Lille

Eurodif réquisitionné pour un autre avenir

Publié le 03/06/2010 à 00h00

Depuis un mois, un collectif nommé Les Hauts lieux s'est créé pour réquisitionner un espace vacant du centre-ville. À la place de l'ancien Eurodif, rien n'a vu le jour, et plusieurs associations s'y sont installées pour y faire loger des familles et de nombreuses activités.

Eurodif réquisitionné pour un autre avenir
Depuis un mois, un collectif nommé Les Hauts lieux s'est créé pour réquisitionner un espace vacant du centre-ville. À la place de l'ancien Eurodif, rien n'a vu le jour, et plusieurs associations s'y sont installées pour y faire loger des familles et de nombreuses activités.


MARIE TRANCHANT > lille@nordeclair.fr
Réquisition. L'idée pourrait en effrayer certains. Et pourtant, hier, des membres d'associations, de jeunes entrepreneurs, des citoyens tout simplement, ont prouvé que derrière ce mot pouvait se cacher un projet, un vrai, avec la volonté d'utiliser un lieu inoccupé depuis trop longtemps. En plein centre ville, à deux pas des rues les plus passantes de Lille, se cache un espace de 3 000 m², vide.
Jusqu'ici, on passait là sans se rendre compte de cet espace vacant, rue des Débris Saint-Etienne, qui mène de la Grand'Place au Vieux-Lille. Là où, il y a quarante ans, les Lillois venaient se faire une toile au cinéma Le Ritz. Là où, il y a encore quelques années, on venait faire des emplettes chez Eurodif.


Mais voilà, le magasin a fermé, un Zara Home a ouvert quelque temps après, mais une grande partie des locaux a été abandonnée.
Et puis, il y a quelques semaines, la découverte. « On est entré sans aucune effraction, raconte l'un des membres du collectif les Hauts lieux, créé autour de ce projet. Une porte technique était ouverte, et on est tombé sur les clés, dans un panier en osier. » Comme si elles attendaient le premier venu qui oserait mettre les pieds dans cette ancienne boutique sur trois étages.

« Culturel et social »
Et puis, il y a ces gens, qui font appel au DAL (droit au logement), en quête d'un chez-eux. Et ces hackers (au sens premier du terme, « bidouilleurs ») qui cherchent depuis longtemps un endroit pour créer un « hacker space », et ces jeunes entrepreneurs qui aimeraient bénéficier d'un espace pour travailler, tout simplement. D'où l'idée d'y créer quelque chose. Un lieu « culturel et social » à la place du néant.
Et ce, « dans les règles », précisent les membres des Hauts lieux. « On remet en place la sécurité incendie, on remet tout en place pour qu'on n'ait rien à nous reprocher. » Réquisition ne signifie pas squat sauvage, ni saccage d'un lieu. Au contraire, ici, on a installé une table, un canapé, là on a passé un coup de balai, pour rendre le lieu vivable, et pour cette famille qui n'a pas de logement, on espère même rendre les sanitaires utilisables.
Pour Abdel Kader, c'est un véritable cadeau. « On n'a pas de logement, nos enfants sont placés et ici, on a trouvé la stabilité, raconte-t-il. Il y a une très belle équipe soudée, des jeunes avec des idées très progressistes. Ils veulent construire leur avenir, l'avenir de leurs enfants. Ils ne doivent pas être saqués dans leur jeunesse. » Un membre du DAL sourit : « C'est pas le Ritz ici, mais ça ne saurait tarder ! » Et Abdel Kader d'espérer, même, une « aide du gouvernement »...
Car voilà, le lieu ne leur appartient pas. Et hier, la police est passée, pour constater la réquisition. Suivront une procédure, et peut-être une décision de justice pour expulser les Hauts lieux. En attendant, un peu plus tard dans la journée, c'est la directrice de Zara France qui s'est déplacée depuis Paris en personne et a discuté avec des représentants du collectif pendant près de deux heures, avant de visiter les lieux.

Quel avenir ?

Hier soir, elle ne souhaitait pas communiquer, mais Stéphane, un des jeunes actifs du projet se voulait rassurant : « Elle ne s'attendait pas à voir quelque chose de propre, avec des associations bien organisées. » Et avant de repartir, elle a fixé un rendez-vous prochain pour parler de l'avenir du lieu. Car pour que Zara Home voie le jour, des parties de l'édifice ont été murées, une climatisation a été installée, sans être dissimulée. En l'état, l'espace de 3 000 m² est inexploitable. « C'est scandaleux, rageait hier Stéphane Baly, élu Vert venu "en soutien". Quand on entend les commerçants se plaindre des loyers et quand on voit cette surface inoccupée ! » Alors, aux Hauts lieux, on se met à rêver, à imaginer accueillir quelques familles sans logement, développer un réseau d'informatique solidaire, des ateliers d'échange de connaissances, un espace de coworking (qui fonctionne déjà), des cours de danse, un espace de gratuité pour l'échange d'objets fonctionnels, une cantine bio et équitable... Les projets ne manquent pas. Reste à savoir s'ils pourront se concrétiser. Déjà un mois que les Hauts lieux sont installés ici, mais pour combien de temps ?w

Nord Éclair