Roubaix

Le coup de colère de Maria Fontan

Publié le 02/12/2011 à 00h00

Discrète depuis 2007, la présidente du Grade (groupement régional artisanal pour le développement économique, à l'origine roubaisien) sort de son silence pour taper du poing sur la table. Selon elle, tous les moyens sont mis sur le centre-ville, aux dépens des quartiers.

Le coup de colère de Maria Fontan
Discrète depuis 2007, la présidente du Grade (groupement régional artisanal pour le développement économique, à l'origine roubaisien) sort de son silence pour taper du poing sur la table. Selon elle, tous les moyens sont mis sur le centre-ville, aux dépens des quartiers.


YOUENN MARTIN > youenn.martin@nordeclair.fr
On aurait pu croire qu'elle avait changé de vie. Pris ses distances avec l'Épeule et Roubaix. Depuis qu'elle avait cédé son local commercial et s'était lancée dans l'associatif, Maria Fontan n'était plus intervenue sur le sujet du commerce roubaisien. Un sujet qui tenait à coeur de cette créatrice de robes qui avait fondé en 1996 le Groupement roubaisien artisanal pour le développement économique, rebaptisé Groupement régional en 2007 et en passe de devenir national.
Il faut croire qu'elle avait besoin de vider un trop plein de colère et d'amertume. Mercredi matin, dans le petit bureau de son ancien commerce de la rue de l'Épeule, elle a convoqué la presse pour passer son message : « Il faut une politique globale pour la ville, une identité globale. Pourquoi tout miser sur le centre-ville et les magasins d'usine aux dépens des quartiers ? Le maire ne croit plus aux commerces traditionnels... »


Gâchis ?

Ce coup de gueule s'explique aussi par un sentiment de gâchis. Il y a une dizaine d'années, Maria Fontan avait mobilisé les pouvoirs publics pour redynamiser le commerce dans le haut de la rue de l'Épeule, entre la rue du Grand Chemin et le Colisée. Dix cellules avaient été préemptées par la Ville pour les louer à de nouveaux commerçants. Aujourd'hui, huit ont le rideau baissé.
« J'avais mis cette rue au top, les médias nationaux s'y intéressaient, raconte-t-elle. On a organisé plein de manifs pour redorer l'image de Roubaix, les élections de Miss, les concours de création artisanale, les enfants mannequins, Monsieur Élégance... On devait recevoir des fonds pour avoir la vidéoprotection, des fonds pour organiser des actions commerciales. On a eu zéro ! À quoi a servi l'argent ? » Quelques années et quelques émeutes plus tard, la rue de l'Épeule a à nouveau mauvaise réputation. Guillaume Fondeur, le commerçant qui a repris le local commercial de Maria Fontan, est désespéré. « Beaucoup de clients craignent de se faire brûler leur voiture. J'ai ouvert un magasin à Douai, des gens de Lomme préfèrent aller là-bas plutôt qu'à Roubaix ! Plus personne ne veut d'un fonds de commerce ici. Je suis allé voir la mairie de quartier il y a trois ou quatre mois, ils ont dit qu'ils ne pouvaient pas faire grand'chose. » « J'avais fait un travail de dingue, et voilà que tout repart dans le mauvais sens », se désole Maria Fontan. Que faire ? Pas une étude de plus, selon la présidente du Grade : « On paye beaucoup, on ne voit pas les résultats ». En fait, elle espère juste que son message sera entendu par les élus.w

Nord Éclair