C'est un certain Ahmed B. qui, le premier, s'est étonné de la présence du nom de Rachid Gacem en 50e position parmi les 75 délégués supplémentaires et suppléants proposés au conseil municipal le 17 juin dernier par la liste Roubaix-Ensemble (élus municipaux socialistes, centristes du MoDem, communistes, radicaux de gauche et membres de la société civile).
Ahmed B. a de la mémoire. Il se souvient très bien des propos de Rachid Gacem devant les caméras de John-Paul Lepers. Alors trésorier de la mosquée Abou Bakr en septembre dernier, M. Gacem trouvait normal que la charia ait force de loi en France dès lors que l'islam y deviendrait majoritaire.
Et Ahmed B. n'est plus seul à considérer « hallucinant » que Rachid Gacem soit aujourd'hui considéré comme fréquentable par l es élus de la majorité et que cela ne suscite chez eux aucun état d'âme. « En tant que musulman, Algérien d'origine et Français, je n'aurai jamais la moindre affinité avec une personne qui sort du contexte de l'islam en prônant l'extrémisme et la charia. Je devine des bûchers à grande échelle pour les musulmans non intégristes. Et qu'adviendra-t-il des chrétiens, des catholiques, des protestants, des orthodoxes, des juifs, des homosexuels ? » nous écrit sous couvert de l'anonymat un autre lecteur.
« Je suis surpris de l'inconscience politique du futur sénateur. Trop c'est trop », nous écrit-on par ailleurs en signant « un Roubaisien sans maire ». L'opposition pour sa part se borne à mettre en cause « l'amateurisme » de ceux qui ont constitué la liste des délégués supplémentaires.
Contre la « lapidation »
de Rachid Gacem
Amateurisme est un terme qu'André Renard, qui a participé à l'élaboration de cette liste, n'apprécie pas du tout. Pour lui, il n'y a pas et ne devrait pas avoir d'affaire Gacem. C'est une tempête dans un verre d'eau. Pas question de jeter la pierre en direction de l'ex-trésorier de la mosquée du Pile.
« Chaque élu devait fournir un ou deux noms de personnes disponibles pour l'élection sénatoriale le 25 septembre. Chacun a puisé dans le cercle de ses relations personnelles et c'est ainsi que le nom de Rachid Gacem est apparu », explique M. Renard.
Tous ces noms ont été classés par ordre alphabétique mais pour rétablir l'égalité des chances des personnes ainsi recensées, il fut établi que l'alphabet débuterait non par A mais par une autre lettre tirée au sort. La lettre H ayant été désignée, c'est M. Saïd Hajjam qui est le premier délégué supplémentaire. « Avec ce système, M. Gacem qui soit dit en passant n'est pas militant socialiste et n'a pas demandé à être délégué supplémentaire, aurait pu très bien ne pas être retenu ou encore arriver en tête », note André Renard.
Et d'ajouter : « En tout cas, les réactions à l'encontre de Rachid Gacem sont complètement déséquilibrées. Il n'est tout de même pas candidat aux élections municipales ! Il dispose seulement d'un ticket qui lui donne le droit d'aller voter le 25 septembre. Rien de plus. Certes, l'an dernier, il a dit des conneries. Mais il s'en est publiquement et sincèrement excusé et il a démissionné de ses fonctions de trésorier à la mosquée Abou Bakr. Faut-il établir une double peine à l'égard de tous ceux qui un jour ou l'autre ont dit des conneries ? Dans ce cas, il n'y aurait plus grand monde à l'Assemblée nationale !
Et puis, s'est-on soucié de la même façon de la personnalité des délégués supplémentaires présentés par les deux autres groupes municipaux ? Peut-être qu'eux aussi ont des casseroles ! »w