Un vent à décorner les boeufs souffle sur le toit de l'Opéra de Lille, culbutant les rares abeilles assez audacieuses pour se risquer hors de leur ruche. Cyrille Pradal, conseiller municipal lillois délégué à l'apiculture, l'admet d'emblée : pas de récolte de printemps cette année. « C'est valable pour toute l'Europe de l'ouest », confirme Jean Lacube, membre de l'Union nationale de l'Apiculture Française. Tous deux sont venus hier après-midi à l'Opéra pour l'extraction et la dégustation du miel, dans le cadre des journées APIDAYS 2012. Faute de miel, on se contentera cette fois d'observer les insectes et d'écouter les doléances des apiculteurs.
De meilleures récoltes en ville qu'à la campagne Pour Jean Lacube, la question de la survie des élevages apicoles se pose : « Que nous restera-t-il au petit-déjeuner sans les abeilles ? » Il insiste sur l'interdépendance entre apiculteurs et cultivateurs. « On ne jette pas l'opprobre sur les agriculteurs. Ils sont victimes de l'agrochimie. On sait que l'usage des pesticides signifie beaucoup d'économies pour eux, moins de passages dans les champs. » admet Yvan Hennion, apiculteur à Halluin. « Mais les études montrent qu'on perd 30 à 40 % des abeilles qui vont dans un champ traité aux pesticides. » C'est pour cette raison que les récoltes sont meilleures en ville qu'à la campagne. Les tilleuls de la métropole, tout pollués soient-ils, ne sont pas chargés des pesticides tels que le Cruiser ou le Proteus. « On sait que l'apiculture ne représente rien face aux groupes agrochimiques » admet Jean Lacube. Les apiculteurs restent néanmoins optimistes : « On a reçu des signaux encourageants de la part du ministère de l'agriculture vis-à-vis des pesticides. »