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ROUBAIX / COLLÈGE VAN-DER-MEERSCH

« On n'a pas le droit d'être homophobe ? »

Hier au collège Van-der-Meersch, les 5 classes de troisième ont discuté, ici avec Michel Rey et Pascal Lelièvre. Hier au collège Van-der-Meersch, les 5 classes de troisième ont discuté, ici avec Michel Rey et Pascal Lelièvre.

Comme le racisme ou la xénophobie, l'homophobie est interdite. Les élèves de troisième du collège Van-der-Meersch avouent qu'ils ne sont pas toujours au courant. Cette haine ordinaire des autres s'exerce parfois sans complexe. L'association SOS homophobie lutte contre.



DELPHINE TONNERRE > delphine.tonnerre@nordeclair.fr
Les questions sont directes. « Pensez-vous que l'homosexualité soit une maladie ? ». Plusieurs garçons lèvent la main. « Ben ouais, carrément... ». Les arguments manquent mais le discours est là : dur, tranché, caricatural. Plusieurs ados l'avouent sans complexe : ils n'aiment pas les « pédés ».
« La police n'est pas dans votre coeur. On peut penser des choses, mais on n'a pas le droit d'insulter les gens », explique calmement Pascal Lelièvre, l'un des deux intervenants de l'association SOS homophobie. Il leur apprend que non seulement, une insulte est punie, et plus encore si elle vise les origines, les choix religieux ou sexuels. « On n'a pas le droit de traiter un gay ou une lesbienne, ni de leur faire subir une discrimination », ajoute-t-il. Pour cet élève, c'est nouveau : « Alors on n'a pas le droit d'être homophobe ? ». Non, effectivement.


Le sujet fait ricaner un certain nombre de jeunes. Les insultes racistes, la plupart savent que c'est interdit. Mais les propos sexistes ou homophobes, ça les ferait presque marrer.
« Ni fierté, ni honte » Les deux intervenants de SOS homophobie sont gays. L'un explique qu'il n'a pu le dire à ses parents que lorsqu'il travaillait. La société a-t-elle évolué ? Pas forcément. Les préjugés sont tenaces. L'intolérance règne encore. Il n'est pas facile de se rendre compte qu'on préfère les personnes du même sexe.
Les intervenants rappellent les chiffres : « 5 à 10% de la population française est homosexuelle. Vous n'êtes pas différents des autres : dans quelques mois ou quelques années, plusieurs dizaines d'entre vous découvriront qu'ils sont gays ou lesbiennes ». Michel Rey estime qu'il n'y a « Ni fierté ni honte à avoir : c'est comme ça. » Aujourd'hui, on ne fait plus subir aux homosexuels de lobotomie pour les « soigner ».
Mais dans certains pays (Iran, Mauritanie... ), l'homosexualité est encore punie par la peine de mort. Et dans les cours de collèges ou de lycées, gare aux homos ou ceux qui sont supposés l'être.
Une des dix priorités
de la lettre de rentrée C'est la deuxième année que le collège Maxence Van-der-Meersch fait appel à SOS homophobie. « L'an dernier, pas mal de termes homophobes étaient employés par les élèves. Une pression s'exerçait même sur certains, qui le vivaient mal. Il y avait une banalisation des insultes. On s'est dit qu'il fallait agir », explique Arnaud Carton, principal-adjoint du collège.
Il rappelle que la lutte contre l'homophobie fait partie des dix priorités de la lettre de rentrée du recteur. Le comité éducation santé et citoyenneté (CESC) de Van-der-Meersch regroupe des parents et des élèves délégués, des enseignants. Contact a été pris avec l'association SOS homophobie, accréditée par le ministère pour intervenir dans les établissements scolaires. Créée en 2003 et basée à Paris, elle ouvre actuellement une antenne sur Lille.
« Leur première intervention l'an dernier avec tous les élèves de troisième a permis d'aborder ce sujet franchement, témoigne Arnaud Carton , Attention, c'est bien un discours sur le vivre ensemble et le respect, pas de la sexologie. On rappelle que la pédophilie et l'homosexualité, ça n'a rien à voir. Ce qui est rassurant, c'est que dans les questionnaires remplis à la fin de l'intervention, on voit que les deux tiers des élèves ne sont en fait pas du tout homophobes ». En fait, ils disent « pédé » comme ils diraient « nul », has been » ou tout autre chose.
Michel Rey ne cache pas que les échanges sont parfois durs. « On entend de tout, qu'il faudrait nous tuer... Mais souvent, cette agressivité montre leur malaise », commente-t-il philosophe.
Les rares élèves qui tenaient des discours ouvertement homophobes ont (peut-être) réalisé que la classe ne partageait pas leur point de vue. Ou était même choquée par leurs propos. Le malaise a alors enfin changé de camp. w SOS homophobie, ligne d'écoute anonyme : 0810.108.135.


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