Le dominicain, l'Égypte, les salafistes et Sarkozy...
Publié le mercredi 14 décembre 2011 à 06h00
Tout sourire, le père Philippe Verdin organisait le salon. Et présentait deux livres, dont un préfacé par Abd Al Malik.
Le père Philippe Verdin, parfois présenté comme le directeur de conscience de Nicolas Sarkozy, est aujourd'hui prieur d'un couvent au Caire, dont la bibliothèque est fréquentée par les salafistes. Il reste fidèle à ses amis de Dédica'Marcq, festival de la BD et du livre chrétien.
« La République, les Religions et l'Espérance » : il y a sept ans, dans un livre publié aux éditions du CERF (qui dépendent de l'ordre des frères prêcheurs, ou si vous préférez les dominicains), le ministre de l'Intérieur de l'époque se prononçait pour un rôle accru des religions dans la société et une compréhension plus « positive » de la laïcité. Ce ministre de l'Intérieur était... Nicolas Sarkozy, et l'auteur de cet ouvrage d'entretiens était un jeune religieux dominicain, à la fois journaliste, écrivain et éditeur, le père Philippe Verdin.
Sept ans plus tard, ce dernier vit au Caire. Mais samedi et dimanche, il était à Marcq-en-Baroeul. « J'ai vécu à Lille entre 1995 et 1997.
Trois belles années durant lesquelles j'ai noué des contacts, notamment à travers le scoutisme. » Ce sont ces liens d'amitié qui perdurent et qui font du jeune prêtre (il a désormais 45 ans), l'un des organisateurs du festival Dédica'Marcq, qui s'est tenu ce week-end à l'Institution libre (lire ci-dessous).
Pour l'occasion, le père Philippe Vervin avait donc fait le voyage depuis l'Egypte où il s'est installé il y a un an : « J'ai été élu prieur (NDLR : autrement dit, supérieur) de notre couvent du Caire qui est spécialisé dans l'étude des premiers siècles de l'i slam. » La bibliothèque compte 150 000 volumes, en arabe, et attire quotidiennement de nombreux étudiants de la prestigieuse université al-Azhar. « Je suis arrivé trois mois avant la révolution et je peux vous dire que personne ne pouvait imaginer ce qui allait se passer. Moubarak paraissait indéboulonnable. C'est aujourd'hui un pays qui fait l'apprentissage de la liberté. C'est passionnant mais je comprends que l'on puisse être inquiet. » À la bibliothèque du couvent, les frères dominicains croisent très régulièrement des étudiants proches des salafistes. « Si l'on dialogue avec eux ? Non, ce n'est pas la peine, ils ne s'intéressent pas du tout au christianisme. Pour eux, c'est une religion dépassée depuis Mahom et. » De toute façon, ajoute le dominicain, « en Égypte, les chrétiens restent des citoyens de deuxième zone » .
De l'Égypte, le frère Philippe Verdin a discuté en août... à l'Élysée. « C'est vrai que depuis notre livre, en 2004, nous sommes restés liés et Nicolas Sarkozy souhaitait avoir mon avis sur ce qui se passe en Égypte. » Et alors ? « Il en savait plus que moi ! » rigole ce Lorrain de naissance, véritable touche-à-tout : éditeur au CERF, à Paris, il a aussi été aumônier d'étudiants à Dakar (Sénégal) et a dirigé le pèlerinage du Rosaire, à Lourdes, jusqu'à l'an dernier. Forcément, on brûle de le questionner sur Nicolas Sarkozy : « Faire un livre pour parler des religions, c'était casse-gueule et dans son entourage, tous lui déconseillaient, mais il l'a fait », raconte le prêtre. Et pourquoi ? « Parce que c'est un homme religieux ! Évidemment, ce n'est pas un catho pratiquant, il a un côté très "français moyen" et veut transmettre à ses enfants une certaine idée de l'amour, de la fraternité, de la famille. » Titulaire de deux maîtrises (lettre et théologie), le dominicain en blouson de cuir continue son bout de chemin. À Marcq, il présentait un recueil tiré de débats pour le quotidien Libération, ainsi qu'une biographie d'Alioune Dioup, « le Socrate noir », dont la préface est celle d'un autre ami. Le slammeur Abd Al Malik. Inclassable Verdin.w
Cinquième édition, samedi et dimanche derniers, pour le festival Dédica'Marcq, après celles de 1997, 1998, 2003 et 2009. Pas régulier tout ça... « C'est vrai. La première édition, je venais juste de passer mon bac ici, explique Éric Bargibant, désormais prof d'histoire-géo en collège à Seclin. Nous sommes une petite équipe d'amis et nous l'organisons avec nos moy ens. » Mais une belle réussite puisque le salon s'est aussi tenu en Vendée (2005) et à Paris (2008 et 2010). « C'est normal, c'est une littérature de niche, une littérature qu'on a du mal à trouver », ajoute le Marcquois. Ce week-end, ces ouvrages consacrés au scoutisme, ces romans jeunesse, ces BD et livres chrétiens ont une nouvelle fois attiré à l'Institution libre un public nombreux. Et parmi les auteurs, l'un d'eux, Brunor, constituait l'une des « attractions » : vendredi, avait été annoncé que le prix international de la bande dessinée chrétienne d'Angoulême allait lui être attribué en janvier, pour deux albums de sa série Les Indices pensable.w


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