Suivez quel guide ?
Publié le lundi 27 juillet 2009 à 06h00
Décidément les visites guidées de quartiers proposées durant l'été par l'office de tourisme sont riches d'imprévus. Hier au Moulin-Potennerie, on a assisté à un « détournement » de touristes dans les règles de l'art. Le présent faisait la nique au passé...
Les quelques visiteurs - ils étaient six inscrits mais quatre au départ - qui comptaient faire connaissance avec le passé du Moulin-Potennerie auront peut-être été interloqués. Certes, Hélène Priego, guide de l'office de tourisme connaît l'histoire du quartier sur le bout des ongles. Mais quand le groupe des visiteurs est rejoint par une retardataire qui n'a pas sa langue dans sa poche, Frédérique Fournie, la présidente du comité de quartier, il faut s'attendre à ce que la visite connaisse quelques détours.
Tout avait pourtant commencé dans les règles de l'art. Devant la piscine Danièle-Lesaffre (conçue par l'architecte Marcel Spender), Hélène Priego a pu expliquer que l'on se trouve au coeur d'un hameau médiéval où se situaient aux contours des XIIe et XIIIe siècles une motte féodale et une ferme, propriétés de la famille de la Pontennerie qui versait tribut aux seigneurs de Roubaix. La ferme très prospère passa ensuite entre les mains des Petitpas et des Delespierre au XIVe siècle. Mais en 1469, la signature de la charte changea complètement la donne : l'artisanat puis l'industrie textile allaient progressivement réduire l'espace rural. Le bourg de Roubaix, insatiable, allait peu à peu absorber les hameaux périphériques : la Pontennerie bien sûr, mais aussi le Raverdy et le Tilleul. Les dernières censes qui se trouvaient à proximité de la place du Travail ont plié boutique dans les années 50.
Le petit chien qui tricote
Industrialisation, urbanisation. En 1887, on perce la rue de Lannoy, en 1892, l'actuelle rue Dupuy-de-Lôme. La rue Montgolfier est mise en chantier en 1886 mais elle n'atteindra le boulevard de Lyon qu'en 1926. Surgit dans le paysage en 1887 l'entreprise Cavrois-Mahieu qui ne connaîtra pas le XXIe siècle mais qui aura fait vivre jusqu'à 1 200 salariés et se sera illustrée avec une marque de fil et un emblème : un petit chien maniant des aiguilles à tricoter.
Fin de la première partie de la visite... Frédérique Fournie s'en empare. Côté passé, Hélène Priego aura encore le temps de désigner à son groupe quelques bonnes adresses du passé : la maison de la rue Jouffroy où fut arrêtée la résistante Nelly Devienne, animatrice du journal clandestin la Voix de la Nation, morte à Ravensbrück, celle qu'habitaient Louis, Andrée et Suzanne Herbaut du Réseau Alliance également déportés et une modeste maison de rangée, le 99, rue de Maubeuge où demeurait Jean-Lebas, ancien ministre et maire de Roubaix, mort en déportation. Il faut dire que la guide de l'office de tourisme est par ailleurs responsable du musée de la Résistance de Bondues.
Patates douces roubaisiennes
Si le quartier possède une histoire, il dispose aussi d'une actualité. Frédérique Fournie détourne la visite vers le quartier Sainte-Élisabeth pour faire découvrir la cour Saint-Joseph, montrer l'endroit où fut abattu il y a deux ans un jeune du quartier, la maison de la rue de Bouvines récemment ravagée par un incendie à la suite d'un différend entre mère et fils et se fait ouvrir la grille de jardins familiaux établis dans l'ancienne cour Ferret. Un jardinier pas peu fier nous fait découvrir le lopin de 100 m² qu'il exploite depuis le mois de mai. Croyez-nous si vous voulez mais les patates douces à Roubaix ne sont même plus un produit exotique !
Hélène Friego a juste le temps, avant de prendre congé, d'évoquer la symbolique de l'église Saint-Jean-Baptiste consacrée en 1890 et la rue Claude-Lorrain percée en 1893 pour la desservir. Frédérique Fournie indique la localisation de son comité de quartier et laisse entrevoir pour le 20 septembre, à l'occasion des journées du patrimoine, un spectacle conçu par cette structure et la compagnie Parole d'être et ayant trait à la révolution de l'électroménager dans les années 50. Hélène Priego ne tient aucune rigueur à Mme Fournie de lui avoir quelque peu « cassé la baraque » : « C'était peut-être imprévu mais elle a apporté une autre dimension à cette approche du quartier. » Prochaines visites : l'Hommelet le 9 août, le Pile le 23 août. Réservations au 03.20.65.31.90 ou sur www.roubaixtourisme.com




