Tetef, amoureux de la musique, chanteur et Lillois depuis 20 ans
Publié le dimanche 07 mars 2010 à 06h00
Il a un look à la Ray Charles, une voix qui rappelle Louis Armstrong et une personnalité bien à lui. Tetef Hamery chante du jazz, du blues, de la soul à Lille depuis une vingtaine d'années. Rencontre.
MARIE TRANCHANT > lille@nordeclair.fr
Il pousse la porte du café-musée de la musique L'Odéon, et s'installe. Chapeau sur la tête, lunettes noires, Tetef Hamery attire le regard, d'emblée. Et puis, au bout de quelques secondes, on tend l'oreille pour écouter une voix dont on ne se lassera pas de toute la soirée. Il est de ceux qui ont un don. De ceux qui captent l'attention. Avec un je ne sais quoi dans sa voix qui la rend inoubliable, un mélange de Louis Armstrong et de Ray Charles.
Tetef se produit dans quelques bars et restaurants de Lille, même s'il dit à demi-mots que ce n'est pas facile tous les jours. Mais bon, la musique, c'est sa vie. « Je ne sais pas si c'est la musique qui m'aime ou si c'est moi qui aime la musique..., sourit-il. Je crois que je suis né pour chanter. » Il a d'ailleurs commencé dès le plus jeune âge, se souvient de ce qu'il appelle sa « première composition » , à 4 ans et demi, sur le dos d'un âne.
La musique « en cachette »
Tetef est né en 1956 à Safi, au Maroc, dans une famille notable. Dans un milieu où la musique était « un peu mal vue ». Il a fallu l'apprendre et la pratiquer « en cachette ». Et puis, l'écouter, bien sûr : Oum Kalsoum, la cantatrice égyptienne, entre autres.
« Mon grand-frère avait une pile de 33 tours, se souvient-il. Il y avait de la soul, du Ray Charles... Quand il sortait, j'écoutais ses disques. » Jusqu'à ce qu'avec quelques amis, sans trop de matériel, sans trop de moyens, mais avec l'envie, il crée, en 1982, le groupe Swing. De Safi, il part ensuite à Casablanca, rencontre un photographe français prénommé Ted, qui ouvre ses portes tous les samedis après-midis aux musiciens de jazz. Car ça y est, Tetef est tombé amoureux d'une musique qui lui apporte beaucoup de liberté : le jazz, un « langage universel ».
Direction Ouarzazate ensuite où il rencontre une amie, qui l'incite à venir en France. Nous sommes en 1990 et Tetef vient pour trois mois. Il n'est jamais reparti. « Je suis venu à Lille, je ne connaissais rien, on m'a montré le Vieux-Lille, raconte-t-il. J'ai cherché des clubs de jazz. » Il rencontre le directeur du Caveau de la Treille, et dévale les escaliers la première fois qu'il va chanter là-bas. Son « entrée majestueuse » dans le monde du jazz lillois, rigole-t-il.
Sans club de jazz à Lille
À Lille, il continue à jouer, au départ gratuitement, pour apprendre. Aujourd'hui, Tetef continue à donner de la voix, à chanter des standards de blues, de jazz, de soul. De Barry White à Frank Sinatra en passant par Charles Trenet. De Fly me to the moon à Stand by me , en passant par New York New York. Mais à Lille, les clubs de jazz ont disparu. Il évoque avec nostalgie l'Anglo-Saxo, le 30 rue de Paris, le Caveau de la Treille. « Il n'y a plus que des boîtes de nuit aujourd'hui, regrette-t-il. Les gens n'ont plus les moyens de se payer un orchestre. » Alors le chanteur se produit dans des restaurants, des brasseries, mais dit en avoir « marre d'entendre les couteaux et les fourchettes » . Certains bons musiciens sont partis, signale-t-il. Tant pis, lui continuera à faire ce qu'il aime ici ou ailleurs, à chanter, à interpréter « avec (sa) personnalité ». Une personnalité attachante, à découvrir, pour un moment magique. « Les gens oublient leurs soucis de la journée quand ils écoutent de la musique », se réjouit-il. Et avec Tetef, c'est une parenthèse qu'on aimerait ouvrir plus souvent.
w www.myspace.com/tetefhamery






