MARIE TRANCHANT > marie.tranchant@nordeclair.fr
D'abord des habitants déçus, des discussions, des reproches. Et puis, quelques habitants du quartier qui décident d'alerter la presse. Pas un coup de gueule, pas non plus la volonté de « tirer à boulets rouges » sur quelqu'un. Mais un sentiment de déception et d'impatience. À Saint-Maurice Pellevoisin, le centre social (1) fait parler. Pour l'instant, il ne répond pas aux attentes d'un certain nombre de gens.
« On est patient, mais là, ça devient inquiétant. On veut alerter sur ce qui se passe, ou plutôt ce qui ne se passe pas au centre social » , lance cette habitante. Manque d'activités, de partenariats, d'ouverture au quartier, voilà en substance ce que ces riverains veulent pointer.
« On ne veut pas fusiller quelqu'un, indique cette autre dame du quartier. C'est un outil pour mieux vivre ensemble, il faut donc plus de présence, plus d'informations. »
Un décalage mal compris
Même son de cloche chez cet autre habitant : « On entend le dépit des gens qui y sont allés pour proposer quelque chose, et à qui on a répondu non. » Eux se font l'écho, anonyme, de ce qu'ils ont senti et racontent que le lieu n'est pas encore connu à Saint-Maurice Pellevoisin, que les gens ne passent pas la porte facilement, et que les financeurs (Ville, Caf et Département) doivent en être alertés. Cette déception, le président du Conseil de quartier Dominique Plancke l'a entendue lui aussi. « Il y a des gens qui me demandent si ce sont des bureaux, il faut se dépêcher de bouger », conseille-t-il.
Entre le temps d'attente des habitants et le temps de faire les choses, un décalage parfois mal compris. Mais « les choses avancent normalement, à leur rythme. Ça ne va peut-être pas assez vite, mais il y a des contraintes administratives, de moyens... » assure Marc Bodiot, élu aux centres sociaux. Cette habitante avait anticipé : « On va nous répondre que c'est sur la bonne voie... » Car le centre social, s'il ne répond pas à toutes les demandes, n'est pas vide de projets. C'est en tout cas ce que répondent en choeur son directeur Rachid Zaoui et son président Gérard Gambet. « Je comprends que les gens soient impatients, lance le second. Mais on ne peut pas dire "il ne se passe rien" parce qu'il ne se passe pas ce qu'on voudrait. » Et le premier d'ajouter : « Il y a une confusion liée à l'histoire ancienne de la maison de quartier, qui a longtemps été maison des associations. Mais nous ne sommes pas dans ce cadre-là : le projet du centre social a été écrit, élaboré avec des habitants. Notre rôle est de porter ce projet, et de ne pas s'éparpiller dans tous les sens. » Plus concrètement, le projet s'articule autour de plusieurs objectifs comme favoriser l'accès à la culture et loisirs pour tous, favoriser les échanges dans un cadre intergénérationnel. Le document validé avec les financeurs donne une feuille de route aux responsables du centre social et les moyens sont alloués dans ce cadre.
« Mieux que traîner »
Et, ajoutent-ils, il y a le travail que les gens ne voient pas : le recrutement d'une conseillère en économie sociale et familiale, qui sera présentée ce soir aux partenaires, la mise en réseau, etc. « On est un tout jeune centre social, rappelle son directeur. On a besoin de grandir. Grandir, ça prend du temps. On est confiant, les choses se mettent en place. » Sur la visibilité du bâtiment de la rue Saint-Gabriel, Gérard Gambet explique : « On a proposé un nom, on attend qu'il soit validé, ça fera progresser cette identification. » L'inauguration est elle-même attendue par les habitants comme par les responsables. Mais déjà des associations ont pris leurs marques au centre social.
Pendant qu'un cours de danse a lieu en bas, les Alcooliques anonymes se réunissent au rez-de-chaussée. « Depuis qu'on est ici, la fréquentation a plus que doublé », assure Christine, membre des AA. Un étage plus haut, Abdel Hakim travaille des mix tapes et sourit : « Ça me plaît de venir ici, c'est mieux que traîner dans les rues. » Preuve que certains ont déjà trouvé au centre social ce qu'ils cherchaient. Pour les autres, il faudra s'armer de patience, en espérant que le lieu soit « vivant », qu'il « crée une dynamique ». « On y croit, mais on est impatient et déçu », martèle cette habitante.w (1) L'ancienne maison de quartier a déménagé en janvier, et a reçu l'agrément de la Caf, fin juin, pour devenir centre social.