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Françoise Bosman : partir en douceur

Publié le 22/07/2011 à 00h00

En charge depuis 9 ans du « château de l'industrie », Françoise Bosman se prépare à la retraite. Sans trop se hâter. D'ici son départ, le « Monsieur archives » du ministère de la Culture, lui a demandé de plancher sur un projet d'adaptation de l'outil roubaisien.

Françoise Bosman : partir en douceur
En charge depuis 9 ans du « château de l'industrie », Françoise Bosman se prépare à la retraite. Sans trop se hâter. D'ici son départ, le « Monsieur archives » du ministère de la Culture, lui a demandé de plancher sur un projet d'adaptation de l'outil roubaisien.



La retraite, tout compte fait, c'est un peu comme la plongée sous-marine. Pour éviter les accidents de décompression, il convient de respecter des paliers. C'est la méthode qu'a retenue Françoise Bosman en charge des Archives du monde du travail depuis 2002, après avoir contribué à l'ouverture de l'institut CGT d'histoire sociale aux côtés de Georges Séguy, dirigé les archives départementales du Val de Marne et représenté les archives nationales au ministère de la santé et du travail.
En dépit de ses 42 années de service, sa retraite, elle ne la prendra que le 1er décembre. Hervé Lemoine, directeur chargé des archives de France lui a en effet confié une ultime mission : réfléchir à l'évolution future des ANMT de Roubaix dans le cadre plus global de ce qu'il appelle la refondation des archives nationales.


De passage à Roubaix où il a assisté récemment au lancement du colloque Communications, organisations et pensées critiques M. Lemoine nous a expliqué que les archives nationales se trouvent à la croisée des chemins. Au-delà du projet de transformer le site qu'il occupe au Marais en Maison de l'Histoire de France, ce service public institué sous la Révolution française disposera en fin d'année prochaine à Pierrefitte-sur-Seine d'installations vastes et fonctionnelles qui représentent un investissement de trois cents millions d'euros et feront passer le nombre d'agents parisiens de 347 à 515.

Des effectifs en plus ?
L'ouverture de Pierrefitte-sur-Seine ne remet aucunement en question la mission des archives nationales du monde du travail de Roubaix, des archives nationales de l'outre-mer d'Aix-en-Provence, des archives contemporaines de Fontainebleau. Au contraire... Le monde du travail constitue l'un des éléments de la mémoire nationale. M. Lemoine reconnaît avec Mme Bosman que le site roubaisien aurait besoin d'au moins 25 agents (il y en a actuellement 18) : « Pour moi c'est une évidence, il faudrait 5 à 10 personnes de plus » estime le directeur.
Pour lui la Révision générale des politiques publiques ne saurait affecter les moyens humains dont disposent les archives nationales d'autant que celles de Roubaix remplissent un rôle important en matière d'inventaire, de classement, de conservations de fonds qui arrivent le plus souvent en vrac, un rôle aussi d'animation, d'exposition, de publication.
La création d'un master pro archivistique à Lille III permet tant bien que mal de remplir la première fonction : ensemble, les stagiaires de cette filière ont fourni deux ans trois quarts de travail aux ANMT.
Hervé Lemoine souligne que, à la différence des musées de France, qui se disputent âprement les visiteurs, les archives qu'elles soient départementales ou nationales ne peuvent plus aujourd'hui que travailler en réseau. « C'est la meilleure façon de remplir notre mission de service public. » Une mission toutefois compliquée par le développement des archives électroniques : là où jadis, il y avait du papier, il n'y a plus très souvent que des mails que les expéditeurs et les destinataires se gardent le plus souvent de sauvegarder.
GdF, de Wendel, Renault...
Pour Françoise Bosman qui accueillait cette semaine les organisateurs du 14e colloque Etienne-Thil sur la distribution, Le schéma français est cependant unique au monde : « Vous imaginez regroupées sur un même site des archives syndicales, associatives, patronales. Il n'y a pas ça ailleurs. Dans ce domaine, l'État a été un propulseur d'énergie. » Et de l'énergie aux ANMT on n'en manque pas : Roubaix s'apprête à traiter les archives Gaz de France, de Wendel et Renault.
Françoise Bosman sait que même en retraite, il lui faudra encore se plonger dans des archives mais cette fois comme usagère. « Je me suis toujours intéressée à la philosophie et à la littérature. Je compte occuper une partie de mon temps à écrire une saga familiale. Pas un essai historique : c'est trop sec l'histoire mais plutôt un roman historique. Et puis j'aime voyager. Je voudrais aller en Amérique de préférence à bord d'un cargo ; je ne supporte plus l'avion. Aménager notre maison près de Perpignan. Et puis faire du sport, de la marche, de la gym, du yoga, de la salsa. » Après tout, on n'a qu'une retraite. w

Nord Éclair