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LILLE / HISTOIRE

Fives-Lille ou la fabuleuse conquête argentine

À gauche, l'agréable station balnéaire «Del Plata», qui fait le charme des environs du village de Vera Y Pintado aujourd'hui. En haut à droite, les trois protagonistes qui ont rouvert le dossier de Fives-Lille : Mado, Benoît Verhille et l'auteur Robert Ra À gauche, l'agréable station balnéaire «Del Plata», qui fait le charme des environs du village de Vera Y Pintado aujourd'hui. En haut à droite, les trois protagonistes qui ont rouvert le dossier de Fives-Lille : Mado, Benoît Verhille et l'auteur Robert Ra

Ce n'est que le début d'une grande « saga » selon les éditions de la Contre Allée qui viennent de rouvrir avec un collectif d'habitants un dossier vieux de plus d'un siècle : entre 1890 et 1950, un petit village d'Argentine a porté le nom de Fives-Lille...



MORAD BELKADI > morad.belkadi@nordeclair.fr
Un mythe. Une légende. Des rumeurs. Des bruits de couloirs. Un vieux serpent de mer qui ressurgissait de temps à autres. Parfois au détour d'une phrase dans la bouche d'élus ou des mots gribouillés au détour d'un chapitre dans un vieux bouquin poussiéreux consacré à la mémoire du quartier. Mais jamais plus. Pourtant la fable est belle, elle fait état, non pas d'un Lille-Fives, mais d'un Fives-Lille qui aurait vu le jour au cours du XIXe siècle, dans le fin fond de l'Argentine. L'histoire dit simplement que le géant industriel Fives-Cail y aurait installé un pôle de production.


Rien de concret
L'affaire était trop belle pour que les éditions de la Contre Allée - qui travaille sur le thème « mémoire et société » - la laisse filer. La piste avait déjà été explorée et avait donné lieu à un chapitre dans À chacun sa place, parue en 2008. « On avait qu'une somme de témoignages, de documents, de contacts avec des institutions », confesse Benoît Verhille, créateur de la maison d'édition. Mais rien de concret. Et puis tout s'est accéléré ces derniers mois, à l'occasion de la préparation du festival des Fenêtres qui parlent, où un collectif d'habitants a été invité à plancher sur le sujet.
Le dossier que l'on croyait classé est de nouveau ouvert, les recherches ont repris depuis le mois de décembre, un appel « à la mémoire collective » a été lancé dans le quartier. Sans succès. Là encore, la mission ne va pas être une mince affaire. « C'était rageant, se souvient Benoît Verhille. Chaque fois on tombait sur des sites Internet, des blogs, des ouvrages, qui mentionnaient l'existence de ce Fives-Lille, mais jamais au-delà d'une simple phrase ».
C'était sans compter sur la détermination de Mado, artiste de vocation, passionné par ces recherches, et qui va devenir la véritable cheville ouvrière du projet. En se rendant aux archives du monde du travail à Roubaix, elle va exhumer des comptes rendus d'assemblée générale des actionnaires de Fives-Cail.
Dans un document daté du 24 novembre 1888, on fait état de « deux concessions importantes de chemins de fer dans la République Argentine. (...) La première concession nous a été donnée par le gouvernement national ; elle comprend la construction et l'exploitation d'une ligne de 650 kilomètres entre San Cristobal et Tucuman ».

Le début
d'une « grande saga »

La locomotive de la mémoire est sur les bonnes voies. Mado jubile : « En fait on s'est trompé, ce n'est pas une usine qui a été installée là-bas, c'est la signature d'un contrat qui a permis d'envoyer de la main d'oeuvre en Argentine. » Selon l'histoire telle qu'on la connaît aujourd'hui, les premières vagues d'immigration outre-Atlantique vont suivre : en majorité française, italienne et espagnole. Des ingénieurs et techniciens français ont fait le déplacement, avec leurs familles. Entre 1890 et 1891, pile au kilomètre 174 de la ligne de chemin de fer, les frères Cabale, dont l'un, Mario, est un ex-gouverneur de la Province, auraient fait construire une gare dans ce milieu quasi- desert. Elle sera baptisée Fives-Lille, en hommage à la compagnie qui a raflé le chantier.
Autour de la gare, va se développer au fil du temps un véritable petit village de 600 habitants qui lui aussi va reprendre le nom de la gare. Ce n'est qu'en 1951 qu'une loi provinciale remplacera la dénomination du village de Fives-Lille par Vera y Pintado (lire encadré).
« Aujourd'hui, nous sommes au début d'une grande saga », s'enthousiasme Benoit Verhille. Car tous se sont mis en quête de nouer des liens avec des habitants, rechercher plus d'informations auprès des institutions argentines. Certains contacts ont déjà été établis avec des personnes qui connaissent cette histoire. La renaissance du Fives-Lille est en marche. w


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