cafés et puis Mme Colin à l'Hommelet, Nicole Delforge et Michèle Sabatier à l'Alma ont souhaité que les centres sociaux soutiennent notre projet. En mettant en confiance les élèves, on a pu également impliquer les parents. C'était vraiment extraordinaire.
Un sentiment de solidarité, de compassion du fils de l'immigré polonais à l'égard d'autres enfants d'immigrés »
>> Pas du tout. Je refuse qu'on me considère d'origine immigrée. Mon père me disait souvent « tu vis en France, tu es Français ».
Pour lui c'était davantage une question de devoirs que de droits.
C'est un peu le sentiment que j'éprouve à l'égard de la Légion d'honneur. Pour moi, il ne s'agit pas d'une récompense, d'un hochet mais d'un encouragement.
Le général Hervé Gobillard, président de la société des membres de la Légion d'honneur estime que ce n'est pas une fin en soi mais un nouveau devoir.
Vous êtes vous-même devenu président de la section du Ferrain de cette société. Pourquoi cet engagement ?
>> Jusqu'à présent, je n'avais jamais été en pointe dans le monde associatif. C'est le colonel Leplomb dont le mandat de président s'achevait qui me l'a demandé. Et quand un colonel vous demande quelque chose... Notre section compte 139 membres. Elle fonctionne un peu comme une mutuelle venant en aide à ceux de nos membres qui se retrouvent dans le besoin. Elle représente aussi notre ordre aux cérémonies officielles. Pour la première fois, en tant que président je suis intervenu à celle du 11 novembre. C'est une commémoration magnifique qui célèbre à la fois le sacrifice de nos aînés mais aussi la liberté et la paix. On ne peut que saluer les enseignants du primaire qui viennent avec leurs élèves. Je regrette pour ma part que mes collègues du secondaire n'y participent pas. Le 11 novembre ce n'est pas un banal jour férié. C'est aussi un jour de devoir.
Stone et Charden font partie de la dernière promotion. Ne trouvez-vous pas que la Légion d'honneur est un peu trop facilement distribuée ?
>> C'est une réflexion que j'entends quelquefois « on la donne à n'importe qui. » Ce à quoi je réponds : comment se fait-il que ne vous l'ayez pas ? Le quota maximum de décorés est plafonné à 125 000. Or nous sommes 100 000 et le nombre continue de diminuer pour deux raisons : la disparition progressive des décorés pour faits de guerre en raison de l'évolution démographique et d'autre part la parité. Je m'explique : la règle est à présent d'une décorée pour un décoré. Or en raison des usages machistes d'autrefois, peu de femmes ont eu la chance de s'engager. Pour ce qui est de l'octroi de la distinction à certains « people » c'est vrai qu'on peut se poser des questions. Il y a aussi les arts et lettres et même l'ordre national du mérite pour les distinguer.
Considérez-vous que vous appartenez à un club fermé ?
>> Pas du tout. Je pense que la Légion d'honneur m'a ouvert davantage l'esprit. La Segpa du collège Albert-Samain a été primée au concours l'Honneur en action et son projet de mettre sur pied une comédie musicale autour du respect et la tolérance pourra se concrétiser dans quelques mois grâce à la société nationale des membres de la Légion d'honneur. Croyez-moi c'est un motif de fierté pour l'ancien responsable du Réseau ambition réussite que je suis. w


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