Comme en 2011 et comme l'année précédente, le couperet est tombé à la rentrée. « Ça fait trois fois qu'en septembre, l'État nous dit stop, plus de CAE (contrat d'accompagnement dans l'emploi, ndlr) cette année, parce que les quotas sont dépassés », déplore Slimane Kadri, le directeur du club de prévention lillois Itinéraires, pointant un courrier de Pôle emploi annonçant le gel des CAE, hors renouvellements de contrats.
Mais il a beau retourner les chiffres dans tous les sens, il ne trouve pas ce fameux dépassement, au contraire. « En début d'année, on nous annonce 40 CAE - contrats de 24 heures par semaine au Smic, renouvelables trois fois. Or, on est à 25, où sont passés les 15 autres ? » s'interroge-t-il. Selon les bruits de couloir, l'ancien gouvernement aurait largement pioché dans l'enveloppe en début d'année pour faire baisser les chiffres du chômage des jeunes avant les élections. « Ok pour cette année, mais ça ne fonctionne pas pour les deux précédentes », constate toutefois Slimane Kadri.
« Gestion calamiteuse
» Lui a une autre explication et pointe une gestion à la petite semaine des crédits de l'insertion : « Si les chiffres du chômage sont mauvais en début d'année, l'État demande aux préfets d'ouvrir les vannes, sans nous avertir et sans respect des quotas. En juillet, quand les préfets font remonter l'état des dépenses, on leur demande de tenir l'enveloppe allouée en début d'année et ils coupent les robinets... La collectivité qui nous finance nous plombe en même temps par sa gestion calamiteuse ! » Entre temps, l'équipe d'Itinéraires a misé sur 40 contrats, et non 25. Et des engagements ont été pris, vis-à-vis des clients de l'association d'abord.
Toute l'année, elle démarche les chantiers où ses jeunes sous contrats aidés peuvent intervenir. « On doit convaincre les entreprises que ces jeunes, peu ou pas formés, vont faire du bon boulot. Et on sait le faire, on sait aller chercher les jeunes qui traînent aux pieds des immeubles et on sait leur faire faire du bon boulot », assure le directeur. Mais aujourd'hui, Itinéraires doit renier ses engagements ou refuser des chantiers.
« On perd notre crédibilité »
Deux offres ont déjà été déclinées, auprès de particuliers, et Slimane Kadri négocie le report à l'année prochaine d'un chantier de quatre mois pour six jeunes chez un bailleur social. « On perd notre crédibilité vis-à-vis des clients », regrette-t-il. « Le pire, poursuit-t-il, c'est que l'État peut sortir une enveloppe extraordinaire le mois prochain et nous demander d'embaucher. Et moi, je n'aurai pas de chantier derrière... C'est un truc de fou ! » Le plus terrible, c'est la perte de confiance des jeunes et le discrédit, sur le terrain, des éducateurs spécialisés. « On dit à des jeunes d'arrêter de dealer du shit et de venir travailler et, au final, il n'y a pas de boulot. C'est n'importe quoi, s'emporte Slimane Kadri.
Pour un déçu, c'est quinze jeunes qui ne nous prennent plus au sérieux. Et ça peut devenir violent. Mes éducateurs, eux, sont en première ligne. » En septembre, six jeunes devaient signer un CAE avec Itinéraires. « On ne sait pas quoi leur dire, note le directeur du club d'insertion. Et à la télé, des hommes politiques leur parlent de politique volontariste contre le chômage des jeunes... » Itinéraires est signataire d'une pétition qui circule parmi les structures régionales d'insertion et qui fait part de leurs inquiétudes face à la situation.
Nous ne sommes pas parvenus à joindre les interlocuteurs d'Itinéraires à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi et à la direction territoriale de Pôle emploi Fladres métropole.