MANON GOBÉ > lille@nordeclair.fr
Si les travaux du Champ de Mars venaient à gêner l'organisation de la foire en 2014, ce serait bien sûr une grande perte pour les amateurs de sensations fortes. Mais derrière l'événement de divertissement, il y a aussi bien souvent le travail de toute une vie. Pour Pierre-Louis Turblin, c'est même le travail de plusieurs générations. « Ma fille, Venissia, qui est reine de la foire cette année, est la cinquième génération de foraine », glisse fièrement le papa.
L'une des trois plus grosses
foires de France
Quitte à enfoncer des portes ouvertes, rappelons donc que les foires sont le gagne-pain de familles entières. Et perdre un mois de foire à Lille, ne correspond pas seulement à un mois de salaire : « Si on nous enlève en plus la foire de printemps, ça équivaut bien souvent à près de 50 % du chiffre d'affaires annuel », précise le Tourquennois. Voilà donc entre autres pourquoi une majorité de forains militent pour que les travaux de rénovation du Champ de mars se fassent par tranches successives. Ils ont d'ailleurs proposé cette alternative à la municipalité, et espèrent désormais être entendus, pour éviter l'annulation en 2014.
Il faut dire que la foire de Lille n'est pas des moindres : elle compte parmi les plus grosses de France. En faire partie demande aussi de lourds investissements : le droit de stationnement à payer, et surtout l'achat des manèges. Difficile d'obtenir des chiffres précis. « Mais pour les grosses attractions, on arrive vite à 500 000 E pour une neuve », précise le forain. Tout en ajoutant que comme pour les voitures, les options font grimper la facture. Quant aux manèges enfantins, leurs prix sont plus abordables : sur Internet, il est tout à fait possible de trouver de jolis carrousels pour moins de 50 000 E.
Rentable, le métier de forain ?
Dans ces conditions, le temps d'amortissement peut être très long : « Il faut entretenir, changer des pièces, ou des voitures sur les manèges pour rester à la mode. Le Royal Daddy, l'un de mes manèges, a plus de 50 ans, il est amorti mais on continue de dépenser... » Dernièrement, Pierre-Louis Turblin a par exemple entrepris de changer quelques-unes des ampoules de son autre manège, le Magic World, au bénéfice de leds, qui consomment dix fois moins. Car l'électricité et le carburant des camions sont aussi autant de dépenses qui augmentent d'année en année. « Finalement, nous sommes des chefs d'entreprise un peu comme tout le monde, sauf que l'hiver, c'est la saison creuse. » Le temps de se reposer alors ? « Pour tout vous dire, cela fait quatre4 ans que je n'ai pas pris de vacances. Et les 35 heures, n'en parlons pas ! » ajoute-il en riant.
N'en jetez plus : le métier de forain est réservé aux passionnés. Et lorsqu'on lui demande s'il souhaite que ses filles se lancent dans l'aventure, il réfléchit : « Ce qui est certain, c'est que je voudrais qu'elles fassent des études. Si elles veulent se lancer, elles doivent connaître la gestion, la comptabilité. Mais elles choisiront ce qui leur plaît... » Dans tous les cas, elles sont les mieux placées pour connaître les plaisirs et les contraintes du métier.w