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LILLE / AFFAIRE DES NOYÉS DE LA DEÛLE

Ceux qui y croient, ceux qui n'y croient pas

Tout le monde à Lille a entendu parler des noyés de la Deûle : mais tout le monde n'a pas le même avis!Photo L.M. Tout le monde à Lille a entendu parler des noyés de la Deûle : mais tout le monde n'a pas le même avis!Photo L.M.

Il y a désormais deux sortes de Lillois : ceux qui croient qu'il n'a pas pu y avoir autant de noyades dans la Deûle par le simple fait du Saint-Esprit. Et puis les autres qui en ont franchement marre de cette histoire parce que des noyés, il y en a et il y en aura toujours.



MARIE GOUDESEUNE > marie.goudeseune@nordeclair.fr
Faites le test, c'est partout pareil. En bord de Deûle, dans le Vieux-Lille, dans une soirée privée : les Lillois sont systématiquement divisés sur la question de la Deûle. Plus qu'il y a un an en tout cas, quand une certaine « psychose » s'était emparée de la ville et qu'on envisageait le pire, y compris la thèse selon laquelle une « mafia pakistanaise » était derrière tout ça (on vous l'accorde, seul un commerçant avait émis cette idée en février dernier).
Partout, donc, deux discours s'affrontent. Prenons par exemple les immeubles situés au pied de l'Esplanade : on y a rencontré Nicole qui, « après y avoir cru un peu au début », pense désormais que cette série de noyades est « une coïncidence ». Et c'est désormais sur le ton de la boutade qu'elle lance à son fils, âgé de 26 ans, de « faire attention en rentrant ». Ainsi donc, dans l'immeuble voisin, Francis avait une toute autre idée de la chose : « Je pense que c'est quelqu'un qui les pousse, déclare-t-il avec le plus grand sérieux. Quelqu'un qui les suit, qui les piste, qui les entraîne. Il y a trop de coïncidences pour que ce soit des accidents ! » Sur une péniche située près du Champ de mars, on nous cloue gentiment le bec : « Des morts il y en a toute l'année dans l'eau, dans toutes les villes, alors arrêtez avec ça ! » alors que, quelques mètres plus loin, un jeune habitant dans un camping-car décrète que « quand t'es vraiment saoul, tu sais quand même ce que tu fais », et que « les bords de Deûle sont vraiment glauques, pas à fréquenter ».



Les fameux
« crimes homophobes »

On a posé la question aussi à la « communauté » homosexuelle - si on peut l'appeler ainsi, car dans les premiers temps la rumeur selon laquelle il s'agissait de crimes homophobes circulait largement. Au bar « Le vice&versa » du Vieux-Lille, on sent bien que les noyés de la Deûle ne sont plus au centre des conversations : « Pendant une semaine, peut-être, on a eu moins de clients, les gens avaient un peu peur, mais c'est très vite passé » , avoue un serveur. Alors oui, la page est tournée. Ce qui n'empêche pas les uns et les autres d'avoir un avis sur la question : « Cette affaire, elle appartient au milieu de la nuit, aux fêtards, aux gens qui traînent dehors le soir, argumente un client, persuadé tout de même qu'il y a « une organisation derrière tout ça »... Lui y croit, son voisin non : « C'est juste que là, c'est arrivé par hasard dans un laps de temps court : mais des noyés, il y en a tous les ans ! » N'empêche que dans le bar, on n'arrive pas à comprendre comment tous ces jeunes sont arrivés là : « Ils n'ont pas pu arriver là par hasard : si on va en bord de Deûle, c'est pour rencontrer d'autres hommes ! » Toujours les mêmes interrogations, les mêmes doutes, et comme dirait Alain, lui aussi client du « vice&versa », « toujours les mêmes fantasmes : parce que les gens aiment bien s'en créer, des fantasmes ».w

Les riverains racontent les bords de Deûle, la nuit tombée

La Deûle, ils l'ont sous les yeux jour et nuit. Depuis leur appartement, leur péniche ou leur caravane, ils peuvent voir ce qui se passe le long du canal. Et ces riverains ont à peu près les mêmes réponses : la nuit, il ne se passe pas grand-chose... En fait, les riverains n'ont pas grand-chose à dire. Ils n'ont jamais vu de pousseur, de gens bizarres, de choses étranges. N'en déplaise aux rumeurs. Prenons Renée, par exemple : le balcon de son appartement donne pile sur l'Esplanade. Mais voilà, la nuit, Renée dort ! De toute façon, « le soir, c'est plus ou moins désert, raconte-t-elle. Quelquefois, on entend des gens crier, mais on ne se lève pas pour regarder ce qui se passe ». Deux étages plus haut, Nicole est encore mieux placée : une vue imprenable sur les quais. En plus, elle se couche « très tard ». Alors, la Deûle le soir, c'est comment ? « Depuis 15 ans qu'on est là, on voit un peu de voitures qui tournent sur le parking de l'Esplanade, mais moins qu'avant (le parking est réputé pour être un lieu de rencontres la nuit, ndlr). Le jeudi, on entend souvent les étudiants de la Catho chahuter, mais dans l'ensemble ça reste calme ». Même constat chez Éric, qui vit depuis quelques mois dans une caravane sur les quais : « C'est quasi désert, mal éclairé, assez glauque ». Jusqu'au soir, précise Francis, la Deûle est aux joggeurs et aux promeneurs. « La nuit tombée, on entend les étudiants qui rentrent de boîte le jeudi ou le vendredi, et ça reste un lieu de rencontres homosexuelles. Et puis au petit matin, les seules personnes qu'on voit, ce sont les pêcheurs » .wM.GO.

