Roubaix

Chez Papi : tissus et commedia dell'arte

Publié le 26/08/2011 à 00h00

Ils ont repris le commerce familial perpétuant ainsi une tradition. Aujourd'hui, rencontre avec l'incroyable famille Ferrante, propriétaire des tissus Papi, rue de La Fontaine. Unique.

Chez Papi : tissus  et commedia dell'arte
Ils ont repris le commerce familial perpétuant ainsi une tradition. Aujourd'hui, rencontre avec l'incroyable famille Ferrante, propriétaire des tissus Papi, rue de La Fontaine. Unique.


DELPHINE POMMIER > delphine.pommier@nordeclair.fr
Entrez chez Papi, vous y trouverez toutes sortes de tissus plus invraisemblables les uns que les autres et pas forcément ceux que vous étiez venus chercher ! Les tissus Papi sont devenus une institution à part entière sur la place roubaisienne au fil des ans. Une caverne d'Ali Baba sortie de l'imagination d'un Sicilien, Gaetano Ferrante.
Fils d'un maçon, Gaetano a commencé sa carrière chez un cordonnier en Sicile. « À l'époque, dans les villages de Sicile, la vie était dure » , raconte l'un de ses fils, Simon Ferrante. Mais Gaetano veut s'en sortir et part sur les routes de Sicile. Il achète à crédit de la bonneterie chez un grossiste, qu'il vend, baluchons à l'épaule, dans les villages à la criée. Sa femme s'installe dans une boutique. « Ça n'était pas facile parce que les clients payaient beaucoup à crédit », se souvient Antoinette, l'une des soeurs de Simon. L'envie de gagner mieux sa vie pousse Gaetano à quitter son pays natal pour la France. Rapide passage par Grenoble avant de débarquer à Roubaix en octobre 1957.



Les tissus Papi ont 30 ans
Gaetano travaille alors pour Motte-Bossut, rue du Coq-Français. « Il cherchait les défauts dans les tissus. Il a continué à en acheter. Et il s'est mis à en vendre sur les marchés. Tout le monde l'appelait "Papi" », souligne Antoinette. L'incroyable saga Ferrante ne fait que commencer. « Papi » ouvre son magasin, rue de La Fontaine en 1981. Il y aura tout juste 30 ans en novembre prochain. Une boutique atypique, un ancien garage, où les tissus s'empilent, se mêlent, se dissimulent. Ici, on ne vend pas, on s'amuse à vendre...
Plus que des clients, les visiteurs sont des spectateurs de ce ballet qui se joue entre les frères et soeurs Ferrante qui virevoltent, ciseaux et mètres en main - quand ils ne les cherchent pas sous un tas de tissus ! - coupant, conseillant, tout ça en divertissant la galerie. Il faut dire que dans la famille évolue un comédien né. Simon Ferrante n'est pas qu'un simple marchand de tissus : il joue aussi la comédie, la vraie, à la télé, au cinéma dans des publicités.

« Marie a l'oeil pour la couleur, Antoinette, celui du détail »
À 16 ans, Simon travaille sur les marchés avec son père. « J'ai appris sur le tas au contact de "Papi" », raconte-t-il.
« Je ne connaissais rien aux tissus », avoue Simon. Il se souvient d'ailleurs de son premier achat de tissus. Un lot déniché en salle des ventes. « Je croyais faire une affaire. J'ai sauté sur l'occasion. En fait, j'avais acheté un lot de bizarreries, des tissus que je ne connaissais pas.... Mon père était furieux. Mais, coup du destin, une cliente a adoré, elle nous a tout acheté. Mon père avait l'habitude de dire "un tissu, il est beau quand il est vendu" ».
Aujourd'hui, Simon et ses frères et soeurs savent ce qu'ils vendent. Et leurs clientes ne s'y trompent pas. « Marie, elle a l'oeil pour la couleur, Antoinette elle, a celui du détail. Elles sont exceptionnelles », lâche une cliente habituée des lieux. « C'est une adresse qu'on se donne sous le manteau. Ici, je ne suis jamais repartie sans rien », ajoute-t-elle.
Certaines habituées viennent depuis l'ouverture et d'un peu partout pour l'ambiance et les conseils. Chez Papi, on trouve de tout : de l'éponge, de la soie, du taffetas, du polaire, du lycra, du coton emballé avec un large sourire... et une marchandise bon marché, « Ici, le tissu le plus cher coûte 15 E le mètre ! ». Les Ferrante se fournissent en Angleterre, en Italie, en Belgique... « Simon déniche des lots extras ». Parole d'Antoinette. Et ce ne sont pas les clientes qui diront le contraire... Certains jours, on y fait même la queue, pour les produits mais aussi, vous l'aurez compris, pour cet accueil unique, devenu comme une marque de fabrique, celle des Ferrante.w Demain, dernier épisode de la série, retrouvez la saga Carlier-Vogliazzo.

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