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ROUBAIX / PORTRAIT

Le bac, il n'y a pas d'âge pour y goûter

Mustapha et son fils Naoufel: tous deux briguent le baccalauréat. L'un à 58 ans, l'autre à 19. Mustapha et son fils Naoufel: tous deux briguent le baccalauréat. L'un à 58 ans, l'autre à 19.

À 58 ans, le Roubaisien Mustapha Mahi sera le doyen dans l'académie des candidats au baccalauréat auquel se présente aussi son fils Naoufel. Surnommé Papy par les autres élèves de l'école Maginot où il a poursuivi sa formation, il dit ne pas être trop stressé . « Ce qui me fait le plus peur c'est l'anglais ; j'aurais largement préféré une épreuve de patois... »





Passer le baccalauréat à 58 ans


c'est un défi ? Ce diplôme vous manquait à ce point ?
>> Je suis arrivé en France en 1964 à l'âge de 11 ans. J'étais originaire de La Madrague. Rien à voir avec celle de Brigitte Bardot : La Madrague c'est une bourgade à une quinzaine de kilomètres d'Alger. Après l'indépendance, le nom a été arabisé mais pour les gens du coin ça reste La Madrague. En France, j'ai suivi ma scolarité primaire à Jules-Ferry rue Ternaux. J'y ai eu mon CEP. Et puis de 1967 à 1970 je suis allé au lycée Turgot où j'ai obtenu un CAP de mécanique générale.

Et vous n'avez pas poursuivi jusqu'au bac...
>> À 17 ans, je suis entré comme mécanicien-outilleur aux Ets Lecoeuvre, une entreprise spécialisée dans la charpente métallique qui se trouvait à l'emplacement de Camaïeu. À l'époque, il y avait l'émission « les routiers sont sympa » de Max Meynier sur RTL. J'ai fantasmé. En 1976, j'ai suivi une formation à l'AFPA de Douai-Cantin où j'ai pu passer tous les permis.
J'ai ensuite été embauché comme chauffeur-routier à la Socochim. J'ai couvert tout le nord de la France pendant 20 ans jusqu'à ce que l'entreprise ferme en 97. Depuis 1983, pourtant j'avais des problèmes de vertèbres. On s'est rendu compte que deux de mes disques vertébraux étaient complètement usés et qu'il n'était pas possible d'envisager une intervention chirurgicale. En même temps, j'étais sujet à des paresthésies dans les jambes. C'en était fini de la route. Il fallait me réorienter professionnellement.

D'où la nécessité de passer le bac ?
>> J'ai été assez bien suivi par la maison départementale des personnes handicapées. À Berck, on m'a fait suivre une session de trois mois durant lesquels on m'a établi un bilan de compétences et on a testé mes aptitudes physiques. Je pouvais encore travailler dans les transports mais au niveau de la paperasserie. J'ai alors entrepris une formation à l'école Maginot où il existe une section transports.

C'est dur de reprendre des études ?
>> Disons que ce n'est pas évident à mon âge. Je suis le plus vieux des élèves. À Maginot, les autres m'appellent gentiment Papy. Mais c'est affectueux. Il faut dire qu'il arrive que mon petit-fils vienne me chercher à l'école. C'est le monde à l'envers. La formation est assez lourde : 21 mois au total à raison de 17 heures de cours par semaine et de 12 h de travail personnel à la maison.
L'informatique m'a donné du fil à retordre. Je me sentais plus à l'aise avec une clef à mollette qu'avec une souris. Maintenant ça va mieux.

Il y a des matières que vous préférez à d'autres ?
>> J'adore l'histoire. Je suis très peu télé. Je lis énormément. En revanche, l'anglais ça me fiche la trouille. J'aurais largement préféré une épreuve de patois.
Cela étant, l'épreuve déterminante pour le bac pro transports c'est la présentation d'un dossier. C'est le plus gros coefficient. J'ai choisi de plancher sur les risques liés aux transports de matières dangereuses (produits pétroliers et dérivés). Je pense avoir bien travaillé le sujet. J'ai planché pendant 150 heures. J'ai été bien conseillé aux Ets Duc-Frères-Nord où dans le cadre de ma formation, j'ai suivi quatre stages d'un mois.

Vous êtes stressé ?
>> Guère plus que mon fils Naoufel qui a 19 ans aujourd'hui, qui est lycéen à Baggio et qui passe le bac pro technicien de maintenance des systèmes énergétiques et climatiques. Le fait que l'on soit deux à passer le bac ça nous fait relativiser.

Et après le bac ?

>> Si je l'obtiens, pourquoi pas une certification ? J'aimerais bien m'associer ou avoir des responsabilités dans une entreprise de transports. Durant mon stage cet hiver j'ai vécu les tempêtes de neige. Quantité de camions de l'entreprise étaient bloqués. C'est dans ces moments là qu'on se rend compte que dans les transports, il faut avoir les nerfs solides. w


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