Avant de classer l'affaire, le procureur va proposer aux familles de le rencontrer

Le procureur de Lille a annoncé hier qu'avant de classer les enquêtes sur la mort de John Ani, Thomas Ducroo et Jean-Mériadec Le Tarnec, il proposerait aux familles de le rencontrer. Aujourd'hui, celles-ci réclament toujours « la vérité ». Frédéric Fèvre, procureur de la République, a expliqué qu'il avait reçu cette semaine le dossier sur les trois premières noyades, celles de John Ani, de Thomas Ducroo et de Jean-Mériadec Le Tarnec : « Il est désormais en cours d'analyse au parquet. Nous nous assurons que l'enquête (confiée à la police judiciaire de Lille, ndlr) est complète », avant de la classer. En février 2011, au moment des disparitions de Thomas Ducroo puis de Jean-Mériadec Le Tarnec, le procureur avait en effet décidé de confier l'enquête à la brigade criminelle de la PJ de Lille. Il y a quelques mois déjà, une source policière confiait que certes, le dossier n'était pas classé « officiellement », mais que les enquêteurs ne travaillaient plus dessus : ils avaient fait le tour des investigations. Le parquet devrait décider ces prochains jours si l'enquête sur ces trois noyades peut, ou non, être classée. « Une fois que j'aurai analysé l'acte de procédure, a précisé Frédéric Fèvre, je proposerai aux familles de me rencontrer pour leur expliquer le contenu du dossier et les écouter ». Une démarche nécessaire, car les familles peinent à tourner la page. La mère de Lloyd Andrieu, « en colère » d'avoir si peu d'informations sur la mort de son fils et de ne pas avoir pu voir son corps, pense prendre un avocat : « Avant Noël, la PJ m'a appelée pour dire qu'elle allait clore l'enquête. Mais moi je ne peux pas faire mon deuil, parce que je n'ai pas de réponses ». Céline Lecointe, la compagne de Thomas Ducroo, se souvient que « pour la police, c'était une enquête comme une autre. Nous n'avons eu aucun soutien psychologique. Au départ même, elle ne me croyait pas. Elle m'a dit : "Votre copain est parti, il en avait marre de vous" ». La jeune femme essaie aujourd'hui de faire son deuil, mais reste convaincue que « la mort de Thomas n'est pas un accident : c'est criminel. Seulement, seule la police peut le prouver ». Joe Anderson, le frère de John Ani, a quant à lui pris un avocat : « Je veux empêcher qu'ils classent l'affaire » , répète-t-il. Lui regrette « que la police ne parle pas, qu'on n'ait pas d'interlocuteur, qu'on ne soit pas informé ». Sans préciser de calendrier, le procureur a promis d'apporter des réponses prochainement : « Je ne suis pas fermé, a-t-il ajouté. Et si les familles demandent de nouvelles vérifications par la police, et que je les juge justifiées, j'accepterai ».wM.GO.


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Max
Il est très difficile de croire -étant donné le nombre de morts-que ces jeunes gens soient tous tombés par hasard dans la Deûle.Je pense donc que, pour que la vérité soit recherchée et enfin trouvée, les victimes respectées, la douleur des familles prise en considération, que l'enquête doit se poursuivre et non être classée sans suite.Par ailleurs, les moyens de sécurité, le soir et la nuit, doivent être renforcés le long de la Deûle.On ne peut admette que d'autres jeunes puissent être mis en danger, par un prédateur, peut-être.Qui peut savoir?

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prof
Le problème dans la relation des faits des "noyés de la Deûle" tant en ce qui concerne les autorités que la presse, c'est qu'une ligne temporelle imaginaire a été tracée entre le noyé John Ani et ceux qui l'ont immédiatement précédé.
Contrairement à ce que semble suggérer cette mauvaise enquête journalistique auprès des "riverains" du Jardin Vauban, tous les vrais riverains - dont la Police Judiciaire, la Police Scientifique et Technique, la Drire, le Tribunal administratif... - ont bien eu conscience de ce qui s'est passé dans le cas des deux précédents "noyés" avant John Ani, au cours de ces deux dernières années.
Dans le premier cas, celui d'un étudiant de Scienes Po, il a fallu que des lycéens aillent avouer leur "poussée" auprès du Commissariat de Hazebrouck pour que Lille ne classe pas l'affaire et que l'affaire soit jugée aux Assises à Douai. Dans l'autre cas, un excellent nageur originaire de Rouen, étudiant de l'Ieseg, qui n'a pas vu les affichettes collées par les parents dans le quartier, en plein mois d'août ? Ce qui a ensuite conduit à la découverte de son corps le samedi de la Braderie 2009. Cela aurait-il échappé, en ce mois d'août 2009, aux enquêteurs de la PJ alors qu'ils avaient tout sous le nez ? Ou alors c'est qu'il y a un sacré problème avec la Police nationale lilloise.
Bien sûr cela ne décide pas de tous les autres cas. Dans le cas de Thomas Ducroo qui revenait du Privilège, haut lieu gay friendly bien connu pour la facilité avec laquelle on y obtient de la cocaïne comme dans beaucoup de bars gays, on a retrouvé chez Thomas Ducroo de la cocaïne... Et ses amis l'ont laissé près de la Deûle alors qu'il vomissait dans la voiture. N'est-ce pas là ce qu'on nomme une non assistance à personne en danger ? Il faut les poursuivre !
Ce n'est pas parce qu'un Procureur de la République, ex chef de cabinet de Rachida Dati dont chaque citoyen éclairé sait désormais l'incompétence, décide que... Que la République peut se satisfaire de toutes ces inconséquences !

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